Sans surprise, Ursula von der Leyen obtient la confiance du Parlement
Comme prévu, Ursula von der Leyen a survécu, ce jeudi 10 juillet, à une motion de censure initiée par l’extrême droite au Parlement européen. L’homme derrière l’initiative, Gheorge Piperea, estime que « ce n’est pas une bataille perdue » et y voit même « une victoire ».
S’il suffisait de réunir 72 eurodéputés pour déposer la motion de censure, pour que celle-ci soit adoptée, elle devait obtenir les deux tiers des suffrages exprimés, représentant la majorité des 720 membres qui composent le Parlement européen.
Lors du vote sur la motion visant Ursula von der Leyen (Parti populaire européen, PPE), ce jeudi à midi, 360 députés européens ont voté contre l’initiative, 175 en faveur et 18 se sont abstenus, ce qui signifie que la motion n’a pas atteint le seuil requis. Un résultat qui était largement attendu.
Il est à noter qu’une centaine d’eurodéputés pourtant présents à Strasbourg n’ont tout simplement pas voté, ce qui ne compte pas comme une abstention. Il s’agit notamment des membres du parti Fratelli d’Italia de Giorgia Meloni, qui fait partie du groupe des Conservateurs et Réformistes européens (CRE).
L’eurodéputé CRE Carlo Fidanza a déclaré que la motion était « un peu plus que symbolique » et « n’avait jamais eu de réelle chance d’aboutir », raison pour laquelle lui-même et d’autres membres de son parti n’ont pas participé au vote.
Son compatriote Sandro Gozi, membre du groupe Renew, a déclaré que le fait que les législateurs italiens du groupe CRE n’aient pas voté montrait qu’ils étaient opposés à Ursula von der Leyen.
« Leur contradiction aujourd’hui est un message clair à son égard : “Nous sommes d’extrême droite et nous ne sommes pas dignes de confiance”. J’espère qu’elle [Ursula von der Leyen] a compris ce message », a-t-il commenté.
La motion de censure, initiée par Gheorghe Piperea, eurodéputé roumain du parti d’extrême droite Alliance pour l’unité de la Roumanie (AUR), affilié au groupe CRE, a été officiellement déposée la semaine dernière et avait initialement recueilli 74 signatures provenant principalement de législateurs d’extrême droite.
Cette initiative a divisé le groupe CRE, opposant surtout ses membres polonais du parti Droit et Justice (PiS) aux Italiens du parti de Giorgia Meloni.
« Aucun Italien ne s’est présenté au vote, et ce de manière délibérée. C’est un changement important. Cette motion nous rendra plus forts dans nos négociations avec le PPE, et en particulier avec Ursula von der Leyen », a confié Gheorge Piperea à Euractiv.
Interrogé sur le résultat du vote, il a répondu : « Ce n’est pas du tout une bataille perdue, c’est en fait une victoire », soulignant le nombre d’élus qui n’ont pas voté et se sont abstenus, ainsi que le nombre de voix contre la motion, qui n’est supérieur que de dix à celui obtenu par la Commission lors de son investiture en 2024. Ce résultat montre une certaine stagnation du soutien à la Commission von der Leyen II.
Les observateurs ont suivi de près si la Commission obtiendrait plus ou moins de soutien lors de ce vote que lors de son élection par les eurodéputés en novembre dernier.
« Je recommanderais à la présidente de la Commission de ne pas considérer ces chiffres comme réconfortants, car beaucoup de gens n’ont pas voté pour cette motion parce qu’il s’agit d’une motion de censure d’extrême droite », a averti Bas Eickhout, coprésident du groupe des Verts, qui a voté contre la motion. Cela laisse entendre que le vote contre la motion pourrait davantage être un vote contre l’extrême droite qu’en soutien à Ursula von der Leyen.
Gheorge Piperea a également souligné qu’il s’agissait d’une victoire à la Pyrrhus pour la présidente de la Commission en raison des concessions qu’elle a dû faire aux socialistes sur le prochain budget. Il a également nié que son groupe, CRE, soit désormais divisé en raison de son initiative.
Le PPE sous le feu des critiques
Lors d’un débat sur la motion de censure au Parlement lundi 7 juillet, l’attention s’est déplacée d’Ursula von der Leyen vers le rôle que joue sa famille politique, le Parti populaire européen, au Parlement européen, ainsi que vers le leader du groupe, Manfred Weber.
Les groupes centristes (S&D, Renew, Verts) ont attaqué Manfred Weber pour avoir opéré un virage encore plus à droite et avoir ouvert la coopération avec certaines franges de l’extrême droite, notament le groupe CRE.
Avant le vote, les socialistes, le groupe libéral Renew Europe et les Verts avaient tous déclaré qu’ils voteraient fermement contre la motion, principalement parce qu’il s’agissait d’une initiative émanant de l’extrême droite.
Le PPE d’Ursula von der Leyen avait lui aussi rejeté la motion de censure. « Le PPE a montré une fois de plus aujourd’hui que nous sommes le facteur de stabilité du projet européen », s’est réjoui Manfred Weber après le vote.
La présidente de la Commission n’était pas présente lors du vote, car elle assistait à Rome à une conférence sur la reconstruction de l’Ukraine.
Dans un message publié sur X, elle a tout de même commenté le résultat du vote : « Alors que des forces extérieures cherchent à nous déstabiliser et à nous diviser, il est de notre devoir de réagir conformément à nos valeurs. Merci et longue vie à l’Europe ».
[Édité par Anne-Sophie Gayet]