Santé mentale : les ministres de l’UE favorables à une approche intersectorielle
Les ministres de la Santé de l’UE ont approuvé une série de recommandations visant à résoudre les problèmes de santé mentale dans les États membres, soulignant la nécessité d’une approche intersectorielle en la matière.
Les ministres de la Santé de l’UE ont approuvé jeudi (30 novembre) une série de recommandations visant à résoudre les problèmes de santé mentale dans les États membres, soulignant la nécessité d’une approche intersectorielle en la matière.
« Comme vous le savez, nous vivons une période de crises multiples qui a gravement affecté la santé mentale des Européens », a déclaré Mónica García Gómez, ministre espagnole de la Santé, lors de la réunion du Conseil « Emploi, politique sociale, santé et consommateurs » (EPSCO) de jeudi.
Avant la pandémie, les problèmes de santé mentale touchaient une personne sur six dans l’UE, selon les chiffres de la Commission européenne. Toutefois, l’année dernière, près d’un citoyen sur deux déclarait souffrir d’un problème émotionnel ou psychosocial, précise l’exécutif.
« La pandémie de Covid-19, les conséquences de l’agression russe contre l’Ukraine ou la crise climatique ne sont que quelques exemples des chocs qui ont exacerbé une situation déjà précaire en matière de santé mentale. Améliorer la santé mentale est un impératif social et économique », a déclaré Mme Gómez.
En juin, la Commission présentait sa toute première stratégie en matière de santé mentale, soulignant la nécessité d’une approche intersectorielle grâce à 20 actions phares dotées d’une enveloppe de 1,23 milliard d’euros.
« Nous avons présenté la première approche globale de l’UE en matière de santé mentale. Avec votre soutien, nous avons mis l’accent sur une approche holistique, préventive et multipartite qui complète votre travail et lui apporte une valeur ajoutée », a déclaré Stella Kyriakides, commissaire européenne à la Santé, aux ministres de la Santé lors de la réunion.
S’appuyant sur la stratégie présentée par la Commission, les ministres ont adopté des conclusions visant à renforcer les actions des États membres en matière de santé mentale, en soulignant l’importance d’une approche intersectorielle.
En d’autres termes, les États membres de l’UE ne doivent pas seulement aborder la question de la santé mentale dans le secteur de la santé, mais aussi dans d’autres aspects de la vie tels que l’emploi, l’éducation, la numérisation, la culture ou encore le changement climatiques.
Le coût total des problèmes de santé mentale est estimé à plus de 4 % du PIB dans tous les États membres, soit plus de 600 milliards d’euros par an.
« Il est donc primordial d’avoir comme principe directeur une approche de la santé mentale couvrant toutes les politiques, combinée à un accès facile et égal aux soins pour tous, en se concentrant sur ceux qui en ont le plus besoin, en particulier nos enfants, nos jeunes et nos personnes âgées », a déclaré Mme Kyriakides.
« Les États membres sont invités à garantir l’accès à des soins de santé mentale rapides, efficaces et sûrs, ainsi qu’à agir dans un large éventail de domaines, de secteurs et d’âges », peut-on lire dans un communiqué de presse du Conseil.
La prévention, un élément nécessaire de l’école au travail
Les actions suggérées par le Conseil couvrent un large éventail de domaines, à commencer par la détection précoce chez les jeunes, car un enfant ou un adolescent sur trois ou cinq souffrira d’un trouble anxieux, selon The Lancet.
Les ministres de la Santé de l’Union ont approuvé des conclusions qui ciblent spécifiquement le monde du travail, comme la gestion des risques psychosociaux au travail, en accordant une attention particulière aux professionnels de la santé.
Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), « le cadre de travail peut amplifier des problèmes d’ordre plus général qui ont des effets néfastes sur la santé mentale, notamment la discrimination et les inégalités fondées sur des facteurs tels que la race, le sexe, l’identité de genre, l’orientation sexuelle, le handicap, l’origine sociale, le statut de migrant, la religion ou l’âge ».
Le Conseil de l’UE a également souligné la nécessité de réintégrer socialement et professionnellement les personnes qui se remettent d’un problème de santé mentale afin d’éviter les rechutes, ainsi que la nécessité de lutter contre la solitude et les comportements suicidaires.
« Je suis très heureuse que, dans les conclusions que nous approuvons aujourd’hui, nous ayons obtenu un consensus aussi important que la nécessité de mettre en œuvre une approche de la santé mentale qui couvre toutes les politiques et reconnaisse les déterminants sociaux, environnementaux et économiques de la santé mentale », a affirmé Mme Gómez.
« Nous n’avons jamais été aussi conscients de la nécessité d’agir dans le domaine de la santé mentale. Il est maintenant grand temps de tenir cet engagement, en mettant en œuvre ces actions phares dans toute l’UE, avec vous et avec les parties prenantes », a conclu Mme Kyriakides.
Réaction de Mental Health Europe
Dans un communiqué de presse publié à la suite de l’annonce des recommandations, l’organisation non gouvernementale Mental Health Europe (MHE) a déclaré : « Nous saluons la recommandation du Conseil à destination de l’UE et des États membres visant à continuer à progresser vers une approche globale de la santé mentale en 2024 et au-delà. »
MHE a accueilli favorablement la prise de conscience que la santé mentale est façonnée par des déterminants environnementaux, socio-économiques et commerciaux ainsi que le fait que les ministres de la Santé se sont mis d’accord sur la nécessité d’une approche globale et intersectorielle.
Cependant, l’association qui représente des patients et des individus du secteur de la santé mentale, a critiqué l’absence d’un outil permettant d’évaluer les bénéfices potentiels des plans d’action nationaux.
« Nous aurions apprécié une recommandation sur l’introduction d’une étude d’impact sur la santé mentale, afin d’évaluer l’effet des différentes actions, politiques et programmes de financement de l’UE sur la santé mentale », a conclu MHE.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]