Selon le président sud-africain Cyril Ramaphosa, les nouvelles interdictions de voyager dans l’UE contredisent les données scientifiques
Cyril Ramaphosa a une nouvelle fois lancé une pique contre l’UE et sa gestion de la pandémie de Covid-19, l’accusant d’avoir mis en place un « apartheid vaccinal ».
Le président sud-africain Cyril Ramaphosa a une nouvelle fois lancé une pique contre l’UE et sa gestion de la pandémie de Covid-19, l’accusant d’avoir mis en place un « apartheid vaccinal » et affirmant que les nouvelles interdictions de voyager imposées aux ressortissants de certains États africains défiaient toute logique scientifique.
S’exprimant lors d’une conférence à Dakar, au Sénégal, le lundi 6 décembre, Cyril Ramaphosa a condamné les nouvelles restrictions imposées par l’Union européenne, le Royaume-Uni et les États-Unis à la suite de la découverte du variant Omicron, initialement repéré par des scientifiques sud-africains.
« Vous vous demandez où est la science là-dedans. Ils nous ont toujours dit de baser nos décisions sur la science, mais quand vient le moment pour eux de le faire, ils ne le font pas », a-t-il expliqué.
Le président sud-africain a également accusé les nations occidentales d’avoir « accaparé les vaccins ». « La cupidité dont ils ont fait preuve est décevante, surtout quand ils disent être nos partenaires. Nos vies en Afrique sont tout aussi importantes que les vies en Europe, en Amérique du Nord et partout ailleurs », a-t-il ajouté.
Le président sénégalais Mackay Sall a quant à lui prévenu que la réaction des Occidentaux augmentait le risque que des pays ne divulguent pas d’informations sur les variants de la Covid-19 dans le futur par crainte de devoir faire face à des répercussions similaires.
Le président du Conseil européen, Charles Michel, a cherché à relativiser les propos de M. Ramaphosa, les qualifiant de « déclarations dramatiques ».
Cependant, l’UE est parfaitement consciente de sa vulnérabilité face aux accusations de nationalisme vaccinal, et la colère des dirigeants africains face à l’imposition de nouvelles restrictions de voyage menace de faire dérailler les plans déjà retardés d’un « partenariat stratégique » entre les deux blocs qui doit être conclu lors d’un sommet entre l’UE et l’Union africaine au début de l’année prochaine.
Lundi, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a de nouveau décrit l’UE comme « le plus important donateur de vaccins contre la Covid-19 au monde », ayant distribué plus de 350 millions de doses, la majorité par l’intermédiaire du mécanisme international de coordination des vaccins, COVAX.
« Nous promettons d’intensifier nos efforts pour soutenir l’Afrique, où le taux de vaccination est plus faible que dans d’autres régions du monde », a-t-elle ajouté. Elle a également expliqué que l’« objectif est de faire en sorte que 70 % de la population mondiale soit vaccinée d’ici le milieu de l’année prochaine ».
Seuls 256 millions des 1,67 milliard de dons de vaccins promis ont été livrés à ce jour, soit 15 %. De plus, la récente flambée de la transmission de la Covid-19 en Europe, combinée au variant Omicron, a rendu les donateurs nerveux à l’idée de distribuer les vaccins.
M. Ramaphosa a également mené la campagne en faveur d’une levée des droits de propriété intellectuelle en ce qui concerne les vaccins contre la Covid-19, afin de permettre à l’Afrique du Sud ainsi qu’à d’autres États de fabriquer leurs propres vaccins génériques pour accélérer le rythme de la vaccination.
L’UE reste l’un des principaux opposants à une levée temporaire de cette propriété intellectuelle, et une réunion de l’Organisation mondiale du commerce prévue la semaine dernière a été reportée sine die en raison de l’émergence du variant Omicron.
Toutefois, ces dernières semaines, l’UE a apporté son soutien aux projets de BioNTech visant à établir des sites de production de vaccins au Sénégal et au Rwanda dans le cadre d’un engagement à développer la capacité de production en Afrique.
Un différend oppose actuellement le COVAX et les États donateurs au sujet des doses dites « nationales », qui ont été livrées par les fabricants de vaccins aux États riches, mais qui se trouvent désormais dans des entrepôts nationaux ou des chambres froides.
Les États donateurs souhaitent pouvoir faire don de leurs doses excédentaires, mais le mécanisme COVAX n’accepte que les dons de vaccins provenant directement des fabricants en raison du risque que les doses n’aient pas une durée de conservation suffisante.
Un rapport récent de l’Université de Duke indique que l’offre excédentaire de vaccins parmi les États du G7 et de l’UE s’élève cette année à 830 millions de doses, alors que 650 millions de doses seraient nécessaires d’ici à la fin 2021 pour que l’Organisation mondiale de la santé atteigne son objectif vaccinal, qui est que 40 % de la population mondiale soit vaccinée.