Silvio Berlusconi peine à garder sa coalition unie
Le premier ministre italien, Silvio Berlusconi, n'a plus qu'un jour pour vaincre ceux qui souhaitent sa démission, que ce soit au sein de l'opposition ou de son propre parti. Ces derniers menacent d'anéantir son gouvernement, dans la mesure où il n'est pas parvenu à adopter les mesures nécessaires.
Le premier ministre italien, Silvio Berlusconi, n'a plus qu'un jour pour vaincre ceux qui souhaitent sa démission, que ce soit au sein de l'opposition ou de son propre parti. Ces derniers menacent d'anéantir son gouvernement, dans la mesure où il n'est pas parvenu à adopter les mesures nécessaires.
Les estimations varient grandement quant au nombre de députés de centre-droit qui quitteront le navire lors du vote décisif sur les finances publiques, qui se déroulera au parlement italien demain (8 novembre). Le message de Berlusconi aux futurs « traîtres » est clair : vous n'avez nulle part où aller, et vous serez récompensés si vous restez.
Le magnat italien des médias, qui a été au cœur de multiples scandales, a ignoré les appels à la démission et maintient catégoriquement qu'il est à la hauteur du défi.
« Nous avons vérifié les chiffres au cours de ces dernières heures, et nous détenons toujours la majorité », a-t-il affirmé à ses partisans hier (6 novembre).
L'opposition de centre-gauche a rapidement démenti cette déclaration et a déclaré qu'elle préparait une motion de défiance au sein du gouvernement afin de forcer Berlusconi à se retirer de la scène politique, même s'il devrait survivre au vote de mardi.
« Berlusconi tente un dernier coup de bluff désespéré pour sauver sa peau. Il ne détient plus la majorité au parlement », a déclaré Dario Franceschini, un membre du Parti démocrate, le principal parti de l'opposition.
Le quotidien Corriere della Sera a comparé l'atmosphère qui règne au sein du parti de M. Berlusconi, le Peuple de la liberté (PDL), à « la fin de Pompéi » et il a laissé entendre que le premier ministre pourrait se retrouver face au « scénario catastrophe » de la désertion de jusqu'à 40 députés de son gouvernement.
Les journaux ont estimé qu'entre 20 et 40 députés pourraient déserter, un nombre largement suffisant pour renverser le gouvernement. M. Berlusconi a cependant déjà fait preuve d'un grand pouvoir de persuasion de dernière minute dans d'autres situations où il s'en est sorti in extremis.
Il est entré en contact avec les réfractaires, depuis son retour d'un sommet international en France où il a été humilié. Lors de ce sommet qui s'est déroulé en marge du G20, il a été convenu que le Fonds monétaire international effectuerait des visites de contrôle trimestrielles en Italie afin de vérifier que les réformes attendues sont adoptées.
L'Italie est la troisième économie de la zone euro. La crise politique qu'elle traverse et l'ampleur de sa dette sont perçues comme une menace dans le contexte de crise générale qui touche les pays de la monnaie unique.
L'assurance de M. Berlusconi au sujet de sa majorité au parlement pourrait être une mauvaise nouvelle pour les obligations italiennes, qui ont atteint un rendement de 6,4 % vendredi, un taux record au sein de la zone euro.
L'écart de rendement (spread) entre les obligations d'Etat italiennes et allemandes, qui reflète les craintes importantes des investisseurs en Italie, a également atteint un chiffre record de 4,6 %.
Si le gouvernement était renversé, le prix des obligations se rétablirait et l'écart de rendement diminuerait d'un point de pourcentage, selon une étude de Reuters menée la semaine dernière auprès de 10 gestionnaires de fonds, analystes de marché et experts stratégiques.
Le ministre de l'économie, Giulio Tremonti, a été forcé de démentir les rumeurs selon lesquelles il aurait prédit cette semaine que la situation sur les marchés financiers serait « catastrophique » si M. Berlusconi ne se retirait pas du pouvoir.
Le membre du directoire de la Banque centrale européenne Yves Mersch a mis l'accent sur l'importance des enjeux, soulignant que la BCE revenait régulièrement sur l'éventualité de suspendre ses achats d'obligations italiennes tant que Rome ne mettrait pas les réformes nécessaires en application.
Si la BCE n'avait pas mis en place ce programme d'investissement sur le marché obligataire italien, l'envolée des rendements obligataires italiens aurait déjà pris une tournure incontrôlable.
Dimanche dernier, Silvio Berlusconi a refusé d'envisager l'éventuelle arrivée au pouvoir d'un gouvernement technique non élu ou d'une administration politique soutenue par toutes les forces au parlement. « La seule alternative à ce gouvernement serait l'organisation d'élections », a-t-il déclaré.
Il a également semblé avoir des doutes quant à la supervision du FMI, avançant que l'initiative de ces visites « venait de l'Italie et pourrait être annulée à notre guise ».
Un homme d'affaires montre la voie à suivre
Dans le même temps, un entrepreneur toscan a volé la vedette au premier ministre, en enjoignant les italiens à racheter la dette du pays pour enrayer le risque de défaut de paiement, via une annonce pleine page dans le Corriere della Sera.
Dans son annonce, Giuliano Melani affirme que la note annuelle des obligations du gouvernement italien représente entre 260 et 270 milliards d'euros, une note qui pourrait être réglée si chaque citoyen italien déboursait 4500 euros.
« Pour surmonter la crise, nous ne devons pas vendre notre pays », a-t-il déclaré. « Il existe de nombreuses possibilités, mais dans l'immédiat, il n'y en a qu'une : achetons la dette ! », a-t-il ajouté.
« Notre problème de dette découle aussi du mauvais comportement de chacun d'entre nous. Quand nous n'avons pas payé les taxes nécessaires, quand nous avons acheté des médicaments pour les jeter ensuite, quand nous avons élu les mauvaises personnes pour nous gouverner », a-t-il commenté.
Le Corriere della Sera a demandé aux banques italiennes d'abandonner leurs commissions sur les ventes d'obligations pour une journée. Le directeur général de la banque Intesa Sanpaolo, Corrado Passera, a accepté cette requête.