« Taxer les riches » : des centaines de milliers de personnes dans les rues contre l’austérité
Première journée de mobilisation réussie pour les syndicats, alors que plusieurs centaines de milliers de personnes ont manifesté hier dans toute la France contre l’austérité budgétaire, accentuant la pression sur le nouveau Premier ministre, Sébastien Lecornu.
PARIS – Ce sont entre 50 000 et 100 000 personnes qui ont défilé jeudi 18 septembre dans les rues de la capitale pour protester contre les 44 milliards d’euros d’économie annoncés au cœur de l’été par l’ancien Premier ministre François Bayrou et sur lesquels son successeur n’est pas encore revenu.
« Aujourd’hui, on lance un avertissement très clair au gouvernement », expliquait Marylise Léon, la secrétaire générale du syndicat réformiste de la CFDT, au départ de la manifestation parisienne, place de la Bastille. « Le budget ne peut pas se faire sur le dos des travailleurs. »

Pour la première fois depuis la réforme des retraites de 2023, l’ensemble des organisations syndicales avaient appelé à la mobilisation générale. Plus de 260 cortèges ont défilé dans toute la France, rassemblant plus d’un million de manifestants selon leurs organisateurs, et moitié moins selon les autorités.

« On est dans la merde jusqu’au coup, le personnel hospitalier est en sous-effectif chronique et on nous demande encore de faire des économies, ce n’est tout simplement pas possible », s’indigne Roseline, infirmière à Paris.
Un peu plus loin, Stéphanie, enseignante dans un lycée, explique vouloir « prendre l’argent là où il est », c’est-à-dire « chez les grandes fortunes ».
Outre les appels à la démission du président Emmanuel Macron, le principal message des manifestants pouvait se résumer en trois mots : « taxer les riches ».
« J’ai entendu parler d’un nouvel impôt qui pourrait prendre de l’argent aux milliardaires, je ne sais pas trop ce que c’est, mais je suis pour », confie Samir, venu défiler pour la première fois avec des amis.
Défendue par les partis de gauche, la « taxe Zucman » — du nom de l’économiste français Gabriel Zucman — vise à imposer à 2 % les patrimoines de plus de 100 millions d’euros. Le parlement a adopté cette proposition au printemps dernier à l’initiative des écologistes, mais elle a ensuite été bloquée par le Sénat, dominé par la droite.
Alors que le cortège parisien se déroulait dans le calme, quelques accrochages ont opposé à partir de 16 h 30 manifestants et forces de l’ordre, les gaz lacrymogènes répondant aux jets de bouteilles et aux fumigènes alors que la foule entonnait « Tout le monde déteste la police ».
Plus de 80 000 policiers et gendarmes étaient mobilisés dans toute la France, ainsi que des drones et des véhicules blindés. Selon les chiffres du ministère de l’Intérieur à 18 h, 181 personnes ont été interpellées, dont 31 à Paris, et 11 policiers ont été blessés.
Une centaine de blocages étaient intervenus dès le petit matin, sur les voies publiques ou devant les lycées, avant d’être pour la plupart rapidement démantelés. Une cinquantaine de manifestants avaient aussi à la mi-journée réussi à pénétrer dans la cour du ministère de l’Économie.

[Crédits photos : Laurent Geslin pour Euractiv France.]
(asg)