Traité franco-allemand: un député dénonce la désinformation diffusé par Le Pen
Le député LREM Aurélien Taché a dénoncé « le niveau de désinformation » diffusé par Marine Le Pen sur le traité d'Aix-la-Chapelle, que doivent signer Emmanuel Macron et Angela Merkel le 22 janvier.
Le député LREM Aurélien Taché a dénoncé « le niveau de désinformation » diffusé par Marine Le Pen sur le traité d’Aix-la-Chapelle, que doivent signer Emmanuel Macron et Angela Merkel le 22 janvier.
Interrogé sur RMC sur le point de vue de la présidente du Rassemblement national, qui considère ce traité comme une « trahison », Aurélien Taché a jugé « quand même grave que pour ce qui est un traité de coopération entre deux États […] on ait une responsable politique du niveau de Marine Le Pen, qui prétend à être présidente de la République, qui s’émeuve d’un traité de coopération ».
« Que serait la France de Marine Le Pen ? Une France où on ne passe plus aucun traité ? Une France qui ressemblerait finalement à l’Amérique de Donald Trump, où on se retirerait de tous les traités, de toutes les logiques de coopération, et où en plus on raconterait n’importe quoi ? Car sur le traité d’Aix-la-Chapelle, on raconte n’importe quoi », a-t-il insisté.
« Marine Le Pen essaie de jouer sur les peurs : on va brader la souveraineté, la France ne décide plus de rien, elle va se voir dicter sa loi par l’étranger », a-t-il énuméré. « C’est grave d’atteindre un tel niveau de désinformation pour des responsables politiques qui prétendent accéder à de telles fonctions. »
Ce traité « de coopération et d’intégration franco-allemand » doit « compléter » celui dit de l’Élysée signé en 1963 entre le général de Gaulle et Konrad Adenauer, qui concrétisa la réconciliation franco-allemande après la guerre.
Il vise à renforcer cette relation et envoyer un message de soutien à la construction de l’Union européenne, au moment où elle est affaiblie par la montée des nationalismes. Il prévoit une convergence des politiques économique, étrangère et de défense des deux pays, une coopération sur les régions transfrontalières, ainsi qu’une « assemblée parlementaire commune » composée de 100 députés français et allemands.
« L’Allemagne et la France entendent continuer à faire avancer les choses ensemble en Europe », a estimé Angela Merkel.
La signature de ce traité intervient alors que les deux dirigeants sont fragilisés, Angela Merkel se préparant à laisser son poste à l’automne 2021 et Emmanuel Macron faisant face à la crise des gilets jaunes.
Paris et Berlin ont par ailleurs affiché plusieurs divergences, qu’il s’agisse du budget de la zone euro ou de la taxation des GAFA, sur lesquels ils ont conclu des accords a minima, très en deçà des ambitions françaises. Les deux capitales ont aussi des divergences en matière de politique d’exportation d’armement.
« Nous sommes confrontés à une crise existentielle de l’intégration européenne, avec le Brexit et la poussée attendue des forces nationalistes aux prochaines élections européennes. Dans ce contexte, affirmer qu’on croit à la coopération franco-allemande a valeur de symbole », commente la politologue Claire Demesmay, de l’institut de recherche allemand DGAP, sur la radio publique allemande.
Marine Le Pen y voit un nouveau « petit coup en douce » d’Emmanuel Macron qui est « en train d’effondrer la puissance de notre pays ».
« C’est comme le pacte de Marrakech [sur les migrations] : on apprend ça trois jours avant que ce soit signé, histoire que personne ne puisse venir contester le contenu de ce traité », a-t-elle jugé.
Elle a aussi accusé Emmanuel Macron de vouloir partager avec l’Allemagne le siège de la France au conseil de sécurité de l’ONU – ce qui ne figure pas dans le traité et que l’Elysée a démenti. Paris plaide en revanche pour que l’Allemagne y obtienne son propre siège.
Le chef de file de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, a lui aussi dénoncé « le recul de notre souveraineté » qui pour lui « marche ici avec le recul social et écologique ».
L’objectif du traité « n’est pas le progrès social ou la transition écologique mais la compétitivité » avec « moins de services publics et d’investissements publics, des baisses de salaire, la chasse des chômeurs », avance-t-il.
Il s’inquiète aussi qu’avec ce traité, la France et l’Allemagne « doivent élaborer des positions communes dans les institutions européennes ». « Coller à l’Allemagne en toutes circonstances, Emmanuel Macron le fait depuis le début du quinquennat », déplore-t-il.
La tête de liste du PCF pour les élections européennes Ian Brossat s’inquiète pour sa part du risque de « fuite en avant austéritaire ».