Traité mondial sur le plastique : les industries fossiles et chimiques présentes en nombre lors des négociations
Selon une ONG, 220 lobbyistes du secteur des combustibles fossiles et des produits chimiques se sont inscrits au dernier cycle de négociations sur un traité mondial sur la pollution plastique, ce qui en fait la plus grande délégation présente aux pourparlers.
Selon l’analyse d’une ONG publiée ce mercredi 27 novembre, 220 lobbyistes du secteur des combustibles fossiles et des produits chimiques se seraient inscrits au dernier cycle de négociations sur un traité mondial sur la pollution plastique, ce qui en fait la plus grande délégation présente aux pourparlers.
Cette semaine, les délégués de plus de 170 pays sont réunis à Busan, en Corée du Sud, pour le dernier cycle de négociations du Comité intergouvernemental de négociation sur la pollution plastique (INC-5). Leur objectif : adopter, avant le 1er décembre, un traité juridiquement contraignant sur la lutte contre la pollution plastique.
Selon un rapport de l’ONG Centre for International Environmental Law (CIEL), « les lobbyistes des industries des combustibles fossiles et des produits chimiques constitueraient ensemble la plus grande délégation de l’INC-5, dépassant largement les 140 représentants de la République de Corée, pays hôte ».
Au total, l’étude dénombre 220 lobbyistes des secteurs des combustibles fossiles et des produits chimiques dans les négociations en cours, soit plus que toutes les autres délégations. « Les lobbyistes sont également plus nombreux que les délégations de l’Union européenne et de tous ses États membres réunis (191 personnes) », précise le rapport.
Les industries des combustibles fossiles et de la pétrochimie ont accru leur participation aux discussions sur le traité, qui ont débuté en 2022. Selon CIEL, elles avaient déjà enregistré 196 lobbyistes lors des précédentes négociations internationales (INC-4) à Ottawa, au Canada, en avril 2024.
Compte tenu de la baisse prévue de la demande de pétrole et de gaz, la production de plastique représentera probablement une part croissante de la demande du secteur des énergies fossiles. Par conséquent, un traité qui fixe des obligations strictes pour l’industrie du plastique devrait avoir un impact plus important sur les intérêts commerciaux des producteurs de pétrole et de gaz.
« La présence de lobbyistes pro-plastique aux négociations sur le traité a entraîné un afflux de fausses informations et de désinformations qui ont brouillé les pistes et ralenti les progrès » sur le traité, a déclaré Bethanie Almroth, de la Coalition des scientifiques pour un traité efficace sur les plastiques, dans le communiqué de presse accompagnant l’étude.
Conflits d’intérêts
La lenteur des avancées sur le traité peut également s’expliquer par les désaccords entre les différents pays sur le degré d’ambition à adopter.
Par exemple, le plafonnement de la production de plastique, l’un des principaux points à l’ordre du jour des discussions, ne fait pas l’unanimité. Certains pays, comme la Russie, l’Iran ou encore l’Arabie saoudite, feraient pression pour supprimer cette partie du texte, rapporte l’AFP.
En outre, l’étude de l’ONG révèle que des lobbyistes font partie des délégations de certains pays, notamment celles de la Chine, de la République dominicaine, de l’Égypte, de la Finlande, de l’Iran, du Kazakhstan et de la Malaisie.
« À l’avenir, il sera essentiel de mettre en œuvre des approches solides en matière de conflits d’intérêts pour tous les groupes d’experts », souligne Bethanie Almroth.
La production de plastique étant une priorité de l’agenda politique, les craintes que l’ampleur de la présence de l’industrie ne compromette les efforts déployés pour convenir d’objectifs obligatoires de réduction de la production s’accroissent.
« Leur présence démesurée menace de transformer un accord environnemental crucial en une mascarade, sapant les efforts sérieux visant à réduire la production de plastique et la pollution », a réagi Von Hernandez, coordinateur mondial de l’ONG Break Free From Plastic (BFFP).
L’UE réclame une approche fondée sur le cycle de vie complet du plastique, qui englobe la réduction de la production.
« Si l’UE reste ferme et continue à défendre un traité ambitieux avec des règles mondiales, les chances d’obtenir un accord solide d’ici la fin de la semaine sont beaucoup plus élevées », insiste Mariana Dávila, de l’ONG ECOS, auprès d’Euractiv.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]