Transports : pour être plus efficaces, les règles de l’UE sur les e-carburants doivent être améliorées
Le ministre allemand des Transports, Volker Wissing, a exprimé ses inquiétudes concernant les règlementations de l’UE sur les carburants de synthèse, également appelés e-carburants, qui pourraient engendrer selon lui un « tourisme du CO2 ».
Le ministre allemand des Transports, Volker Wissing, membre du Parti libéral-démocrate (FDP, Renew), a exprimé ses inquiétudes concernant les règlementations de l’UE sur les carburants de synthèse, également appelés e-carburants, qui pourraient engendrer selon lui un « tourisme du CO2 ».
Selon lui les règles de l’UE se traduiraient par une expédition inutile du CO2 liquéfié de l’Europe vers d’autres régions pour la production de carburants de synthèse, lesquels seraient ensuite réimportés sur le marché européen.
« Le CO2 est transporté d’un pays à l’autre afin de satisfaire aux exigences règlementaires [de l’UE] », a expliqué Volker Wissing aux journalistes après une rencontre avec des experts et ses homologues lituanien et marocain, lors d’une conférence internationale sur les carburants de synthèse, mardi (4 juin).
Cette pratique « ne contribuerait en rien à la protection du climat », a-t-il ajouté.
Les e-carburants, des carburants de synthèse à base d’hydrogène, sont essentiels dans les projets de l’UE visant à réduire les émissions de carbone du secteur des transports. Pour l’aviation et le transport maritime, l’UE a fixé des quotas minimaux pour les « carburants renouvelables d’origine non biologique » (renewable fuels of non-biological origin, RFNBO) respectivement à partir de 2030 et 2034, y compris l’hydrogène et les e-carburants.
Ces carburants sont fabriqués à partir d’hydrogène et de dioxyde de carbone provenant de l’atmosphère ou d’installations industrielles et conviennent aux moteurs à combustion interne ou aux moteurs d’avions.
Bien que la plupart des carburants de synthèse devraient être produits en dehors de l’Europe, où les énergies renouvelables peuvent être produites en plus grandes quantités, les règles de l’UE concernant le CO2 utilisé dans les e-carburants pourraient contraindre les producteurs à transporter du CO2 liquéfié depuis l’UE vers des sites de production situés en dehors de celle-ci.
Des e-carburants marocains produits avec du CO2 espagnol
Le producteur d’e-carburants HIF EMEA prévoit des installations de production au Maroc pour approvisionner le marché européen.
Thorsten Herdan, directeur général de l’entreprise, a confié à Euractiv que pour plusieurs projets prévus au Maroc, HIF EMEA étudie « d’où elle peut obtenir le CO2 ». Et d’ajouter que « l’une des options les plus prometteuses est en effet de le capturer [ce CO2] en Espagne, puis de l’expédier au Maroc et de l’incorporer à l’hydrogène sur place ».
Cela est dû aux règles de l’UE en matière de carburant renouvelable d’origine non biologique, a-t-il expliqué, qui n’autorisent que l’utilisation du CO2 capturé de l’atmosphère, de certains déchets de biomasse, ou — jusqu’en 2041 — de sites industriels couverts par un système de tarification du carbone, tel que le système d’échange de quotas de l’UE d’émission (SEQE).
Ainsi, l’utilisation du CO2 capturé dans une cimenterie espagnole, couverte par le SEQE, permettrait au carburant de synthèse d’être considéré comme « renouvelable » dans l’UE.
Cependant, « si j’ai exactement la même cimenterie […] au Maroc — où il y a beaucoup de cimenteries — je ne suis pas autorisé à le faire parce que la cimenterie n’est pas soumise au système d’échange de quotas d’émission », a souligné M. Herdan.
Les règles de l’UE concernant les sources d’électricité et de CO2 utilisées pour produire des e-carburants « renouvelables », tels que le kérosène de synthèse, sont définies dans deux actes délégués.
La Commission soutient que seules les émissions soumises à la tarification du carbone devraient être incluses, car l’objectif était « d’encourager la réduction des émissions provenant de combustibles non durables ».
Cependant, pour les ONG environnementales, l’utilisation du CO2 des installations industrielles pour les e-carburants devrait être évitée, car cela augmenterait la quantité de CO2 dans l’atmosphère et compromettrait l’objectif de neutralité carbone.
Règles européennes et internationales
En ce qui concerne le secteur de l’aviation, l’UE a prévu que 1,2 % de la demande totale de kérosène devra être satisfaite par du kérosène de synthèse renouvelable d’ici 2030, pour atteindre 35 % d’ici 2050.
De plus, la directive européenne sur les énergies renouvelables (Renewable Energy Directive, RED) exige que les Vingt-Sepy fixent un quota minimum pour les RFNBO, d’au moins 1 % de tous les carburants utilisés dans tous les modes de transport, y compris le transport routier.
Toutefois, les investissements dans les sites de production d’e-carburants ne se sont pas encore concrétisés à grande échelle et, selon Volker Wissing, « il ne faut pas s’attendre à ce que les quotas de mélange résolvent à eux seuls le problème ».
« Croire que l’État peut simplement fixer un quota et que les e-carburants seront disponibles est une chose dont tous les représentants nous ont dit qu’elle ne fonctionnerait pas », a-t-il affirmé, jetant un froid sur les ambitions européennes.
Selon une analyse de janvier 2024, sur les 25 sites de production d’e-kérosène prévus à l’échelle industrielle en Europe, aucun n’a encore fait l’objet d’une décision finale d’investissement.
« L’Union européenne ne sera pas en mesure de répondre seule à la demande d’e-carburants. Nous avons besoin de partenaires en dehors de l’UE et donc de règles standardisées », a ajouté le ministre allemand.
Tout en s’inquiétant du temps nécessaire pour établir des règles internationales, Thorsten Herdan a déclaré que Bruxelles pourrait résoudre le problème du « tourisme du CO2 » en créant une « loi sur l’importation de molécules » qui fixerait des règles différentes pour les e-carburants importés et pour ceux produits au sein de l’UE.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]