Ukraine : la France et la République tchèque souhaitent défaire la Russie sans l’« écraser »
Le président français a déclaré vouloir « la défaite de la Russie en Ukraine », tout en refusant l’idée « qu’il faut défaire la Russie totalement » et l’ « écraser ». Un jeu d’équilibriste partagé par le président élu tchèque Petr Pavel, qui a alerté contre l’effondrement de la Russie.
Le président français a déclaré vouloir « la défaite de la Russie en Ukraine », tout en refusant l’idée « qu’il faut défaire la Russie totalement » et l’ « écraser ». Un jeu d’équilibriste partagé par le président élu tchèque Petr Pavel, qui a tenu à rappeler que l’effondrement de la Russie pourrait menacer « la future architecture sécuritaire européenne ».
Au lendemain de la conférence de Munich sur la sécurité, le chef de l’État français a accordé un entretien au Journal du Dimanche, France inter et Le Figaro publié samedi soir (18 février) précisant sa vision du conflit en Ukraine, presque un an après l’invasion russe.
Ainsi, il a indiqué souhaiter « la défaite de la Russie en Ukraine », en affirmant ne pas partager la position de ceux qui pensent « qu’il fait défaire la Russie totalement, l’attaquer sur son sol. Ces observateurs veulent avant tout écraser la Russie. Cela n’a jamais été la position de la France et cela ne le sera jamais ».
Emmanuel Macron exprime de cette manière une position plus nuancée que lorsqu’il avait été critiqué en juin dernier pour avoir déclaré qu’il ne fallait pas « humilier la Russie ».
Concernant la stratégie pour parvenir à la victoire de l’Ukraine, le chef de l’État français détaille que « ce qu’il faut aujourd’hui, c’est que l’Ukraine mène une offensive militaire qui perturbe le front russe afin de déclencher le retour aux négociations ». En effet, cela serait d’autant plus important que M. Macron se dit « convaincu qu’à la fin ça ne se réglera pas militairement », considérant que, selon lui, « aucun des deux côtés ne peut l’emporter entièrement ».
Le président français croit à une stratégie « de la dissuasion par un réarmement européen ». Or, cela « ne peut se réduire à l’achat d’armes. Il faut aussi pouvoir les produire et bâtir notre architecture de sécurité sans avoir à la déléguer à d’autres, aux Américains ou aux Chinois ».
Produire plutôt que simplement acheter des armes, dans la mesure où c’est « cette souveraineté européenne qui seule assurera notre indépendance et notre sécurité ». Car, conclut-il, « l’Europe se fera d’autant plus facilement respecter qu’elle a des armes. C’est aussi une manière d’accélérer la composante européenne de l’OTAN ».
Dimanche, la porte-parole du Kremlin Maria Zakharova a déclaré que « la parole de M. Macron n’a guère de valeur ». Les propos du président français confirmeraient, selon elle, que l’Occident avait engagé des discussions sur un changement de régime en Russie. Vendredi, M. Macron a affirmé ne pas croire « une seconde au changement de régime », alors que « beaucoup de gens [l’]appellent ».
Il a ensuite précisé ces propos, interrogé par la presse française dans l’entretien paru samedi : le président « souhaite vivement » qu’ « une solution démocratique émergera de la société civile russe », mais il affirme ne pas vraiment y croire. « Et toutes les options autres que Vladimir Poutine au sein du système actuel me paraissent pire », faisant allusion au chef du Conseil de sécurité russe, Nikolaï Patrouchev, et au chef de la milice privée Wagner, Evgueni Prigojine.
Parallèlement, dans un entretien au Parisien le ministre des Armées Sébastien Lecornu a confirmé que les chars légers AMX-10 promis par la France en janvier dernier allaient être livrés dans quelques jours à l’Ukraine.
L’Europe doit se tenir « prête au pire »
Une lecture de la situation largement partagée par le président tchèque nouvellement élu Petr Pavel, qui estime que l’effondrement total de la Russie pourrait mener à une instabilité politique d’envergure au niveau européen.
M. Pavel, qui prêtera serment le 9 mars, a mis en garde lors de la Conférence de Munich sur la sécurité contre un excès d’optimisme en cas de chute totale de la Russie après la guerre.
Réagissant à l’appel lancé par le ministre ukrainien des Affaires étrangères Dmytro Kuleba au président russe M. Poutine pour qu’il se mette à genoux et demande pardon, M. Pavel a appelé à la « prudence ».
« Il ne s’agit pas de s’attendre au meilleur, mais d’être prêt au pire », a-t-il ajouté.
M. Pavel a également prévenu qu’en cas d’effondrement de l’État russe, il n’y aurait « personne avec qui négocier les garanties de sécurité » et « personne avec qui travailler sur la future architecture sécuritaire européenne ».
Toutefois, M. Pavel — ancien chef du comité militaire de l’OTAN — soutient fermement l’Ukraine, y compris par le renforcement des systèmes de défense aérienne ukrainiens.
Au cours de la Conférence de Munich, M. Pavel a déclaré que « tout ce que nous pouvons faire, nous devons le faire maintenant », alors que l’Ukraine anticipe de nouvelles opérations aériennes russes dans les semaines à venir.