Ukraine : l’UE envisage « tous les moyens » pour contourner le blocage des exportations alimentaires par Moscou

Les dirigeants européens vont envisager tous les moyens disponibles pour contourner le blocage des exportations alimentaires imposé par la Russie aux ports ukrainiens, y compris une mission navale pour escorter les cargos.

/ EURACTIV.com
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En temps normal, l’Ukraine exporte cinq millions de tonnes de céréales par mois, mais elle ne parvient pour le moment qu’à en exporter une partie, entre 200 000 et un million de tonnes par mois. [<a href="https://www.shutterstock.com/image-photo/odessa-ukraine-august-9-2021-loading-2066086007" target="_blank" rel="noopener">[SHUTTERSTOCK]</a>]

Les dirigeants européens devraient envisager tous les moyens disponibles pour contourner le blocage des exportations alimentaires imposé par la Russie aux ports ukrainiens, y compris une mission navale pour escorter les cargos, mais ils ne céderont pas sur les demandes de Moscou de lever les sanctions, ont indiqué des sources à EURACTIV.

Suite à l’invasion de l’Ukraine par la Russie le 24 février dernier, la chaîne d’approvisionnement mondiale a été plongée dans l’incertitude, en particulier en ce qui concerne le blé, les céréales et les huiles alimentaires.

Cette situation place la sécurité alimentaire en haut de l’agenda des dirigeants européens, qui se réunissent pour discuter de la crise ukrainienne à Bruxelles lundi et mardi (30 et 31 mai), toutes les questions liées à l’alimentation étant prévues pour le deuxième jour du sommet.

« Le Conseil européen condamne fermement la destruction et l’appropriation illégale par la Russie de la production agricole en Ukraine », peut-on lire dans le dernier projet de conclusions du Conseil ayant fait l’objet d’une fuite qu’EURACTIV a pu consulter, qui souligne que la guerre d’agression russe contre l’Ukraine a un « impact direct sur la sécurité alimentaire mondiale et le caractère abordable [des denrées alimentaires] ».

Un diplomate européen a confié à EURACTIV avant le sommet du Conseil européen que la réunion abordera « les conséquences liées aux difficultés d’exportation des produits alimentaires de base » afin de lutter contre le « risque d’effet de contagion dans les pays du Maghreb et au Moyen-Orient causé par les prix agricoles ».

L’objectif principal est « d’essayer de contourner le blocage des exportations alimentaires par la Russie, en particulier à partir d’Odessa », affirme la source, qui ajoute également que « l’UE s’y emploiera par tous les moyens à sa disposition ».

Actuellement, 20 millions de tonnes de blé sont bloquées en Ukraine, pays qui, avec la Russie, fournit jusqu’à un tiers des exportations mondiales de céréales.

En temps normal, l’Ukraine exporte cinq millions de tonnes de céréales par mois, mais elle ne parvient pour le moment qu’à en exporter une partie, entre 200 000 et un million de tonnes par mois.

Des « couloirs de solidarité » à une mission navale spéciale

Selon le projet de conclusions, les dirigeants de l’UE discuteront des moyens à mettre en œuvre pour faciliter les exportations de denrées alimentaires en provenance d’Ukraine « via différents itinéraires terrestres et ports de l’UE », ainsi que des moyens d’accélérer les travaux sur les « couloirs de solidarité » proposées par la Commission, qui visent à établir des itinéraires logistiques alternatifs utilisant tous les modes de transport pertinents.

Cependant, des inquiétudes ont été soulevées car ces couloirs de solidarité seront principalement établies sur les chemins de fer ukrainiens obsolètes, alors que les ports maritimes représentaient 90 % des exportations du pays avant la guerre.

L’ouverture des principaux ports ukrainiens, dont Odessa, est donc une priorité essentielle de la réunion du Conseil.

En début de semaine, David Beasley, directeur exécutif du Programme alimentaire mondial des Nations unies, a prévenu que la non-ouverture de ces ports serait une « déclaration de guerre à la sécurité alimentaire mondiale » qui entraînerait « famine, déstabilisation et migration massive dans le monde entier ».

Toutefois, les dirigeants européens ne devraient pas envisager la levée des sanctions à l’encontre de la Russie en échange de l’ouverture du port ukrainien d’Odessa, comme l’a réclamé le président russe Vladimir Poutine lors d’une conversation téléphonique avec le Premier ministre italien Mario Draghi.

Il est probable que les discussions porteront plutôt sur une mission navale spéciale pour le transport des céréales ukrainiennes afin de mettre en place des voies de passage sûres pour les exportations de céréales à partir des ports ukrainiens.

Cette option a déjà été préconisée par le gouvernement britannique, qui aurait envisagé d’envoyer des navires de guerre en mer Noire pour escorter les cargaisons exportant des céréales ukrainiennes.

Une telle mission devrait être placée sous l’égide des Nations unies pour être légale en vertu du droit international et l’UE est en contact étroit avec le secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies (ONU), Antonio Guterres, pour avancer sur cette option, a appris EURACTIV.

Pour être efficace, la mission doit également recevoir un mandat humanitaire, plutôt que militaire, de la part de l’ONU et des pays participants.

Le président du Conseil européen, Charles Michel, qui rencontrera M. Guterres dans les prochains jours, devrait demander aux dirigeants européens leur avis sur la possibilité de mettre en place une telle mission spéciale.

D’autres questions agroalimentaires devraient être abordées par les dirigeants de l’UE mardi (30 mai), notamment les moyens de travailler avec des partenaires internationaux pour promouvoir une utilisation plus efficace des engrais ainsi que des alternatives à ces derniers, compte tenu de la pénurie actuelle d’engrais sur le marché mondial.

Entre-temps, le Conseil européen devrait également souligner l’importance de la Politique agricole commune (PAC) dans la contribution de l’UE à la sécurité alimentaire et appeler à l’adoption rapide des plans stratégiques nationaux (PSN) de la PAC. (Voir ci-dessous pour plus de détails.)