Un, deux… trois ? Roberta Metsola envisagerait un nouveau mandat à la présidence du Parlement européen

Plusieurs sources ont confié à Euractiv que Roberta Metsola et son groupe parlementaire de centre-droit envisageraient de tirer parti de l’affaiblissement du centre-gauche pour briguer un troisième mandat à la tête du Parlement européen.

/ EURACTIV.com
Portuguese Prime Minister Antonio Costa Receives The President Of The European Parliament Roberta Metsola
Roberta Metsola, et Antonio Costa. [Getty Images/Horacio Villalobos_Corbis]

STRASBOURG — Le Parti populaire européen (PPE), parti de Roberta Metsola, et les Socialistes et Démocrates (S&D) auraient conlu un accord qui donnerait aux socialistes le droit de nommer le prochain président du Parlement européen pour un mandat de deux ans et demi début 2027. Le PPE est le plus grand groupe de l’hémicycle, suivi par le groupe S&D.

Mais compte tenu du recul des socialistes, qui ont essuyé de lourdes défaites lors des derniers scrutins à travers l’Europe, le PPE pourrait présenter Roberta Metsola pour un troisième mandat. En contrepartie, le PPE pourrait permettre au socialiste António Costa, président du Conseil européen, de rester en fonction pendant un mandat complet de cinq ans, selon des sources proches du dossier.

Manfred Weber à la manœuvre

Manfred Weber soutient fermement la réélection de Roberta Metsola afin de conserver son emprise sur la direction du groupe PPE, selon une source au fait de la question.

« Si Metsola quitte le Parlement, où irait-elle ? », s’est interrogée la source. « Le seul poste disponible serait celui de présidente du groupe PPE, et il n’y a aucune chance que Weber y renonce. »

Manfred Weber, eurodéputé allemand, préside le groupe parlementaire du PPE depuis plus de dix ans et occupe la présidence du parti paneuropéen éponyme depuis 2022. L’homme est donc au centre des décisions concernant l’orientation stratégique de la plus grande famille politique européenne.

Roberta Metsola — qui a décidé de rester dans la politique européenne lorsque son parti national, le Parti nationaliste maltais, cherchait un nouveau leader au début de l’année — serait « en pleine campagne », soutient un responsable européen.

« Tous les signes vont dans ce sens », a déclaré un député européen du groupe S&D.

Roberta Metsola, très populaire au Parlement, y compris au sein du groupe des Conservateurs et Réformistes (CRE) et de l’extrême droite, se présente comme une candidate de l’unité. Elle a également renforcé la visibilité du Parlement sur les questions internationales, en particulier en ce qui concerne le soutien à l’Ukraine.

Flirt avec l’extrême droite ?

Certains observateurs ont également vu des signes indiquant que Roberta Metsola prépare le terrain pour un virage à droite. Elle a accordé à l’extrême droite un moment de silence pour Charlie Kirk, le militant MAGA assassiné le mois dernier, en le regroupant avec d’autres sujets, dont que l’attaque terroriste antisémite de Manchester. Elle n’a pas non plus empêché le groupe des Patriotes pour l’Europe d’imposer un débat sur le danger que représentent les migrants pour les femmes et les enfants.

Une nouvelle candidature de Roberta Metsola pourrait donc déranger les socialistes, qui estiment par ailleurs avoir droit à ce poste en vertu d’un accord secret conclu avec le PPE. Renier l’accord de partage du poste — une tradition de longue date dans l’institution — pourrait nuire à l’équilibre des pouvoirs au sein de la majorité centriste du Parlement, a averti un diplomate, surtout si Roberta Metsola devait être soutenue par l’extrême droite.

« L’élection d’un président par une majorité PPE-extrême droite aurait des répercussions politiques majeures », a déclaré Richard Corbett, ancien eurodéputé S&D. Il a ajouté que son ancien groupe « protesterait vigoureusement » contre cette option.

Ni les bureaux de Manfred Weber, Roberta Metsola ou António Costa n’ont répondu à nos demandes de commentaires.

(asg)