Un pays sans gouvernement peut-il être performant économiquement ?
Quel est l’impact d’une incertitude politique prolongée sur l’économie ? La réponse dépend des circonstances et les cas de la France et de la Belgique ne sont pas « pleinement comparables », juge l’économiste d’ING Philippe Ledent auprès de l’AFP.
Quel est l’impact d’une crise politique qui se prolonge sur l’économie d’un pays ? La réponse dépend des circonstances et les exemples de la France et de la Belgique ne sont pas « pleinement comparables », juge l’économiste d’ING Philippe Ledent auprès de l’AFP.
Spécialiste de la Belgique, où les coalitions gouvernementales mettent parfois plus d’un an à se former, Philippe Ledent explique que les conséquences de l’incertitude politique sur l’économie varient fortement en fonction des cycles dans lesquels se trouvent les différents pays.
Quelles sont les conséquences du blocage politique issu des législatives sur l’économie française ?
Philippe Ledent (P.L.) : L’impact à court terme n’a pas été énorme. L’économie continue de tourner. Par contre, le flou généré par la situation institutionnelle peut quand même avoir un impact sur la confiance des entreprises, sur la confiance des ménages, compte tenu de l’impasse dans laquelle les institutions semblent se trouver.
À quel point ce flou peut-il pénaliser la croissance ?
P.L. : ING a légèrement abaissé ses prévisions de croissance des prochains trimestres pour la France, en raison de l’attitude attentiste adoptée par les entreprises et des ménages en matière d’investissement et de consommation. Je ne parle probablement pas ici d’une catastrophe, d’une lourde récession parce que les entreprises fuient. La période d’incertitude mène plutôt à une croissance faible.
Quel a été l’impact des longues négociations gouvernementales sur l’économie belge ces dernières années ?
P.L. : Au début des années 2010, quand nous avons mis en Belgique plus d’un an et demi à trouver un gouvernement, on en arrivait parfois à se dire que finalement c’était plutôt salvateur, parce que comme il n’y avait pas de nouvelle politique économique, il n’y avait pas vraiment de choc sur la fiscalité, sur les dépenses. On était dans les suites de la crise financière où quelque part, avoir une espèce de neutralité de la politique économique n’était pas mauvais.
Le cycle économique actuel est-il comparable ?
P.L. : Nous sommes dans une période de stabilisation de l’économie, après les énormes chocs des quatre dernières années, avec une normalisation de l’inflation et une croissance qui reste très, très molle dans la zone euro. Mais il n’y a pas de gros chocs négatifs.
Dans ces circonstances, est-ce que la France pourrait elle aussi bénéficier de ce statu quo politique ?
P.L. : Les situations ne sont pas pleinement comparables. En Belgique ou aux Pays-Bas, on sait dès le lendemain des élections qu’il va y avoir de longues négociations pour trouver un gouvernement. Cela n’engendre pas de stress ou d’incertitude.
En France, tout le monde semble aujourd’hui complètement déboussolé par la situation. Le risque d’avoir un impact sur la confiance des entreprises, sur les ménages […] est donc probablement plus grand.
D’un point de vue économique, est-ce qu’un gouvernement démissionnaire expédiant les affaires courantes n’est finalement pas moins déstabilisant qu’un nouvel exécutif qui aurait des orientations politiques radicalement différentes ?
P.L. : Tout le monde est politiquement très tendu en France. Le risque existe donc de voir un surinvestissement de la part du prochain gouvernement sur les questions économiques, pour marquer son emprunte, au risque évidemment de faire des erreurs et de générer davantage d’incertitude.
Depuis juin, la France — comme la Belgique d’ailleurs — a été placée en procédure de déficit excessif par la Commission européenne. Il y a donc un énorme enjeu de stabilisation et de réduction des déficits, sans faire trop de dégâts sur l’économie, dans un contexte économique qui n’est pas le plus simple. Cela nécessite donc une vrai politique économique, et pas simplement de laisser faire les choses.