Un sommet européen pour relancer la croissance et l'emploi
Depuis le début de l'année, les leaders européens ne cessent de parler de croissance et d'emploi. Après deux années de crise de la dette et d'austérité budgétaire, le désir de passer à autre chose se fait de plus en plus sentir.
Depuis le début de l'année, les leaders européens ne cessent de parler de croissance et d'emploi. Après deux années de crise de la dette et d'austérité budgétaire, le désir de passer à autre chose se fait de plus en plus sentir.
Pour ce faire, lors du premier sommet de l'UE en 2012, qui aura lieu lundi prochain, les dirigeants tenteront de trouver des moyens de relancer la croissance et de créer de l'emploi dans l'Union des Vingt-Sept qui est au bord de la récession et enregistre un taux de chômage de 10 % en moyenne. Ce taux grimpe à 45 % pour les jeunes dans des pays comme l'Espagne.
Le problème est qu'après avoir prêché pour l'austérité pendant des années en demandant aux gouvernements en difficulté de réduire leurs dépenses et d'augmenter leurs recettes, il reste peu de capitaux pour l'investissement, que ce soit au niveau national ou dans le budget de l'UE.
Par conséquent, nombreux sont ceux qui doutent que le sommet de lundi aboutisse à des mesures concrètes pour augmenter le PIB ou créer de l'emploi sur le court terme, bien que les leaders européens aient adopté des mesures de compétitivité il y a plus de dix ans.
« Il n'ont pas vraiment de stratégie, si ce n'est l'habituelle liste interminable de réformes structurelles et du marché du travail, ce qui est bien, mais ne donnera pas beaucoup de résultats à court terme », a déclaré Guntram Wolff, directeur adjoint de Bruegel, un groupe de réflexion dont les analyses portent souvent sur les politiques européennes.
« Il est clair aujourd'hui que l'austérité et la consolidation budgétaire ne sont pas suffisantes, la croissance économique et l'emploi sont essentiels. Le signal est le bon, mais nous devons davantage travailler sur la manière d'y parvenir. »
Bien que les réserves de capitaux privés soient insuffisantes pour lancer des projets d'infrastructure ou d'autres programmes créateurs d'emploi pour améliorer les performances, l'UE dispose de beaucoup de fonds mis de côté dans son budget à long terme et qui pourraient être utilisés pour aider des pays comme la Grèce, l'Espagne et le Portugal.
Le premier ministre espagnol, Mariano Rajoy, a déclaré hier (27 janvier) que l'argent non utilisé des fonds structurels de l'UE devrait être alloué à la création d’emplois.
Il est également nécessaire de stabiliser le système bancaire, afin que les banques prêtent aux petites et moyennes entreprises, le moteur de l'emploi dans l'UE. Les PME sont en effet responsables de 85 % des nouveaux emplois depuis 2000.
La Banque centrale européenne a renfloué le secteur bancaire avec près de 500 milliards d'euros de prêts à trois ans, une opération qu'elle répétera en février. Cette intervention a contribué à une certaine stabilisation.
Chômage chez les jeunes
Lors du sommet, les dirigeants devraient également s'engager pour que les jeunes dans des pays en difficulté comme le Portugal et la Grèce puissent plus facilement partir à l'étranger afin de chercher du travail dans des économies performantes telles que l'Allemagne, le Danemark et les Pays-Bas.
« Je souhaite, pour notre réunion de lundi, que nous nous concentrions sur les mesures à prendre dans l'immédiat dans les domaines spécifiques du chômage des jeunes, du marché unique et des PME », a écrit Herman Van Rompuy, le président du Conseil européen qui préside les sommets de l'UE, dans une lettre d'invitation adressée aux dirigeants européens jeudi.
« Dans la situation économique actuelle, nous devons poursuivre nos efforts afin d'assurer la stabilité financière et l'assainissement budgétaire: cela est nécessaire en soi, mais c'est aussi une condition requise pour renouer avec une croissance économique structurelle. »
La Grèce, le Portugal, l'Espagne, et dans une moindre mesure, l'Irlande, continueront de souffrir pendant une année ou deux en raison de strictes mesures d'austérité, ce qui risque d'assombrir les perspectives de croissance, révèle une enquête de Reuters. Les économies portugaise et grecque se contracteront de plus de 3 %, peut-on encore lire dans ce sondage réalisé auprès d'une vingtaine d'économistes.
L'Allemagne, qui devrait éviter la récession contrairement à bon nombre de ses partenaires, continuera de se concentrer sur des réformes structurelles plus que sur les aspects purement budgétaires.
« La croissance durable dans les économies européennes ne peut pas s'acheter avec de l'argent public », a expliqué un haut fonctionnaire allemand. « Parfois, il faut un courage politique pour prendre les mesures nécessaires à la création de fondations pour une croissance durable. Nous avons besoin de réformes structurelles. »
Le modèle danois ?
Le Danemark, qui exercera la présidence du Conseil de l'UE jusqu'à la fin du mois de juin, est l'exemple type d'un pays ayant choisi la voie de l'investissement, avec succès.
Il y a vingt ans de cela, il a décidé de devenir le champion des technologies vertes et a donc beaucoup investi dans les sources d'énergie non traditionnelle, notamment dans les éoliennes. Le fabricant danois d'éoliennes Vestas est aujourd'hui un leader dans ce domaine.
Mais cette stratégie a ses défauts. Ce mois-ci, Vestas a en effet annoncé devoir licencier plus de 2300 personnes, 10 % de son personnel, afin de rester rentable face à la concurrence chinoise.
En ces temps de crise économique en Europe, le coût plus élevé de l'investissement dans les sources énergétiques non traditionnelles représente un obstacle pour les gouvernements surendettés et les entreprises du secteur en souffrent.
S'agissant de définir une stratégie de croissance paneuropéenne, les experts estiment donc que l'UE doit viser un secteur pertinent dans tous les pays et qui requerra beaucoup d'investissements, afin de créer de l'emploi, d'accroître l'efficacité et d'entrevoir des possibilités d'évolution à long terme.
Le candidat tout trouvé pour ce rôle est bien entendu le secteur de l'énergie.
« Ils doivent réfléchir à un projet d'investissement qui comprend un fort élément européen, comme la transition énergétique », a expliqué M. Wolff du Bruegel. « On parle sur le long terme, mais d'un autre côté, les ajustements auxquels nous assisterons en Europe australe prendront de toute façon cinq à dix ans. »
La clé sera de trouver de l'argent à investir. Au niveau national, cela implique de se concentrer sur ce que les législateurs appellent une « austérité intelligente » : réduire le budget, mais pas dans les domaines où l'investissement est crucial. Il faudrait donc réduire des dépenses sociales et les budgets alloués à la défense pour que plus de fonds soient disponibles.
A l'échelle de l'UE, il s'agit de débloquer les fonds structurels, l'argent mis de côté dans le budget à long terme de l'Union pour mettre les infrastructures des pays plus pauvres au niveau des normes européennes, mais qui n'est pas toujours utilisé par les receveurs. La Grèce, par exemple, dispose de 15 milliards d'euros de fonds non utilisés du budget 2007-2013 de l'UE.
Dans une lettre présentant leurs objectifs pour le sommet, la France et l'Allemagne ont soulevé la possibilité d'allouer 25 % de cet argent non utilisés en 2011 à un fonds spécial pour la croissance. Ils n'ont toutefois pas précisé quel serait le montant en question.
Sur sa page Facebook, le chancelier autrichien, Werner Faymann, a proposé d'utiliser 10 milliards des fonds sociaux dormants de l'UE pour contribuer à la réduction du chômage chez les jeunes.
L'argent est disponible. Reste à le débloquer et à l'utiliser de manière judicieuse pour aboutir à un résultat.