Un tiers des Afghans en situation d’insécurité alimentaire aigüe, selon une responsable de l’ONU

Après des décennies de conflit, trois années de sécheresse et les retombées économiques de la pandémie de Covid, l’Afghanistan reste un pays où sévit l’une des plus graves crises humanitaires, plus d’un tiers de sa population se trouvant en situation d’insécurité alimentaire.

EURACTIV.com
WFP – Afghanistan – 10/08/2022
« La situation en Afghanistan […] est désespérante », a affirmé Hsiao-Wei Lee, directrice du Programme alimentaire mondial (PAM) en Afghanistan, à EURACTIV lors d’un entretien, « mais je pense aussi que nous avons été en mesure de montrer que nous pouvons faire quelque chose pour y remédier ». [[PAM]]

Après des décennies de conflit, trois années consécutives de sécheresse et les retombées économiques de la pandémie de Covid-19, l’Afghanistan reste un pays où sévit l’une des plus graves crises humanitaires au monde, puisque plus d’un tiers de sa population se trouve en situation d’insécurité alimentaire aiguë.

L’Afghanistan — un pays enclavé au sud de l’Asie centrale qui compte environ 40 millions d’habitants — constitue un lieu stratégique pour les routes commerciales, reliant l’Asie méridionale et orientale à l’Europe et au Moyen-Orient.

Toutefois, le taux de chômage élevé, les pénuries de liquidités et la hausse des prix des denrées alimentaires ont plongé des millions de personnes dans la pauvreté, selon le Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations unies, de sorte que la moitié de la population afghane vit sous le seuil de pauvreté.

« La situation en Afghanistan […] est désespérante », a affirmé Hsiao-Wei Lee, directrice du Programme alimentaire mondial (PAM) en Afghanistan, à EURACTIV lors d’un entretien, « mais je pense aussi que nous avons été en mesure de montrer que nous pouvons faire quelque chose pour y remédier ».

« Juste après [la prise de pouvoir par les Taliban] en août 2021 et l’hiver qui s’en est suivi, nous avons constaté que 23 millions de personnes souffraient d’une faim aiguë — nous avons été en mesure de réduire ce nombre aux chiffres les plus récents d’environ 15 millions », a-t-elle déclaré.

« Ma plus grande inquiétude vient du fait que, même si ces besoins ont légèrement diminué, ils restent largement insatisfaits », a ajouté Mme Lee.

La faim aiguë renvoie aux formes les plus extrêmes de la faim — de l’insécurité alimentaire aiguë à la famine — qui surviennent fréquemment à la suite de guerres, de sécheresses, de chocs climatiques et d’autres catastrophes naturelles ou causées par l’homme.

La directrice nationale a expliqué que, sur les 15 millions de personnes souffrant d’une faim aiguë, le PAM ne dispose actuellement que des ressources nécessaires pour en aider 5 millions, « ce qui signifie que nous ne disposons pas des ressources nécessaires pour venir en aide à au moins 10 millions de personnes ».

« Le PAM accuse un déficit de financement d’un milliard de dollars pour l’hiver prochain », a-t-elle ajouté, « et l’hiver, bien sûr, est la période qui nous préoccupe le plus ».

Le PAM compte sur les gouvernements, les entreprises et les particuliers pour financer ses opérations d’aide alimentaire. En 2023, les besoins pour l’Afghanistan sont estimés à 2,2 milliards de dollars (environ 2 milliards d’euros).

En 2022, la Commission européenne était le troisième donateur du PAM, après les États-Unis et l’Allemagne, et avait versé 660 millions d’euros.

La directrice du PAM en Afghanistan, Hsiao-Wei Lee, discute avec des agriculteurs et des aînés du village dans le district de Chārbōlak, dans la province de Balkh. [PAM]

De la nourriture seulement pour deux jours et demi par semaine

Outre la Covid-19 et la prise de pouvoir par les Taliban en août 2021, la guerre en Ukraine a également entraîné des conséquences « considérables » sur le prix des denrées alimentaires en Afghanistan.

Largement tributaire des importations, le pays a vu les prix monter en flèche au début de l’invasion russe, tandis que les opportunités économiques et d’emploi se sont restreintes.

« Avant la Covid, nous avons constaté que les travailleurs journaliers […] pouvaient travailler peut-être trois jours par semaine », a déclaré Mme Lee, « aujourd’hui, ils travaillent entre un jour et demi et deux jours ».

Ainsi, les travailleurs gagnent plus ou moins la moitié de ce qu’ils gagnaient auparavant, mais avec l’augmentation des prix des denrées alimentaires, leur pouvoir d’achat a diminué de plus de la moitié.

« Ce que nous constatons, c’est qu’au mieux, ils peuvent […] obtenir de quoi approvisionner leur famille pendant environ deux jours et demi par semaine », a ajouté la directrice nationale.

Cependant, l’aide humanitaire ne suffit pas à résoudre une crise, surtout lorsque le pays subit également les conséquences des sanctions économiques imposées par des organisations internationales et des pays comme les États-Unis.

« Beaucoup d’entre nous cherchent également à savoir comment nous pourrions soutenir les moyens de subsistance et faire redémarrer l’économie », a déclaré Mme Lee, ajoutant qu’il faut aussi « mettre en place d’autres facteurs de facilitation ».

Selon Mme Lee, les agriculteurs « ont dû vendre une grande partie de leurs actifs pour pouvoir nourrir leur famille, notamment des actifs nécessaires à leur subsistance », comme les semences et le bétail. [PAM]

Deux ou trois ans pour se remettre sur pied

Alors que la plupart des denrées alimentaires sont disponibles — même si elles sont inabordables — dans une ville comme Kaboul, les zones rurales peinent à avoir accès à la nourriture.

Pour se nourrir, les habitants de ces régions doivent compter sur ce qu’elles sont capables de produire, ce qui constitue un défi en cette troisième année de sécheresse consécutive.

« La sécheresse constitue actuellement le principal facteur qui touche l’Afghanistan depuis trois ans », a expliqué Mme Lee.

« Lorsque je demande aux agriculteurs à quand remonte la dernière fois que la situation a été aussi mauvaise pour eux, ils me répondent que c’était entre 1999 et 2001, période également marquée par trois années consécutives de sécheresse », poursuit-elle.

Selon Mme Lee, les agriculteurs « ont dû vendre une grande partie de leurs actifs pour pouvoir nourrir leur famille, notamment des actifs nécessaires à leur subsistance », comme les semences et le bétail.

« Je leur ai également demandé combien de temps il leur faudrait pour se remettre sur pied s’ils enregistraient une bonne récolte, […] et ils m’ont répondu qu’il leur faudrait au moins deux ou trois ans », a-t-elle précisé.

« Beaucoup d’entre eux sont très endettés, donc quoi qu’ils cultivent et récoltent cette année, ils doivent rembourser leurs dettes et il leur faut du temps pour pouvoir se remettre sur pied », a-t-elle poursuivi.

Toutefois, Mme Lee constate déjà une « amélioration potentielle relative à la capacité de production des Afghans », étant donné que la sécheresse devrait marquer une pause.

« Nous avons constaté qu’au cours des deux dernières années, le déficit en blé atteignait environ 40 %, alors que cette année, les estimations actuelles indiquent qu’il se situe aux alentours d’un tiers », a-t-elle ajouté.