Une décision à double tranchant pour la Serbie
Les ministres des affaires étrangères de l'UE qui se rencontrent ce lundi à Luxembourg (25 octobre) prévoient d'enfin débloquer le processus d'adhésion de la Serbie, bloqué depuis des années dans la mesure où les Pays-Bas insistent pour que le criminel de guerre Ratko Mladi? soit jugé.
Les ministres des affaires étrangères de l'UE qui se rencontrent ce lundi à Luxembourg (25 octobre) prévoient d'enfin débloquer le processus d'adhésion de la Serbie, bloqué depuis des années dans la mesure où les Pays-Bas insistent pour que le criminel de guerre Ratko Mladi? soit jugé.
Jean de Ruyt, l’ambassadeur de l’UE pour la Belgique, le pays qui tient actuellement la présidence tournante de l’UE, a dit a la presse ce vendredi (22 octobre) qu’un accord était en vue lors de la prochaine rencontre des ministres à Luxembourg.
Il a toutefois ajouté, qu’en échange de l’accord, l’UE appliquerait un « monitoring très très minutieux » sur la coopération de la Serbie avec le tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY).
Cependant, M. De Ruyt a dit que certains Etats membres étaient toujours opposés à l’introduction d’une clause de conditionnalité stricte faisant référence au TPIY.
C’est la première fois que le terme « monitoring » a été utilisé par rapport au processus d’adhésion d’un pays des Balkans occidentaux. M. De Ruyt a admis lui-même qu’un tel système de monitoring strict n’avait pas été appliqué à la Croatie, un pays bien avancé dans ses négociations d’adhésion à l’UE. Il a ajouté, toutefois, que des conditions similaires seraient appliquées pour Zagreb dans le chapitre crucial des négociations sur la justice et les droits fondamentaux.
« La coopération de la Serbie avec le TPIY n’est pas parfaite, mais nous prendrons notre décision à la fin du processus d’adhésion » a dit le diplomate belge.
Selon le raisonnement de M. De Ruyt, chaque étape du processus d’adhésion de la Serbie sera conditionnée par la coopération avec le TPIY. Toutes les décisions sur les questions liées à l’élargissement sont prises à l’unanimité, et au sein du processus d’adhésion d’un pays, il existe plus d’une centaine d’occasion d’exercer le droit de veto.
M. De Ruyt a expliqué que la situation aux Pays-Bas était « compliquée », avec un nouveau gouvernement de minorité, de nouveaux ministres responsables pour l’élargissement européen et un Parlement qui n’a pas laissé de grandes opportunités pour que le cabinet débloque l’adhésion de la Serbie à l’UE.
En particulier, le Parlement a donné l’ordre au gouvernement de postposer toute décision concernant la Serbie en amont du prochain rapport sur le pays par le procureur général du TPIY, Serge Brammertz.
M. De Ruyt a dit qu’en théorie, la décision concernant le processus d’adhésion de la Serbie pourrait être postposée, mais qu’il existait un sentiment selon lequel « nous avons déjà attendu assez longtemps ».
Il a également insisté sur le fait que l’UE souhaitait maintenir l’élan politique créé par le fait que Belgrade ait accepté de s’engager dans des discussions avec le Kosovo, son ancienne province qui a déclaré son indépendance en 2008.
Ainsi que l’a rapporté l’AFP, le premier ministre du Kosovo Hashim Thaci a accepté d’entamer les discussions avec la Serbie, négociées par l’UE, avant les élections anticipées du mois de février, en dépit de l’actuelle crise politique à Pristina.
Le président du Kosovo Fatmir Sejdiu a annoncé sa démission le 27 septembre, suite à une décision judiciaire de la cour constitutionnelle qui lui interdisait de faire office de chef d’état et de leader de son parti politique simultanément.
« La (première) rencontre entre les deux parties devrait avoir lieu dans les semaines qui viennent », a dit un fonctionnaire européen anonyme, cité par le quotidien kosovar Koha Ditore.
Selon le New York Times, Ratko Mladi?, un des deux criminels de guerre qui court toujours, se cachait probablement à Novi Belgrad, une tour d’habitation de la banlieue de la capitale Serbe, déménageant d’un appartement à l’autre.