Une enquête tchèque révèle que des produits russes sous embargo continuent d’affluer en Europe
Des journalistes d’investigation tchèques ont révélé dans Seznam Zpravy que des produits russes soumis à l’embargo de l’UE continuent d’entrer et circuler dans les États membres.
Des journalistes d’investigation tchèques ont révélé dans le média Seznam Zpravy que des produits russes soumis à l’embargo européen continuent d’entrer et de circuler dans les États membres.
Cette enquête montre les lacunes dans l’application des sanctions de l’UE. Un journaliste d’investigation s’est fait passer pour un homme d’affaires intéressé par le bois et le fer russes et est entré en contact direct avec un contrebandier russe.
« J’ai passé trois mois à construire cette infrastructure. Nous acheminons les marchandises par camion à travers la Géorgie jusqu’en Turquie ou par bateau de Novorossiysk à Istanbul », a déclaré le contrebandier russe Ernest Rochal au journaliste.
« En Turquie, nous changeons le pays d’origine. Tous les tampons russes disparaissent, et nous blanchissons le nom de la société. Depuis la Turquie, nous transportons ensuite les marchandises en Bulgarie, dans une autre de mes sociétés. Puis, vous achetez là-bas. Donc, sur le papier, ça ne vient pas de Russie, ni de Turquie, mais de Bulgarie. Mon homme se chargera du dédouanement complet », a déclaré M. Rochal au journaliste.
Le contrebandier a également envoyé au journaliste la documentation d’un contrat exécuté en septembre 2022, pour la livraison de bois russe en Pologne.
Il a également avoué qu’il exportait des marchandises de l’UE vers la Russie, plus précisément des gilets pare-balles et des casques.
Les États européens ont imposé des sanctions à la Russie peu après le début de l’invasion de l’Ukraine afin de paralyser l’économie russe. Toutefois, l’itinéraire de contrebande décrit par les journalistes d’investigation montre bien les limites de ces mesures.
Le Financial Times a réussi à s’entretenir avec un autre contrebandier qui a déclaré se procurer des marchandises européennes par l’intermédiaire de ses sociétés basées dans l’UE, puis les acheminer vers des pays partageant une union douanière avec la Russie, comme le Kazakhstan, pour enfin acheminer les produits vers la Russie.
Toutefois, la contrebande de marchandises devrait bientôt devenir plus difficile. En novembre 2022, le Conseil de l’UE a décidé d’ajouter la violation des mesures restrictives à la liste des « crimes de l’UE ».
Selon le ministre tchèque de la Justice, Pavel Blažek, cette mesure est un « outil essentiel pour garantir que toute tentative de contournement de ces mesures sera arrêtée ». La Commission européenne a déjà présenté une proposition spécifique qui doit encore être adoptée par le Conseil et le Parlement européen.