Une entreprise belge provoque un scandale environnemental en Bosnie-Herzégovine
La délégation de l’UE en Bosnie-Herzégovine a été invitée à condamner les poursuites-bâillons intentées contre des militants locaux par une entreprise belge en raison de leurs critiques sur l’impact environnemental d’une centrale hydroélectrique dans le pays.
La délégation de l’Union européenne en Bosnie-Herzégovine a été invitée à condamner les poursuites-bâillons intentées contre des militants locaux par une entreprise belge en raison de leurs critiques concernant l’impact environnemental d’une centrale hydroélectrique sur la rivière Kasindolska.
Sur la rivière Kasindolska, qui est située à environ 20 km au sud de Sarajevo, BUK d. o. o — une société bosniaque dont Green Invest (une société basée en Belgique) est actionnaire — exploite une petite centrale hydroélectrique et prévoit d’en construire deux autres.
Depuis la construction de la centrale hydroélectrique en 2017, deux activistes bosniaques se sont publiquement exprimés concernant les impacts négatifs potentiels des activités de l’entreprise sur la rivière et l’environnement.
Ils évoquent notamment des violations des autorisations accordées, une déforestation incontrôlée dans des zones de conservation et une érosion des sols causée par la construction des routes.
BUK d.o.o attaque en diffamation
En réponse, BUK d.o.o a déposé trois plaintes pour diffamation dans lesquelles ils demandent 7 500 euros de dommages et intérêts et menacent les militants d’autres actions en justice.
Lejla Kusturica, de l’organisation environnementale ACT, condamne ces « poursuites-bâillons, qui sont de plus en plus utilisées par les hommes politiques et les entreprises pour intimider les militants environnementaux et censurer les critiques ».
En conséquence de ces attaques en justice, une lettre ouverte signée par 140 organisations et groupes de Bosnie-Herzégovine, d’Europe et des États-Unis a été envoyée mardi (18 octobre) aux représentants diplomatiques de la Belgique, au chef de la délégation de l’UE en Bosnie-Herzégovine ainsi qu’à d’autres institutions internationales concernées.
Dans cette lettre, les signataires expriment leurs inquiétudes quant aux activités de Green Invest et de BUK d.o.o.. On peut également y lire que la centrale de Green Invest/BUK d.o.o. est exploitée sans les permis nécessaires et qu’elle « réalise des bénéfices importants aux dépens de la rivière et des communautés qui vivent à proximité », ce qui va à l’encontre du droit européen de l’environnement.
Le cofondateur et PDG de Green Invest, Emmanuel Berryer, a confié à EURACTIV que sa société n’investit « pas seulement » dans un projet en République serbe (Republika Srpska) pour des raisons économiques et que le projet « répond à tous les critères de développement durable ». En outre, il précise que les petits projets hydroélectriques bien gérés en « bonne intelligence avec la population » sont un élément essentiel de « l’approvisionnement durable et de la sécurité énergétique du pays ».
En ce qui concerne les procès pour diffamation, M. Berryer a déclaré qu’ils avaient « à faire cesser les diffamations dont nous sommes l’objet — corruption, mauvaise gestion, non-respect des règles et des permis, désinformation, enrichissement, etc. — alors que nous dépensons beaucoup d’énergie à respecter les lois, à essayer de faire de ce projet une réussite, à écouter les riverains et à répondre à leurs intérêts ».
Dans les Balkans, les petites centrales hydroélectriques sont largement considérées comme non durables. En effet, de la phase de construction à l’abandon définitif en passant par l’exploitation, elles causent des déplacements de populations et des dommages importants à l’environnement.
La lettre demande instamment à la délégation de l’UE en Bosnie-Herzégovine d’« encourager la société et sa filiale BUK d.o.o. à abandonner immédiatement les poursuites judiciaires » et à opter plutôt pour « un engagement constructif avec les militants et la communauté touchée ».
[Édité par Paul Messad]