Unité syndicale franco-allemande sur l’avenir de la PAC

Les positions françaises et allemandes sur la PAC se rapprochent. Alors que le ministre français de l’agriculture a rencontré son homologue allemand, deux syndicats agricoles allemands et français ont présenté des axes communs pour la future négociation budgétaire.

EURACTIV.fr

Les positions françaises et allemandes sur la PAC se rapprochent. Alors que le ministre français de l’agriculture a rencontré son homologue allemand, deux syndicats agricoles allemands et français ont présenté des axes communs pour la future négociation budgétaire.

La FNSEA et son homologue allemand, le DBV, ont présenté, vendredi 11 juin, les grandes lignes de leur vision de la future PAC. Dans ce document rendu public à l’occasion de la visite du ministre français de l’Agriculture, Bruno Le Maire, à Berlin, les deux syndicats agricoles soulignent cinq axes qui leur paraissent essentiels à défendre dans les négociations à venir.

Ils demandent une politique agricole «stabilisée et flexible» pour répondre aux nouveaux défis, s’opposant à tout «démantèlement» de la PAC post-2013. Pour cela, ils réclament un «financement approprié» de la PAC. «Un budget agricole européen au minimum identique au budget actuel est de ce fait indispensable», énonce le texte.

Par ailleurs, le document demande également un soutien «plus équitable» en faveur des agriculteurs. Aussi la FNSEA et le DBV réclament-ils que les enveloppes d’aides directes soient réparties entre États membres «de manière équitable», mais aussi que les soutiens versés aux agriculteurs ne soient progressivement plus calculés sur des bases historiques mais « à partir de critères non distorsifs ».

«Le discours sur l’abandon des bases historiques est un réel changement de position de la part des agriculteurs français», analyse l’économiste à l’Inra Jean-Christophe Bureau. En revanche, les agriculteurs allemands sont déjà engagés dans cette voie depuis de nombreuses années. «L’établissement d’un prix unique à l’hectare produit de très gros bouleversements», souligne-t-il.

Concernant la volatilité des prix sur les marchés, les syndicats français et allemand réclament non seulement un système de préférence communautaire, mais aussi un mécanisme d’intervention «doté d’une ligne budgétaire conséquente». «Il ne reste pas beaucoup de marge de manœuvre sur l’intervention», commente Jean-Christophe Bureau, pour qui ce mécanisme n’existe que pour le blé. En revanche, il estime qu’en demandant la «préférence communautaire», les agriculteurs se prononcent pour le blocage d’un accord à Doha, dans le cadre des négociations de l’OMC.

« Syndicalisme raisonnable »

Le texte plaide également pour un «renforcement du pouvoir de négociation des agriculteurs dans la chaîne alimentaire (organisations de producteurs, interprofessions…) et l’adaptation du droit de la concurrence». Une revendication dans le droit fil des demandes de la France et des modifications incluses dans la Loi de modernisation de l’agriculture (LMA), actuellement examinée par le Parlement français.

«Ces positions sont assez classiques du syndicalisme raisonnable», juge M. Bureau, qui estime qu’elles ne sont «pas très éloignées des propositions de la Commission». 

La parution de ce document intervient à la fin d’une semaine durant laquelle Bruno Le Maire semble avoir poursuivi inlassablement son offensive diplomatique. Le 7 juin à Varsovie, il s’est ainsi prononcé, avec son homologue polonais, contre «toute remise en cause de la PAC». Le lendemain, il rencontrait son homologue hongrois à Budapest, avant de se rendre à Berlin le 11 juin.

Depuis plusieurs mois, le ministre de l’Agriculture tente de peser sur les négociations de l’avenir de la PAC en emportant le soutien de l’Allemagne. Signe de cette volonté politique, Bruno Le Maire a d’ailleurs pour conseiller aux Affaires européennes, depuis janvier 2010, un ancien secrétaire général adjoint pour la coopération franco-allemande au cabinet du ministre allemand délégué aux Affaires étrangères.

«L’Allemagne est un pays stratégique si la France veut peser dans la négociation», explique Jean-Christophe Bureau. Cependant, l’économiste explique qu’Outre-Rhin, la coalition est «divisée» sur le sujet. «Les Länder du sud sont assez proches de la position française, alors qu’en Allemagne de l’Est, ils commencent à se rendre compte qu’ils peuvent être compétitifs sur les marchés», poursuit-il.