Varsovie et Berlin poussent l’UE à se rapprocher de l’Est
La présidence polonaise espère de nombreuses avancées, lors du sommet sur le "partenariat oriental", alors que les yeux sont rivés vers le sud de l’Europe depuis le début du printemps arabe.
La présidence polonaise espère de nombreuses avancées, lors du sommet sur le « partenariat oriental », alors que les yeux sont rivés vers le sud de l’Europe depuis le début du printemps arabe.
La Pologne et la Suède ont lancé, en 2009, le projet d’un « partenariat oriental » pour l’Union européenne avec six pays de son voisinage proche : Arménie, Azerbaïdjan, Bélarus, Géorgie, Moldavie et Ukraine.
L’objectif est d’offrir un cadre de collaboration pour ces anciennes républiques soviétiques afin de favoriser la collaboration, financer des projets, aider à la transformation démocratique et d’imaginer, à plus long terme, leur possible adhésion à l’UE.
Pas Sarkozy, ni Cameron
C’est symboliquement durant leur présidence de l’UE que les Polonais ont choisi d’organiser ce sommet européen sur sujet à Varsovie. Les dirigeants des Vingt-Sept sont attendus jeudi 29 et vendredi 30 septembre. A quelques exceptions près.
La France ne sera pas représentée par son président Nicolas Sarkozy, mais par son premier ministre, François Fillon, fait extrêmement rare pour des rencontres de ce niveau. Il en sera de même pour le Royaume-Uni qui envoie son vice-premier ministre, Nick Clegg.
Deux courants
L’ambassadeur de Pologne en France, Tomasz Or?owski n’y voit aucun mépris de la part des autorités françaises. « Le développement du partenariat oriental en même temps que celui de l’Union pour la Méditerranée a démontré qu’il existe une compréhension mutuelle en Europe des priorités de chacun. Aujourd’hui, la France s’implique pleinement ».
Toutefois, pour Piotr Kaczynski du Centre for European Policies Studies (CEPS), c’est bien l’Allemagne et la Pologne qui sont le moteur du rapprochement avec les pays à l’Est de l’Europe. Berlin et Varsovie ont d’ailleurs considérablement amélioré leurs relations depuis quelques années. Et la chancelière allemande, Angela Merkel, sera à Varsovie.
Concurrence ou pas ?
« Il existe deux courants. Ceux qui regardent au sud, ceux qui regardent à l’est. La France est clairement dans la deuxième catégorie », commente Eliane Mossé de l’Institut français des relations internationales. « Le printemps arabe n’a fait qu’accentuer cette tendance. »
Au cours de l’élaboration du partenariat en 2008 et 2009, Paris a bien pris soin d’éviter que ce projet n’empiète sur les crédits dédiés à la rive Sud de la méditerranée. Le « partenariat oriental » est d’ailleurs souvent perçu comme un concurrent à l’Union pour la Méditerranée portée par la France.
Mais cette vision est erronée, estime Piotr Kaczynski : « Il n’est pas question de choisir. Abandonner les pays d’Europe orientale n’est dans l’intérêt de personne. Qui voudrait que des dictateurs comme Lukashenko (le président biélorusse, ndlr) se multiplient autour de l’UE ? »
Pour montrer les similitudes des objectifs au Sud et à l’Est de l’UE, Varsovie planche même sur la création de « couples de pays », explique Tomasz Or?owski pour « dégager des synergies entre la Tunisie et la Moldavie par exemple ».
Pays peu stables
La Pologne entend donc bien faire avancer son projet. Dans un entretien accordé à l’édition polonaise de Newsweek, le ministre des Affaires étrangères Radoslaw Sikorski a précisé qu’il souhaitait achever les négociations sur l’accord d’association avec l’Ukraine et l’ouverture de nouvelles avec la Géorgie et la Moldavie, lors du sommet.
Toutefois, traiter avec ces pays reste complexe, leur stabilité étant plus que relative. La Moldavie ne contrôle plus la région de la Transnistrie depuis 1992, la Géorgie reste marquée par la guerre de 2008 contre son voisin russe, l’Ukraine est particulièrement minée par la corruption et les luttes de pouvoir et le Belarus est toujours dirigé d’une main de fer par le dictateur Alexander Lukashenko.
600 millions
« Mais ce n’est pas pour autant qu’il ne faut pas y aller », juge Eliane Mossé. « Dans le contexte actuel, tout est risqué. Et l’intérêt d’une politique orientale est plus politique qu’économique. La perspective d’une adhésion à l’UE agit comme un élément stabilisateur sur ces pays ». Il est question d’accorder des avantages aux six, en fonction de leur progrès, en particulier en matière de libéralisation des visas.
Le budget alloué aux projets avec l’Est de l’Europe est de 600 millions d’euros pour la période 2010-2013. 175 millions pour le renforcement des institutions, 75 pour les programmes pilotes régionaux et 350 millions pour la coopération.