Vladimir Poutine déclare la "guerre des bulles" à la France

L’annonce de Vladimir Poutine d’interdire l’appellation « champagne » sur les étiquettes des vins à bulles importés pour la réserver uniquement aux producteurs de vins russes a suscité l’indignation en France. Le Comité Champagne appelle à l’arrêt des exportations.

Euractiv France
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La champagne, produit emblématique de la région française du même nom, est protégé par une appellation d’origine contrôlée (AOC) depuis 1936. [stockcreations/Shutterstock]

L’annonce de Vladimir Poutine, la semaine dernière, d’interdire l’appellation « champagne » sur les étiquettes des vins à bulles importés pour la réserver uniquement aux producteurs de vins russes a suscité l’indignation en France. Le Comité Champagne appelle à l’arrêt des exportations.

La décision du dirigeant russe fait tourner la tête en France : Vladimir Poutine a signé, vendredi dernier (2 juillet), un amendement de la loi sur la réglementation des boissons alcoolisées qui réserve le droit d’afficher l’appellation « champagne » sur les bouteilles aux seules producteurs russes.

Si les exportateurs français pourront continuer à afficher le mot « champagne » en caractères latins sur l’étiquette principale, la description du produit en cyrillique les oblige désormais à présenter leur champagne comme du « vin à bulles ». Le terme russe « shampanskoe » (ШАМПАНСКОЕ) sera réservé aux vins effervescents russes.

La champagne, produit emblématique de la région française du même nom, est pourtant protégé par une appellation d’origine contrôlée (AOC) depuis 1936 : seuls les viticulteurs installés sur le terroir défini et produisant leur champagne selon les règles précisées par l’Institut national de l’origine et de la qualité (INAO) sont autorisés à apposer le mot « champagne » sur leurs étiquettes.

L’appellation « champagne », convoitée dans le monde entier

Reconnue dans 121 pays au monde, l’appellation « champagne » reste néanmoins au cœur des convoitises. Compte tenu de l’attractivité du terme, le Comité interprofessionnel du vin de champagne, ou Comité Champagne, dit détecter, année après année, des centaines d’usages non autorisés « dans tous les pays du monde ». Et pas uniquement pour des vins mousseux : ce sont des produits cosmétiques et de décoration, agro-alimentaires ou high-tech qui, selon l’organisme, portent ce nom « symbole de célébration, de luxe et de qualité ».

Pour lutter contre ces « usurpations », le Comité Champagne pousse pour des accords de reconnaissance mutuelle des appellations protégées avec tous les pays du monde. Parmi les États qui ne reconnaissent toujours pas l’AOC Champagne, selon le site du Comité : la Russie, le Belarus, le Kazakhstan et l’Ukraine, mais aussi l’Argentine et les États-Unis.

Toutefois, « le Comité Champagne noue, depuis plusieurs années, des relations avec les producteurs de vins mousseux et les administrations russes », fait-il savoir. Une action qui aurait « conduit le gouvernement russe à se préoccuper de la nécessité de cesser toute utilisation de la dénomination ‘champagne’ en Russie ».

La décision russe, une « affirmation de mépris »

La décision unilatérale du président russe – que de nombreux journaux français ont déjà qualifié comme le début d’une « guerre des bulles » – provoque d’autant plus l’indignation.

« La Champagne est scandalisée par la nouvelle législation russe », déclare le Comité dans un communiqué qu’EURACTIV France a pu consulter, déplorant « que cette réglementation n’assure pas aux consommateurs russes une information claire et transparente sur l’origine et les caractéristiques des vins ».

« Cette nouvelle loi remet en cause plus de vingt ans de discussions bilatérales entre la France et la Russie sur la protection des appellations d’origine. »

« Il y a là une affirmation de mépris pour les lois et règlementations internationales les plus simples et fondamentales », regrette aussi l’eurodéputé français Bernard Guetta (Renew Europe), membre de la Délégation à la commission de coopération parlementaire UE-Russie contacté par EURACTIV France. « Ce qui me frappe dans la décision russe, c’est l’absence de gêne absolue. Le champagne, ce n’est pas seulement une marque, mais une région de France ».

L’annonce du Kremlin a en outre suscité des réactions au-delà de la France. Sur Twitter, l’homme politique lithuanien Linas Linkevičius a critiqué la nouvelle loi : « La prochaine étape pourrait être de changer le nom de la Tour Eiffel parce que la vraie ‘Tour Eiffel’ se trouve dans le village de Parij, dans la région de Tcheliabinsk », a-t-il fait savoir, en référence à la réplique de la tour construite dans ce village russe portant, vraiment, le nom de Paris.

La Commission européenne, « très préoccupée » par l’annonce de Poutine

Alors que le Comité Champagne appelle les diplomaties française et européenne à « obtenir la modification de cette loi inacceptable », la Commission européenne, contactée par EURACTIV France, se dit « très préoccupée » par la nouvelle loi russe qui « ignore, de manière ostensible, les indications géographiques et appellations d’origine de l’UE ».

« La loi va clairement avoir un impact significatif sur les exportations de vins et de spiritueux depuis l’UE vers la fédération russe », selon une porte-parole de la Commission qui indique que cette dernière « est en train d’évaluer si la loi enfreint les engagements de la Russie au sein de l’Organisation mondiale du commerce et réserve son droit de prendre les mesures nécessaires pour y remédier ». Dans tous les cas, l’institution dit vouloir contester la décision russe « à tous les niveaux pertinents ».

Toutefois, il ne faudra pas se « laisser entrainer dans le jeu » des rétorsions politiques à chaque provocation de la part de Vladimir Poutine, estime de son côté Bernard Guetta, pour lequel des mesures de rétorsion économique semblent les plus « logiques ».

Dans ce sens, la Comité Champagne appelle toutes les entreprises champenoises à « cesser toute expédition vers la Russie, jusqu’à nouvel ordre ». Un appel que tout le monde ne semble pas vouloir suivre : la maison Moët-Hennessy a bien suspendu ses exportations vers la Russie le week-end dernier, révèle Le Monde – mais juste le temps de se plier à la demande russe et de faire les ajustements nécessaires pour pouvoir continuer à exporter ses champagnes.

De son côté, le gouvernement français n’a pour l’heure pas fait d’annonce concrète en réponse à la décision russe, mais le ministre délégué chargé du Commerce extérieur et de l’Attractivité Franck Riester a fait savoir sur Twitter que « nous suivons de près les implications de la nouvelle loi viti-vinicole russe, en lien étroit avec les professionnels et nos partenaires européens ». Il n’y aurait en outre « aucun doute possible : nous soutiendrons sans faille nos producteurs et l’excellence française ».