Volvo Trucks : les normes anti-pollution freinent les investissements dans le tout-électrique
Selon le vice-président du Volvo Group Trucks Technology, les règles de l’UE établissant des normes de pollution plus strictes pour les camions freineront les investissements dans la production de véhicules électriques.
Selon Lars Stenqvist, vice-président du Volvo Group Trucks Technology, les règles de l’UE établissant des normes de pollution plus strictes pour les camions freineront les investissements dans la production de véhicules électriques.
Lars Stenqvist a confié à EURACTIV que les nouvelles règles Euro 7, présentées par la Commission européenne en novembre 2022, exigeraient de l’entreprise qu’elle investisse dans les moteurs à combustion adaptés, au détriment du passage à l’électrique.
« Si nous avons une législation Euro 7 trop stricte, je devrai ramener mes ingénieurs au développement du moteur à combustion afin de répondre aux nouvelles exigences européennes », a expliqué M. Stenqvist.
Ce sont donc des investissements en moins pour le tout-électrique, a-t-il alerté.
La proposition de règlement Euro 7 renforce les limites d’émission de polluants tels que le monoxyde de carbone, le NOx et les particules pour les véhicules lourds.
L’industrie a réagi plutôt négativement à la proposition, arguant que l’accent devrait être mis sur l’augmentation de la production de véhicules électriques et de véhicules fonctionnant à l’hydrogène, plutôt que sur le fait de rendre plus propres les véhicules à moteur à combustion, dont le nombre est en baisse.
M. Stenqvist s’est demandé pourquoi la proposition Euro 7 n’était pas plus étroitement alignée sur le récent projet de loi de la Commission établissant des normes d’émission de CO2 pour les véhicules lourds.
Les normes de CO2 proposées exigeraient une réduction de 90 % des émissions de carbone des nouveaux véhicules lourds vendus à partir de 2040.
« Malheureusement, nous avons l’impression que les différents services de la Commission ne collaborent pas vraiment », a-t-il déclaré, déplorant un manque de coordination au sein de l’exécutif européen. Les évaluations d’impact des deux projets de loi « aboutissent à des conclusions si différentes », selon lui.
Le groupe Volvo est considéré comme l’un des constructeurs de camions les plus à la pointe en matière de technologies vertes, se qualifiant même de « pionnier » dans la construction de camions électriques. Cependant, M. Stenqvist considère toujours les véhicules à moteur à combustion comme une part importante de leur offre.
« Nous pensons que pour certaines applications, y compris à très long terme, le moteur à combustion fonctionnant avec des carburants non fossiles et renouvelables restera la solution idéale », a-t-il déclaré.
Plutôt que le diesel, ces moteurs fonctionneront avec des carburants à faible teneur en carbone, tels que le biodiesel issu d’huiles végétales et les carburants synthétiques dérivés de l’hydrogène.
Toutefois, en raison de la concurrence accrue des autres modes de transport — notamment l’aviation et le transport maritime —, ces carburants devraient coûter plus cher, ce qui rendra les véhicules à moteur à combustion adaptés aux « applications pour lesquelles il est moins important de maintenir le coût de production à un niveau bas ».
Des véhicules propres compétitifs
Plutôt que de voir Bruxelles imposer des restrictions, M. Stenqvist est en faveur d’une tarification du carbone à l’échelle de l’UE pour le transport routier.
« Il est très important que nous comprenions que pour accélérer cette transformation, nous devons également être plus sérieux en ce qui concerne la mise en place de la tarification du carbone », a-t-il déclaré.
La tarification du carbone rend les véhicules propres plus attractifs d’un point de vue financier, garantissant que « les véhicules à zéro émission sont plus performants que les véhicules fonctionnant à l’énergie fossile ».
Selon M. Stenqvist, le déploiement de batteries pour les véhicules électriques à travers l’Europe doit également être considérablement amélioré, car les potentiels acheteurs sont dissuadés par le peu de bornes présentes.
« Le défi ne se limite pas à fournir [de nouvelles technologies], nous devons également mettre en place les conditions nécessaires à leur mise en œuvre », a-t-il déclaré.
Malgré le manque de bornes de recharge, l’intérêt pour l’achat de véhicules propres est « exponentiel », a déclaré M. Stenqvist, notamment car les entreprises veulent atteindre l’objectif de zéro émission.
« Nos clients sont les entreprises de transport, mais la véritable demande provient des clients de nos clients — les acheteurs de véhicules de transport », a déclaré M. Stenqvist.
« La raison pour laquelle les acheteurs de véhicules de transport s’intéressent de plus en plus à cette question est que de nombreuses entreprises ont aujourd’hui des engagements différents en matière de développement durable. »
« Lorsqu’elles commencent à calculer leur empreinte carbone, la plupart d’entre elles arrivent rapidement à la conclusion que si elles ne règlent pas le problème de la logistique, elles se font enfumer », a-t-il ajouté.
La proposition Euro 7 et les normes d’émission de CO2 pour les véhicules utilitaires lourds vont maintenant être soumises au Parlement européen et au Conseil pour être examinées et amendées, la conclusion des dossiers étant prévue pour 2024.
[Édité par Théo Bourgery-Gonse]