« Watergate grec » : une ex-procureure anticorruption pense avoir été mise sur écoute
L’ancienne procureure chargée des affaires anticorruption en Grèce a demandé à l’Autorité hellénique pour la sécurité des communications et la protection de la vie privée de vérifier si son téléphone avait été mis sur écoute dans le cadre du scandale du « Watergate grec ».
L’ancienne procureure chargée des affaires anticorruption en Grèce, Eleni Touloupaki, qui a enquêté sur le scandale impliquant la société pharmaceutique Novartis, a demandé à l’Autorité hellénique pour la sécurité des communications et la protection de la vie privée (ADAE) de vérifier si son téléphone avait été mis sur écoute dans le cadre du scandale du « Watergate grec ».
L’enquête sur Novartis en Grèce a été lancée à la mi-décembre 2016 sur la base de preuves de corruption de milliers de fonctionnaires de l’État et de médecins qui avait entraîné un traitement préférentiel de la société pharmaceutique sur le marché.
Mme Touloupaki était la principale enquêtrice sur l’affaire Novartis, mais quand le gouvernement conservateur du parti Nouvelle Démocratie (Néa Dimokratía, ND) a pris le pouvoir, elle a ensuite été mise en examen par les autorités grecques.
Dans un entretien avec EURACTIV en mai 2022, elle a décrit la poursuite dont elle faisait l’objet comme une « vengeance » contre une « perturbation du système politico-économique du pays ». Toutes les accusations liées à l’enquête sur Novartis ont finalement été abandonnées.
Mme Touloupaki pense à présent avoir été victime de la vaste opération de surveillance illégale qui bouleverse la scène politique grecque depuis des mois, le « Watergate grec ».
« Nous voulons confirmer si et quand les services secrets grecs ont procédé à des écoutes pratiquement illégales de ses deux téléphones pour de supposées raisons de sécurité nationale », a déclaré son avocat, Yiannis Matzouranis, dans un communiqué.
« Elle peut ensuite faire appel aux tribunaux grecs et européens compétents et bénéficier d’une protection judiciaire, telle que définie par la Constitution et la Convention européenne des droits de l’homme (CEDH) », ajoute M. Matzouranis.
Mme Touloupaki a remarqué que ses appels téléphoniques se terminaient souvent brusquement, même lorsqu’ils étaient passés dans des zones où le signal était très bon. Elle affirme également que des inconnus avaient parfois interféré dans sa conversation avec une autre personne.
L’ancienne procureure a ajouté qu’elle pouvait souvent entendre sa propre voix lors d’un appel téléphonique, et que quelquefois, après la fin d’un appel, son interlocuteur avait pu écouter son appel suivant.
En début de semaine, l’ADAE, qui est une autorité indépendante dont le rôle est défini par la Constitution, a décidé de charger une équipe spéciale de vérifier les dossiers de toutes les sociétés de télécommunications pour voir si les services secrets grecs avaient demandé que la confidentialité des appels téléphoniques de certaines personnes soit levée.
Cette décision a été prise après la publication d’un article d’EURACTIV qui avait bouleversé la scène politique grecque suite à la découverte de la surveillance d’un autre responsable politique et d’un journaliste.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]