« Il y a beaucoup de récupération électorale depuis les manifestations », selon l’agriculteur et youtubeur Étienne Fourmont

Éleveur et Youtubeur à plus de 100 000 abonnés, Étienne Fourmont profite de sa notoriété pour faire entendre la voix des agriculteurs en cette période de contestations intenses. Il revient pour Euractiv France sur les enjeux français et européens, et sur l’urgence de changer notre vision du travail des agriculteurs.

Euractiv France
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Pour l'agri-youtubeur Étienne Fourmont, il y aurait deux mesures urgentes à prendre : supprimer la surtransposition des normes européennes et mettre un terme aux 4 % de terres en jachères imposées par la PAC. [Youtube]

Éleveur et Youtubeur à plus de 100 000 abonnés, Étienne Fourmont profite de sa notoriété pour faire entendre la voix des agriculteurs en cette période de contestations intenses. Il revient pour Euractiv France sur les enjeux français et européens, et sur l’urgence de changer notre vision du travail des agriculteurs.

Depuis le début des manifestations en France et en Europe, les agri-youtubeurs, jusqu’à présent cantonnés à la sphère web des initiés, ont été propulsés sur le devant de la scène.

« Nous ne représentons plus rien en termes d’électorat, mais nous sommes bien vus dans l’opinion publique, raison pour laquelle on s’intéresse à nous. Dans l’imaginaire français, c’est important. Le monde agricole est notre racine à tous », explique Étienne Fourmont, devenu en l’espace de cinq ans la star des agriculteurs sur YouTube, avec plus de 100 000 abonnées et des millions de vues cumulées. Depuis quelques jours, les grands médias se l’arrachent.

Éleveur de vaches laitières dans la Sarthe, l’agri-youtuber de 41 ans se met en scène dans des vidéos d’une quinzaine de minutes au montage léché afin de raconter le quotidien d’un agriculteur dans « une ferme classique du Grand Ouest de la France ».

« Mon travail n’a rien d’extraordinaire », confie-t-il, tout en parvenant à rassembler tous les mois un large public, de tous horizons, autour de thèmes aussi variés que la méthanisation, les semis, ses revenus, etc.

« Il y a énormément de préjugés sur la réalité du monde agricole, je cherche donc à casser les idées reçues afin de donner une meilleure image de mon travail aux consommateurs », affirme-t-il.

Les éleveurs traiteraient mal leurs animaux ? Il répond que la France ne possède pas de véritables élevages industriels, contrairement à d’autres pays comme le Brésil ou la Chine. Sur les pesticides, « les gens pensent qu’on en met sur toutes les plantes, alors que c’est complètement faux », insiste Étienne Fourmont.

Son combat est avant tout de faire comprendre que la France « produit l’alimentation la plus durable du monde ». Preuve en est, selon lui, l’indice de durabilité alimentaire ou FSI (Food Sustainability Index) que publie chaque année le magazine britannique « The Economist », et qui place la France « toujours dans le top 5 ! »

Normes européennes et surtranspositions

C’est justement cette agriculture française pratiquée au quotidien qu’Étienne Fourmont veut défendre, aujourd’hui plus que jamais.

« Depuis quelques mois, il y a un vrai ras-le-bol des surcharges administratives, des contraintes européennes environnementales et de leur surtransposition [normes plus contraignantes] en France », pointe l’éleveur qui accuse le Pacte vert pour l’Europe (Green Deal) d’en être largement responsable.

« On peut laver l’agriculture européenne plus “blanc que blanc”, si dans le même temps on importe des produits qui ne respectent pas nos propres normes, ça ne peut pas coller ».

Il se sent solidaire des agriculteurs européens, à commencer par les Allemands, dont « la coalition avec les Verts est restée sourde aux revendications des agriculteurs » — ou les Hollandais « à qui on veut supprimer 30 % de leur cheptel bovin ».

Pas question pour autant de le ranger du côté des eurosceptiques, lui qui se revendique « Européen convaincu ». Il reconnaît même à l’UE « des choses positives », comme la sécurité alimentaire du continent ou les efforts d’harmonisation des règles entre les États membres. Mais selon lui, les gouvernements nationaux ont aussi une large part de responsabilité.

« La France surtranspose les normes européennes, elle en remet une couche, ce qui favorise d’autant plus l’importation et met en péril notre souveraineté alimentaire ». Son exemple parfait : l’interdiction des néonicotinoïdes par la France, alors que les Allemands en utilisent toujours, au détriment de la filière sucre française.

Lassitude politique

La politique ? Très peu pour lui. S’il avoue avoir été approché par les partis politiques, il refuse l’engagement partisan et se sent plus utile sur les réseaux sociaux ou dans les médias.

« Les politiques viennent tous nous voir avant les élections européennes, et avant le Salon de l’agriculture, cela me fait doucement rire. Il y a beaucoup de récupération électorale depuis les manifestations », déplore-t-il, reconnaissant que la sympathie dont jouissent les agriculteurs dans la population aiguise les appétits électoralistes. C’est particulièrement vrai depuis deux ou trois ans avec la Covid, confie-t-il.

Il constate cependant que l’extrême droite est en train d’accomplir une percée réelle chez les agriculteurs, eux qui votaient encore majoritairement pour Emmanuel Macron en 2022.

Selon le vidéaste, il existe également un problème de formation du personnel politique, qui dit « toujours autant de bêtises » sur ces sujets. Lors d’une conférence de presse de la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA) début janvier, son président Arnaud Rousseau avait également déploré le fait que sur plus de 70 eurodéputés français, moins de dix étaient véritablement engagés dans les dossiers agricoles.

Lorsqu’on lui demande si les manifestations, dont il a pris part, vont déboucher sur des actions politiques, il répond avec lassitude : « On s’est habitué aux promesses non tenues, je n’attends donc pas grand-chose des politiques. » Il encourage tout de même ses collègues à s’engager, à aller voter, à ne pas baisser les bras.

S’il y avait deux mesures politiques urgentes à prendre ? L’agriculteur n’hésite pas : supprimer la surtransposition des normes européennes et mettre un terme aux 4 % de terres en jachère — non productives — imposées par la Politique agricole commune (PAC).

Le membre de la FNSEA semble toutefois plus prudent que d’autres sur l’évolution du mouvement. Sur X, certains agriculteurs ayant rompu avec les syndicats l’accusent de complaisance avec ces derniers qui cherchent à trouver un terrain d’entente avec les politiques.

« C’est toujours facile d’allumer un feu, c’est plus compliqué de l’éteindre ! », a-t-il prévenu aux plus durs d’entre eux sur X.