À Bruxelles, le secteur technologique se prépare au retour de Donald Trump à la Maison-Blanche

Le retour de Donald Trump à la présidence des États-Unis devrait inciter l’Europe à renforcer son autonomie technologique, selon des responsables politiques et acteurs du secteur, alors que le contient tente de se préparer au nouveau mandat du républicain à la Maison-Blanche.

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Republican Presidential Nominee Former President Trump Holds Rally In Butler, Pennsylvania
L’approche de Donald Trump va à l’encontre des normes des institutions de l’UE en matière de politique numérique visant à prévenir la désinformation et l’ingérence étrangère. Il a également laissé entendre qu’Elon Musk, qui critique ouvertement la réglementation de l’UE — en particulier les politiques de modération des contenus —, aurait sa place dans son cabinet. [Anna Moneymaker/Getty Images]

Le retour de Donald Trump à la présidence des États-Unis devrait inciter l’Europe à renforcer son autonomie technologique, ont déclaré à Euractiv des responsables politiques et acteurs du secteur, alors que le continent tente de se préparer aux quatre années que le républicain passera à la Maison-Blanche.

Les chefs d’État européens se sont empressés de féliciter Donald Trump pour sa victoire et de réaffirmer l’importance de la relation transatlantique.

Les eurodéputés, qui n’auront probablement pas à affronter directement le milliardaire américain, ont toutefois une autre approche.

Nombre d’entre eux ont mis en garde contre les prédictions affirmant que les promesses électorales du président républicain pourraient ne pas se concrétiser, estimant que la démarche « Make America Great Again » (« rendre sa grandeur à l’Amérique ») signifie dans tous les cas que l’Europe devrait continuer à tracer sa voie vers la souveraineté technologique, y compris inciter la fabrication des infrastructures au sein l’Union européenne (UE).

« L’UE devrait y voir une raison supplémentaire d’intensifier ses efforts pour devenir un acteur indépendant dans le domaine de la technologie, étant donné que le partenariat UE-États-Unis devient moins fiable », a affirmé l’eurodéputé allemand Axel Voss (Parti populaire européen/PPE), un sentiment partagé dans la sphère technologique bruxelloise.

« Une concurrence accrue avec les États-Unis pourrait s’avérer être une bonne chose pour l’Europe », selon Andreas Schwab (PPE).

Les avis divergent toutefois en ce qui concerne la réglementation. Pour la finlandaise Aura Salla (PPE), l’UE ne devrait pas « s’isoler avec une réglementation excessive ou un financement insuffisant des technologies émergentes et innovantes » pour rester compétitive.

« L’Europe continue à réglementer chaque activité économique alors que les États-Unis poursuivent une approche plus légère ; nous allons éroder notre avantage compétitif, laissant la prochaine Commission avec peu d’entreprises à défendre », a affirmé l’eurodéputé polonais Piotr Müller (Conservateurs et Réformistes européens/CRE).

Mais pour la Néerlandaise Kim van Sparrentak (Verts/ALE), l’UE devrait poursuivre l’application stricte des lois afin de « montrer la voie de la démocratie ».

Cela pourrait s’avérer difficile.

Plateformes

L’approche numérique de Donald Trump va à l’encontre des normes des institutions de l’UE en matière de prévention de la désinformation et de l’ingérence étrangère. Il a également laissé entendre qu’Elon Musk, qui critique ouvertement la réglementation de l’UE — en particulier les politiques de modération des contenus —, aurait une place dans son cabinet.

« Le duo infernal est sur une trajectoire de collision avec la poussée réglementaire pro-démocratique de l’Europe », a affirmé l’eurodéputée allemande Alexandra Geese (Verts/ALE).

Elon Musk « apportera ses propres idées » sur la manière de défendre « les libertés individuelles sur les plateformes en ligne », a expliqué Piotr Müller (CRE).

Elon Musk s’est déjà heurté aux régulateurs de l’UE au sujet du règlement sur les services numériques (Digital Services Act, DSA), que sa plateforme X a enfreint. Il s’est également montré très critique à l’égard du règlement européen sur la liberté des médias.

À ce stade, on ne sait pas si Elon Musk et Donald Trump seront proches lors d’une future présidence ni combien de temps cela durera.

Le propriétaire de X a tweeté : « Vous êtes les médias maintenant », mercredi 6 novembre au matin, accompagné d’une photo de lui dans le Bureau ovale de la Maison-Blanche. Dans son discours de victoire, Donald Trump a affirmé qu’« une étoile est née », en faisant référence à Elon Musk.

Le vice-président de Donald Trump, JD Vance, a menacé l’OTAN d’un retrait des États-Unis de l’organisation si l’UE réglementait X.

Damian Boeslager (Verts/ALE) et Alexandra Geese ont souligné les conflits d’intérêts qui feraient surface si Elon Musk obtenait un siège au gouvernement américain.

Les actions de Tesla et de Trump Media ont toutes deux connu une rapide croissance au fur et à mesure que le résultat de l’élection américaine se concrétisait.

Protection des données

Compte tenu de son engagement en faveur de l’unilatéralisme, les mécanismes de coopération entre l’UE et les États-Unis pourraient s’étioler sous Donald Trump.

« Nous espérons que le président Trump choisira la voie de la coopération, et non du conflit, avec les partenaires et amis les plus proches des États-Unis », a commenté la directrice générale de DigitalEurope, Cecilia Bonefeld-Dahl. Le Conseil américano-européen du commerce et de la technologie (CCT), où les deux parties se rencontraient pour discuter de la politique technologique, ne survivra « probablement pas » à une présidence de Donald Trump, a-t-elle confié.

Un autre domaine clé où la présidence du miliardaire républicain se fera sentir est celui de la protection des données.

Les entreprises américaines et européennes partagent des données personnelles en vertu du cadre de protection des données UE–États-Unis. Dans son premier rapport, le Comité européen de la protection des données a « salué » les efforts déployés, mais a relevé certains points préoccupants. Il a recommandé un nouvel examen dans un délai maximum de trois ans.

L’UE et les États-Unis sont sur une trajectoire de collision, car l’administration de Donald Trump devrait donner la priorité à la sécurité nationale et aux intérêts économiques, tandis que l’UE se concentre sur « une protection stricte des données et des droits numériques », a expliqué l’eurodéputée tchèque Markéta Gregorová (Verts/ALE).

Le nouveau président a des pouvoirs de décret « qui pourraient avoir un impact significatif sur la collecte de données et les activités de collecte de renseignements par ou pour les agences de renseignement américaines », a estimé l’Allemande Birgit Sippel (Socialistes et Démocrates européens/S&D).

Si de tels pouvoirs sont exercés, la Cour de justice de l’Union européenne (UE) pourrait annuler le cadre de protection des données commun, a-t-elle expliqué, ce qu’elle a fait à deux reprises dans le passé.

Concurrence sur le marché de l’espace

La loi européenne sur l’espace, qui aurait dû être présentée au premier trimestre 2024, « doit être une priorité absolue, maintenant plus que jamais », a déclaré l’eurodéputé français Christophe Grudler (Renew Europe).

Selon lui, l’UE aura besoin de 45 milliards d’euros dans son prochain budget pour maintenir en état de marche les systèmes satellitaires de sa constellation actuelle et construire IRIS2 pour concurrencer la constellation StarLink d’Elon Musk.

La fusée Ariane 6 de l’UE est également en concurrence avec les lanceurs SpaceX d’Elon Musk.

[Édité par Anna Martino]