Allô, l’Afrique ? Qui est à l’appareil ?

« Quel numéro appeler pour joindre l’Europe ? », s’interrogeait le politologue américain Henry Kissinger dans les années 1970. Si la question a depuis été élucidée, elle se pose désormais avec l’Afrique.

EURACTIV.com
Les plans de l'UE visant à établir un « partenariat stratégique » avec l'Afrique ont été fortement ébranlés par la pandémie de Covid-19. [[EPA-EFE/STR]]

« Quel numéro appeler pour joindre l’Europe  ? », s’interrogeait le politologue américain Henry Kissinger dans les années 1970. Si la question a depuis été élucidée, elle se pose désormais avec l’Afrique tandis que les dirigeants africains et européens cherchent à mettre sur pied un « partenariat stratégique ».

« Les leaders africains doivent déterminer leurs attentes par rapport à l’Europe », a déclaré l’ambassadeur portugais auprès de l’UE José Fernando Costa Perreira, lors d’un événement organisé par EURACTIV sur les relations UE-Afrique.

« Nous voudrions que l’Union africaine (UA) soit le reflet de l’Union européenne (UE). Force est de constater que tel n’est pas le cas », a-t-il expliqué, ajoutant que l’organisation intergouvernementale sise à Addis-Abeba n’était toujours pas parvenue à « atteindre son zénith ». De ce fait, nous rencontrons « des difficultés à identifier nos interlocuteurs ».

Le représentant portugais a également souligné la nécessité de s’éloigner d’une relation axée sur le développement.

« L’élaboration d’un partenariat d’égal à égal n’est pas une sinécure lorsqu’un continent dépend en grande partie du soutien d’un autre. Jusqu’à tant que nous puissions résoudre cette problématique, je crains qu’un partenariat de ce type ne soit pas réellement possible », estime-t-il.

Des propos qui font écho à ceux de Youssef Travaly, fondateur du groupe de réflexion AllSightsAfrica. « Nous ne pourrons pas aller de l’avant sans changer le constat de départ selon lequel l’Afrique est un continent qui requiert l’aide de l’Europe », a-t-il maintenu.

Si l’UA a pris en importance au fil des dernières années grâce à l’accord de libre-échange continental, une poignée de pays, notamment le Nigeria et l’Afrique du Sud, préfèrent parler en leur propre nom et non en tant qu’Union.

À l’origine, la mission de l’UA – créée en 2002 – consistait à négocier un accord avec l’Europe « de continent à continent » dans le cadre de négociations entre l’UE et le Groupe des États d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP). C’était sans compter la volte-face des leaders africains peu de temps après l’amorce des pourparlers.

Les discussions sur un « partenariat stratégique », identifié par la Commission von der Leyen comme l’une des priorités phares en matière de politique extérieure, ont été freinées par la pandémie de Covid-19.

L’échéance pour la conclusion des négociations était fixée à l’automne 2020. Toutefois, les représentants européens ont admis qu’en raison des reports répétés des sommets UE-UA, il était peu probable qu’une réunion officielle entre les deux parties soit organisée avant 2022.

Cependant, malgré les faux départs récents dans la course visant à renforcer les relations politico-économiques entre les deux continents, « nous sommes désormais convaincus qu’un véritable engagement se dégage de la part des acteurs concernés », a déclaré Tebatso Belasang, cheffe adjointe de la représentation diplomatique de la République du Botswana auprès de la Belgique et de l’Union européenne.

« L’Afrique a besoin de l’Europe, et vice-versa », a-t-elle renchéri, avançant qu’un partenariat était plus important aujourd’hui en raison des retombées écrasantes du SARS-CoV-2.

La crise sanitaire devrait réorganiser les discussions. Même si les taux de décès et d’infection par la Covid-19 sont moindres au sein des États africains, les répercussions économiques devraient entraîner un déficit de 290 milliards de dollars d’ici à la fin 2023. Celui-ci ne sera qu’en partie compensé par l’allocation de droits de tirage spéciaux du Fonds monétaire international (FMI).

D’après la cheffe d’Unité Afrique centrale auprès de la DG DEVCO, Francesca di Mauro, « la Covid-19 était un test […] Les impacts socio-économiques sur l’Afrique ont été énormes ».

Entretemps, les représentants africains et européens ont laissé entendre que les cinq volets du document de stratégie de la Commission européenne – la transition verte ; la transformation numérique ; la croissance durable et les emplois ; la paix et la gouvernance ; et la migration et la mobilité – seraient vraisemblablement renforcés à la suite de la pandémie, notamment sur le plan de la coopération et des soins de santé.

D’après Mme Belasang, les retards causés par le nouveau coronavirus offrent « une occasion en or de construire des chaînes d’approvisionnement dans le secteur sanitaire ».