Allemagne : le projet énergétique européen sur la corde raide [FR]
Le démarrage officiel d'une politique énergétique commune en mars constituera une tâche délicate pour l'Allemagne, critiquée pour sa réticence à libéraliser les marchés du gaz et de l'électricité et pour faire cavalier seul dans ses relations avec la Russie.
Le démarrage officiel d’une politique énergétique commune en mars constituera une tâche délicate pour l’Allemagne, critiquée pour sa réticence à libéraliser les marchés du gaz et de l’électricité et pour faire cavalier seul dans ses relations avec la Russie.
Les priorités de la présidence allemande en matière énergétique incluent l’efficacité énergétique, le recours plus systématique aux énergies renouvelables ainsi que la recherche d’une coopération plus étroite avec les pays fournisseurs, les pays de transit et les pays consommateurs.
Mais la tâche ne sera pas aisée. Après l’adoption par la Commission d’une série de propositions sur l’énergie le 10 janvier 2007, la présidence allemande aura peu de temps pour élaborer un plan d’action portant sur la « Politique énergétique pour l’Europe » qui devrait être approuvé en mars prochain, lors du Conseil européen de printemps.
Plus précisément, la poursuite de la libéralisation des secteurs du gaz et de l’électricité, qui constitue selon la Commission un pré-requis à une véritable politique énergétique commune, crée le malaise auprès des entreprises et des hommes politiques allemands.
Des usines allemandes ont récemment retenu toute l’attention suite à des présomptions de pratiques antitrust. Le 12 décembre 2006, la Commission a procédé à des fouilles dans les bureaux des principales usines allemandes : RWE, E.ON, EnBW et Vattenfall. Cette opération a succédé à des inspections identiques menées en mai dernier pour suspicion d’entente illicite sur les prix.
Bien que Berlin soutienne officiellement la libéralisation énergétique, la chancelière allemande A. Merkel s’oppose actuellement à toute avancée en la matière. Lors d’une récente visite à Paris, elle a apporté son soutien au Président français J. Chirac, refusant les appels de la Commission à une « scission complète des structures de participation ». Cette opération fragmenterait d’anciens monopoles étatiques comme EdF ou E.ON en des sociétés gérant séparément le transport et la production d’énergie (EURACTIV 11/12/06).
A plusieurs reprises, la commissaire européenne à la concurrence, Neelie Kroes, a soutenu que l’absence de scission sur le marché de l’énergie entraînerait des « conflits d’intérêt généralisés », les opérateurs empêchant les nouveaux concurrents d’accéder au réseau.
Devant l’opposition française et allemande, le président de la Commission José Manuel Barroso semble se tenir à une position moins radicale, dans laquelle les réseaux resteraient entre les mains des anciens monopoles d’Etat. En échange, le rôle des régulateurs nationaux serait renforcé afin de garantir un accès juste et neutre aux gazoducs et autres réseaux de transport d’électricité.
Cependant, les difficultés énergétiques rencontrées par l’Allemagne face à l’UE ne s’arrêtent pas là. L’année dernière, elle a signé un accord avec Gazprom pour la construction d’un nouveau gazoduc sous-marin en mer baltique afin de sécuriser son approvisionnement en gaz à long terme. L’opération a soulevé des réactions de fureur à Varsovie, qui considère avoir été contournée et ce, contrairement aux principes de solidarité européenne (EURACTIV 09/09/05).
Ceci a également posé la question de la volonté allemande de soutenir une approche véritablement européenne en matière d’accords avec de puissants fournisseurs tels que la Russie.
D’autres problèmes feront probablement surface. Une coopération énergétique européenne plus poussée est certes largement acceptée, toutefois, elle pourrait rapidement recouper la « ligne rouge » de la souveraineté nationale, les Etats membres ayant le dernier mot pour choisir leur combinaison énergétique.
Là encore, le choix de l’Allemagne du retrait progressif du nucléaire se pose à revers d’autres stratégies nationales, comme en France, en Finlande ou ailleurs. La Commission tentera de désamorcer la situation en publiant une « expertise de la stratégie énergétique » qui précisera les avantages et les inconvénients de chaque source d’énergie concernant la sécurité de l’approvisionnement, la viabilité économique et l’impact sur l’environnement.