Au sortir du G20, Emmanuel Macron tire la sonnette d'alarme sur les énergies fossiles

Au sortir du sommet du G20 organisé à New Delhi les 9 et 10 septembre, Emmanuel Macron a fustigé des résultats « insuffisants » sur le climat, ternis par les pays qui souhaitent maintenir les énergies fossiles dans le mix énergétique mondial et réduire leur part de responsabilités face au réchauffement climatique.

Euractiv France
G20 Summit in New Delhi
Le président français Emmanuel Macron s'adresse à la presse au centre international des médias lors du sommet du G20 à New Delhi, Inde, 10 septembre 2023. Le sommet des chefs d'État et de gouvernement du G20 s'est tenu dans la capitale indienne les 9 et 10 septembre. [EPA-EFE/HARISH TYAGI]

Au sortir du sommet du G20 organisé à New Delhi les 9 et 10 septembre, le président français, Emmanuel Macron, a fustigé des résultats « insuffisants » sur le climat, ternis par les pays qui souhaitent maintenir les énergies fossiles dans le mix énergétique mondial et réduire leur part de responsabilités face au réchauffement climatique.

Le G20 était l’occasion de « consolider les acquis » climatiques et d’acter « des engagements fermes sur la sortie du charbon », indiquait l’Elysée trois jours avant le sommet du G20 organisé dans la capitale indienne, New Delhi.

Sauf que pour M. Macron, les résultats du sommet sont finalement « insuffisants ».

En conférence de presse post-G20, le président français a rappelé qu’il fallait sortir « beaucoup plus vite » du charbon au niveau mondial d’ici à 2030.

In fine, le sommet indien n’a pas abouti à la détermination d’une sortie claire des énergies fossiles à horizon moyen ou long terme.

Au sein du G20, de nombreux pays sont encore très dépendants du charbon — Chine, Inde, Allemagne, Japon, Afrique du Sud, Russie, Indonésie, Corée du Sud, Turquie, Australie, États-Unis — quand tous ont une dépendance importante au pétrole ou au gaz.

Ambitions pétrolières

Sur le pétrole, M. Macron a appelé à en sortir avant 2050. « Je vois naître un discours qui consisterait à dire qu’on pourrait continuer à vivre très durablement au-delà de 2040-2045 avec le pétrole. […] C’est faux », a-t-il asséné en conférence de presse.

M. Macron s’est dit en effet « très préoccupé de l’esprit qui commence à régner », avec « un discours trop facile qui s’installe chez certains émergents pour dire que seuls les pays les plus riches ont une responsabilité [climatique] ».

À trois mois de la COP28 (30 novembre), les propos du président de la République résonnent fortement avec les craintes d’une nouvelle messe mondiale sans « relèvement de l’ambition » climatique internationale.

L’évènement est déjà très décrié, puisqu’il se tiendra aux Émirats arabes unis, producteur majeur de pétrole. Le président de la COP n’est autre que le ministre de l’Industrie émirati et patron de la compagnie nationale pétrolière ADNOC, le Sultan Ahmed al-Jaber.

Début mai dernier, lors d’un évènement pré-COP en Allemagne, le Sultan avait appelé à être « réaliste » face aux besoins en énergies fossiles.

Le voisin saoudien, lui, « fait une campagne très dure pour affirmer que les énergies fossiles ont un avenir dans la transition verte », déclarait l’Elysée en amont du G20.

M. Macron n’a pas démenti, alertant sur un discours saoudien qui n’est « en rien établi par la science ».

Selon Emmanuel Macron, les objectifs qui ressortiront de la COP28 peuvent donc se jouer sur une ligne de crête « très opportunistes, selon que les uns et les autres produisent ou ne produisent pas en effet de l’énergie fossile », a-t-il conclu lors de la conférence de presse post-G20.

Soutien du gouvernement

Samedi (9 septembre) sur France Inter, la ministre de la Transition énergétique, Agnès Pannier-Runacher, anticipait quelque peu les propos du président de la République, elle qui « ne retire pas un mot [du] diagnostic » du paléoclimatologue Jean Jouzel.

Le scientifique avait exprimé le 3 septembre dans les colonnes des Echos son agacement après s’être confronté le 29 août à Patrick Pouyanné, PDG du pétro-gazier TotalEnergies, lors d’une journée de rencontre entre le patronat français, des personnalités politiques et les scientifiques.

Face aux injonctions à l’action climatique de la part de l’ancien vice-président du GIEC, M. Pouyanné avait déclaré que l’on ne pouvait pas « croire » que l’on pouvait « régler le problème du changement climatique en tout d’un coup affamant nos concitoyens d’énergies », sous-entendant que la sortie des énergies fossiles était une utopie à moyen terme.

Or, pour Mme Pannier-Runacher, « les entreprises pétrolières, si elles ne se transforment pas, elles n’ont aucune chance de survivre dans les années qui viennent ».

Sans s’arrimer directement aux propos du secrétaire général de l’ONU, António Guterres, selon lequel il existe un « effondrement » climatique, mais sans s’inscrire en faux non plus, la ministre de la Transition énergétique a soutenu le besoin « d’action ».

L’Élysée a, en revanche, repris les propos de M. Gutierres en amont du sommet du G20, signalant le besoin d’acter des « engagements forts ». « Une vaste ambition », à l’approche de la COP28, reconnait le palais.