Avec l’aide de l’extrême droite, le PPE fait adopter un assouplissement des règles de durabilité pour les entreprises
Avec l'appui de l’extrême droite, le Parti populaire européen (PPE) a fait adopter jeudi 13 novembre des réductions majeures des obligations de reporting environnemental pour les entreprises, après l’échec des négociations avec la gauche, les libéraux et les Verts.
Ce vote, qui réduit la portée des règles de transparence environnementale, fragilise la coalition pro-UE traditionnelle qui soutient le mandat d’Ursula von der Leyen et illustre une nouvelle convergence politique entre le centre-droit et l’extrême droite au Parlement européen.
« Aujourd’hui, nous avons tenu nos promesses. Nous avons remis la compétitivité à l’ordre du jour et prouvé que l’Europe peut être à la fois durable et compétitive », s’est réjoui Jörgen Warborn, le négociateur en chef du PPE sur ce dossier. « Le calendrier de l’omnibus [paquet de simplification, NDLR] est serré. »
Il a exhorté les Socialistes et Démocrates (S&D) à « être aussi constructifs que leurs gouvernements socialistes l’ont été au Conseil », alors que les discussions sur la directive sur le devoir de vigilance des entreprises passent à l’étape des négociations interinstitutionnelles (les « trilogues » entre Conseil, Parlement et Commission) sur la version finale du texte.
Cette alliance inédite marque le rapprochement le plus concret à ce jour entre le PPE, les Conservateurs et réformistes européens (CRE) et le groupe Patriotes pour l’Europe. Jusqu’ici, leur coopération s’était limitée à des résolutions symboliques, comme celle qualifiant le président vénézuélien Nicolás Maduro de dictateur.
« C’est un jour noir pour la démocratie européenne. Nous sommes en train de franchir un tabou, dont les conséquences sont imprévisibles », a averti René Repasi, négociateur du groupe S&D sur le dossier.
« Je trouve honteux que le PPE claque la porte au nez des partis pro-européens depuis des semaines et choisisse délibérément de s’allier avec des extrémistes », a de son côté affirmé la négociatrice des Verts, Kira Marie Peter-Hansen. « Le choix du PPE ne fera que rendre plus difficile la recherche de solutions pro-UE à l’avenir. »
Les Patriotes se sont réjouis du résultat. « Pour la première fois, le soi-disant cordon sanitaire a été brisé lors d’un vote législatif », a déclaré le groupe d’extrême droite dans un communiqué.
Au total, 382 députés ont voté en faveur du texte fortement amendé, 249 ont voté contre et 13 se sont abstenus. Le Parti libéral-démocrate (FDP) allemand et le Parti populaire pour la liberté et la démocratie (VVD) néerlandais — tous deux membres du groupe Renew — ont également apporté leur soutien.
Si une partie du compromis centriste rejeté le mois dernier a survécu, les modifications portées par la droite ont sensiblement réduit le champ d’application de la directive. Les entreprises ne devront plus publier de rapport sur leur impact social et environnemental qu’à partir de 5 000 employés et d’un chiffre d’affaires supérieur à 1,5 milliard d’euros.
En outre, le seuil retenu pour les obligations de durabilité a été relevé à 1 750 employés et 450 millions d’euros, contre 1 000 salariés dans la version du texte précédemment rejetée.