Bruno Le Maire veut une «nouvelle régulation européenne pour les fruits et légumes»

Tout en annonçant un plan d’aide de 25 millions d’euros pour le secteur, le ministre de l’Agriculture a détaillé des propositions de réforme, qu’il exposera lors du prochain conseil des ministres européens, le 20 septembre.

EURACTIV.fr
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Tout en annonçant un plan d’aide de 25 millions d’euros pour le secteur, le ministre de l’Agriculture a détaillé des propositions de réforme, qu’il exposera lors du prochain conseil des ministres européens, le 20 septembre.

Après la crise de la bactérie E.coli, qui a durement frappé, cet été, le secteur des fruits et légumes, le ministre de l’Agriculture, Bruno Le Maire a décidé de mettre en place un plan d’action, dévoilé lors d’une conférence de presse mercredi 7 septembre.

Deux axes de dépenses

Son objectif est de répondre à une situation difficile qu’il juge à la fois « conjoncturelle » et « structurelle » puisque cette filière agricole rencontre des problèmes depuis de nombreuses années.

Ce sont donc 25 millions d’euros qui vont être alloués aux producteurs de tomates, concombres et pêche-nectarines. La somme se divise en deux axes de dépenses.

« Euro-compatible »

Le premier, à hauteur de 15 millions, a pour objectif de parer au plus pressé et de soulager les trésoreries des maraîchers touchés par la crise. Bruno Le Maire a assuré que les banques s’étaient aussi engagées à réaménager les prêts des agriculteurs pour leur permettre de passer le cap.

Et, selon le ministre, toutes ces aides seront « compatibles avec le droit européen ». Jointe par EURACTIV.fr, la Commission européenne a indiqué qu’elle « étudie les propositions françaises ». 

Un euro de moins

L’autre tranche, de 10 millions, doit permettre de réformer le secteur en « profondeur ». Le panel de mesures va de l’aide à la reconversion professionnelle à des investissements matériels et immatériels (conseils, formations). La filière compte aujourd’hui 30 organisations de producteurs, ce qui est beaucoup trop aux yeux du ministre, surtout pour peser face à la grande distribution. 

L’exécutif européen est aussi de cet avis et affirme que « dans le travail de préparation de la réforme de la PAC, nous prenons en compte les difficultés traversées par le secteur des fruits et légumes et de façon plus générale, nous analysons les mesures possibles pour renforcer la position des agriculteurs ».

La question du coût du travail a aussi été abordée lors de la conférence de presse. Pour rendre les maraîchers français plus compétitifs par rapport à leurs homologues européens, Bruno Le Maire s’est fixé pour objectif de faire baisser le prix horaire de la main d’œuvre d’un euro d’ici le 1er janvier 2012.

Le 20 septembre

En plus de ces annonces, le ministre souhaite « une régulation européenne » comparable à celle qui est en cours d’élaboration dans le secteur du lait. « Toutes ces mesures n’auront d’efficacité que si elles sont appliquées » à l’échelle du continent, a-t-il martelé. Ma « mission est de défendre nos emplois sur le sol européen », a-t-il ajouté.

Avec son homologue espagnole, Rosa Aguilar, Bruno Le Maire présentera une série de propositions pour mieux gérer les crises, lors de la prochaine rencontre des ministres européens de l’agriculture, le 20 septembre :

  • un fonds de mutualisation pour soutenir les revenus lors des périodes de baisse des prix,
  • un dispositif de promotion des produits,
  • l’accroîsseent de l’efficacité du dispositif de retrait,
  • la modification du droit européen de la concurrence pour permettre aux producteurs de fruits et légumes de se regrouper de façon plus massive et éviter les accusations de position dominante,
  • la mise en place d’un observatoire européen des fruits et légumes qui surveillerait le niveau de production, les prévisions et la consommation,
  • « un prix d’entrée » pour les produits venant de pays dont les normes sont moins strictes qu’en Europe.

Déjà à l’agenda

Le soutien de l’Espagne est important, mais convaincre les 27 pourrait prendre du temps, même si la dimension européenne de la crise qui touche le secteur des fruits et légumes pourrait faciliter la tâche du ministre français.

En parallèle, depuis l’été, la Commission européenne travaille sur certains de ces dossiers. Une réunion informelle des ministres de l’agriculture, prévue le 13 septembre, et planifiée de longue date, prévoit déjà de discuter de la promotion auprès du public des produits qui ont pu être touchés par un risque sanitaire.

La taxation des importations avec un « prix d’entrée », risque d’être difficile à mettre en place. La procédure pour valider une telle mesure est complexe et surveillée de très près par les instances du commerce international, indique-t-on au Conseil de l’UE. 

Manifestation à Bruxelles ?

Pour leur part, les organisations syndicales agricoles ont accueilli ces déclarations en demi-teinte.

Selon le président des Jeunes Agriculteurs, Jean-Michel Schaeffer, les 25 millions sont « une déception » même s’il comprend la situation budgétaire « compliquée » du moment. Dans le même temps, il voit dans les projets de réformes structurelles des éléments « positifs » et « attend de voir ce qui peut être fait ».

L’ensemble de la profession est unanime sur la nécessité d’une réponse européenne « coordonnée » et « rapide » comme l’a souligné Bruno Dupont, président de la Fédération nationale des producteurs de fruits. D’ailleurs, il n’exclut pas que certains exploitants décident, malgré le plan d’action, d’aller manifester « là où il faut ». C’est-à-dire à Bruxelles.