Bruxelles et Berlin se rallient aux demandes de « réforme fondamentale » du marché européen de l’électricité

Le gouvernement allemand a déclaré vendredi (26 août) qu’il envisageait de découpler les marchés du gaz et de l’électricité afin de freiner la hausse des prix en Europe. Un appel auquel se sont ralliées Bruxelles et Vienne dimanche (28 août).

EURACTIV.com
Press conference on German gas levy
L’Allemagne travaille à une « réforme fondamentale » des marchés de l’électricité afin de découpler les prix du gaz de ceux de l’électricité. [EPA-EFE/CLEMENS BILAN]

Le gouvernement allemand a déclaré vendredi (26 août) qu’il envisageait de découpler les marchés du gaz et de l’électricité afin de freiner la hausse des prix en Europe. Un appel auquel se sont ralliées Bruxelles et Vienne dimanche (28 août).

L’UE est au cœur d’une « crise parallèle » : les prix du gaz ayant atteint des sommets et le coût de l’électricité des niveaux sans précédent, a déclaré un porte-parole du gouvernement allemand.

En Allemagne, les prix ont atteint 1000 euros par mégawattheure (€/MWh) vendredi , tandis qu’en France, les prix de l’électricité pour l’année à venir ont grimpé à 1 130€/MWh, selon les données de la Bourse européenne de l’énergie.

Pour remédier à cette situation, le gouvernement allemand veut découpler les marchés du gaz et de l’électricité.

« Je peux confirmer que le ministère travaille sur une réforme fondamentale et une solution pour freiner la hausse des prix de détail pour les consommateurs d’électricité », a déclaré un porte-parole du ministère allemand de l’Économie et du Climat à EURACTIV vendredi (26 août).

L’objectif de la réforme est « de découpler l’évolution des prix de l’électricité pour le consommateur final de la hausse du prix du gaz », a ajouté le porte-parole.

Les prix de l’électricité dans l’UE sont déterminés par la capacité de production « marginale » disponible dans les centrales à gaz qui peuvent être mises en service à court terme pour répondre aux pics de demande. La flambée des prix du gaz due à la guerre en Ukraine a également fait grimper le prix de l’électricité.

Profiter des prix bas de la production d’électricité renouvelable

Pourtant, le prix de l’électricité issue de sources renouvelables est resté bas, a ajouté le porte-parole, faisant écho aux remarques formulées l’année dernière par l’Espagne, la France et d’autres pays de l’UE, qui ont demandé le découplage des marchés du gaz et de l’électricité.

« L’objectif est que les consommateurs ainsi que l’industrie y gagnent davantage sur leurs factures d’électricité du fait de la production si bon marché des énergies renouvelables », a expliqué le porte-parole allemand. Pour financer cela, Berlin veut « s’attaquer » aux bénéfices exceptionnels que les compagnies d’électricité ont tiré de la hausse des prix de l’électricité.

Ces appels ont été relayés dimanche par le ministre belge de l’Énergie, Tinne Van der Straeten.

« L’électricité est aujourd’hui produite à un prix bien inférieur au prix de vente de l’électricité et du gaz. Il n’y a plus de lien entre le coût de production et le prix de vente. Ce système européen de formation des prix de l’électricité doit être revu », a-t-elle écrit sur Twitter.

De même, en Autriche, le chancelier Karl Nehammer a demandé le découplage des prix du gaz et de l’électricité à l’issue d’une réunion d’urgence de son cabinet dimanche.

Les experts en énergie sont pour leur part sceptiques, estimant que le marché fonctionne comme prévu.

« Il est extrêmement inquiétant que les gens cherchent toujours de nouveaux moyens de résoudre les problèmes plus facilement que ce qui est réaliste », a tweeté Veronika Grimm, économiste et conseillère indépendante du gouvernement allemand.

En réponse, Berlin a cherché à apaiser les critiques. « Il est important de veiller à ce que le fonctionnement du marché européen de l’électricité soit maintenu et que la sécurité de l’approvisionnement en électricité soit également garantie », a expliqué le ministère.

« Le merit order demeure, mais nous modifions ses effets problématiques pour les consommateurs d’électricité », a ajouté le porte-parole, précisant que le processus de réforme en était à ses débuts.

La République tchèque, qui assure la présidence tournante de l’UE, va convoquer une réunion d’urgence des ministres de l’Énergie « afin de discuter de mesures d’urgence spécifiques pour faire face à la situation énergétique », a annoncé vendredi le Premier ministre du pays.

La proposition grecque rejetée

La volonté de réforme s’est accrue depuis que les prix du gaz ont commencé à augmenter à l’automne dernier.

La France et l’Espagne ont été les premières à appeler à une refonte radicale du système actuel de tarification marginale de l’électricité, Madrid demandant des « solutions structurelles » au niveau européen pour découpler les marchés du gaz et de l’électricité.

Ils ont été soutenus par les dirigeants de l’Italie, du Portugal et de la Grèce, qui ont exhorté l’exécutif européen à s’attaquer à l’« effet de contagion » des prix élevés du gaz sur les marchés de l’électricité.

Le plan allemand équivaut pourtant à un rejet d’une proposition grecque esquissée au cours de l’été, ont indiqué des sources gouvernementales à EURACTIV.

En juillet, le gouvernement grec a suggéré de diviser le marché européen de l’électricité en deux, avec un marché pour la production fossile « chère » et un marché séparé pour les énergies renouvelables « moins chères ».

La proposition d’Athènes a été accueillie positivement par l’Italie, Chypre et la France, mais a suscité le scepticisme du Danemark et du Luxembourg, qui défendent la structure actuelle du marché.

« La proposition revient vraiment à faire reculer l’idée même des marchés de l’électricité sur lesquels nous avons travaillé ces 25 dernières années en Europe », a déclaré Lion Hirth, professeur d’économie de l’énergie à la Hertie School de Berlin, dans des commentaires adressés en juillet à EURACTIV.

La Commission européenne a reconnu la nécessité d’une réforme, affirmant que le système de marché actuel « ne fonctionne plus ».