Bruxelles présente de nouvelles mesures pour soutenir l'industrie éolienne
La Commission européenne a présenté un ensemble de mesures non contraignantes pour soutenir les fabricants d’éoliennes de l’UE qui subissent la pression de leurs concurrents moins chers à l’étranger.
La Commission européenne a présenté un ensemble de mesures non contraignantes pour soutenir les fabricants d’éoliennes de l’Union européenne, qui subissent la pression de leurs concurrents moins chers à l’étranger.
L’Europe est considérée comme le continent qui a vu « naître et grandir » l’énergie éolienne. Des milliers de mâts sont installés chaque année grâce à un réseau complexe de fabricants et de promoteurs.
Néanmoins, cet écosystème est dorénavant sous pression, car les producteurs d’éoliennes ne cessent d’enregistrer des pertes d’exploitation.
« Nous voulons que l’énergie éolienne continue de faire figure de réussite européenne, tant du point de vue énergétique qu’industriel », a déclaré Maroš Šefčovič, vice-président de la Commission, lors de la présentation du plan d’action pour le secteur de l’énergie éolienne mardi (24 octobre) à Bruxelles.
Alors que les panneaux solaires sont en grande partie produits à l’étranger, les entreprises européennes ont réussi à conserver une grande partie des parts de marché de l’industrie éolienne. Pour une Europe qui cherche à se mettre au vert tout en menant une politique industrielle, c’est une situation enviable, mais non exempt de perturbations.
Les fabricants d’éoliennes et les promoteurs de projets sont confrontés à la triple menace de la flambée des prix des matières premières, de la hausse des taux d’intérêt et de la forte concurrence étrangère.
Tous les fabricants de turbines de l’UE, et tout particulièrement le germano-espagnol Siemens Gamesa et le danois Vestas, les principaux en Europe, affichent régulièrement des pertes.
Quant aux promoteurs de projets, ces derniers font face à la logistique administrative et juridique. Ils sont, dès lors, dépassés par les grandes compagnies pétrolières qui se lancent dans l’exploitation des énergies renouvelables.
C’est pourquoi Bruxelles souhaite les aider à écarter leurs concurrents et à accélérer le déploiement des éoliennes en renforçant les procédures d’autorisation et en fournissant des financements supplémentaires par l’intermédiaire des banques de l’UE. La Banque européenne d’investissement (BEI), par exemple, offrira des garanties de réduction des risques aux projets éoliens.
« Les nouvelles mesures concernant le financement, les ventes aux enchères et l’octroi de permis accéléreront le développement des parcs éoliens », a déclaré Giles Dickson, directeur général de WindEurope, association européenne de promotion de l’éolien.
Les enchères de capacité
D’autres mesures sont également prévues pour protéger l’Europe de ses concurrents potentiels, en particulier la Chine.
La Commission propose en effet une réorganisation des mises aux enchères de capacité, initialement conçues pour maintenir les prix pour les consommateurs aussi bas que possible.
« Nous voulons améliorer le système d’enchères », a expliqué Kadri Simson, la commissaire à l’énergie.
La Commission européenne a proposé en ce sens que les pays de l’UE bloquent les participants aux enchères en recourant à des « exigences en matière d’environnement, de durabilité et de cybersécurité ».
L’idée est de conseiller aux gouvernements d’adopter des critères d’attribution autres que le prix, qui récompensent les produits à plus forte valeur ajoutée et encouragent l’expansion industrielle, afin de mieux soutenir l’industrie éolienne innovante et compétitive , indique le plan.
Cela pourrait prendre la forme de critères sur le contenu local — stipulant qu’une partie des pièces doit provenir de l’Europe — ou l’impact sur l’écosystème du projet.
Cela signifie, en réalité, que Bruxelles renvoie la balle aux États membres, qui doivent maintenant décider ce qu’il convient de faire des tous ces conseils.
Néanmoins, la prise en compte de ces « critères qualitatifs » ne sera pas obligatoire, au grand dam des industriels du secteur.
Des cybercritères surprenants
Une autre disposition pourrait s’avérer beaucoup plus déterminante qu’il n’y parait : les critères de cybersécurité.
L’attaque russe contre l’Ukraine — et la cyberguerre qui l’a accompagnée — a eu une conséquence plutôt inattendue, notamment en Allemagne : des milliers d’éoliennes ont été mises hors service à la suite du piratage présumé par les Russes d’un satellite contenant à la fois des éoliennes et des données militaires ukrainiennes.
Pour éviter qu’une telle situation ne se reproduise à l’avenir, les futures ventes aux enchères devraient être conçues de manière à tenir compte de la « cyber-résilience », c’est-à-dire du nombre de serveurs différents sur lesquels les données sont stockées, de l’existence de systèmes de sauvegarde, etc.
Mais quels seraient les critères de cybersécurité, ? Les éoliennes, tout en produisant de l’énergie, collectent une multitude de données. Les modèles modernes sont dotés de quelque 300 capteurs générant toutes sortes de données, y compris des images de caméras permettant d’éviter d’éventuels essaims d’oiseaux.
À l’instar des discussions en cours sur l’infrastructure 5G, on craint toujours que l’intégration de la technologie chinoise — malgré son prix manifestement bas — dans l’infrastructure de base de l’Europe n’entraîne des problèmes à terme.
C’est aux pays de l’UE qu’il appartiendra de décider si cela se produira réellement, car ils doivent maintenant tenir compte des suggestions de Bruxelles.