Énergies vertes : croissance timide malgré les milliards du plan de sortie de la dépendance à la Russie
La mise en œuvre du plan REPowerEU nécessite un « coup de pouce fort et coordonné », les capitales ne parvenant pas à utiliser les financements disponibles
L’Europe est loin d’avoir atteint le niveau d’investissement nécessaire dans les énergies vertes, tel que défini par l’UE dans un plan visant à affranchir le bloc des combustibles fossiles russes, a constaté l’autorité de contrôle budgétaire de l’UE.
Tel est le message principal d’un rapport de la Cour des comptes européenne, qui a publié mercredi son analyse du plan REPowerEU, dont la première version avait été présentée il y a quatre ans, peu après l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie.
« Notre principale conclusion est que la mise en œuvre de REPowerEU nécessite un coup de pouce fort et coordonné », a déclaré Mihails Kozlovs, l’auditeur qui a dirigé les travaux sur ce rapport.
Les centaines de milliards d’euros que Bruxelles a débloqués pour mettre en œuvre ce plan semblent n’avoir guère contribué à faire avancer la transition énergétique de l’Union.
En 2022, Bruxelles avait estimé que, pour que son effort de diversification énergétique aboutisse, l’UE aurait besoin d’environ 300 milliards d’euros et d’une capacité supplémentaire de 103 gigawatts (GW) d’énergie solaire et éolienne d’ici 2030, ont noté les auditeurs.
Cette somme a été mise à la disposition des capitales sous forme de prêts et de subventions que les gouvernements nationaux pouvaient utiliser dans des volets spécifiques de leurs plans de relance économique post-pandémique.
Un déficit colossal
En avril dernier, toutefois, les gouvernements de l’UE n’avaient engagé que 53,5 milliards d’euros et les mesures annoncées ne permettraient d’ajouter qu’environ 20 GW de capacité d’énergie renouvelable d’ici 2026, a indiqué la Cour.
« Un écart aussi considérable indique soit que les besoins d’investissement ont été mal estimés et largement surévalués, soit qu’il existe une incapacité à traduire les objectifs en actions concrètes », a écrit la Cour dans un communiqué.
De plus, « de nombreuses mesures de REPowerEU ne comportent pas d’objectifs mesurables », a déclaré Kozlovs aux journalistes mercredi. Il a fait valoir que seuls quelques projets énergétiques nationaux comportent des objectifs clairs, et que ceux-ci représentent « moins de 2 gigawatts de production d’énergie renouvelable ».
« La trajectoire actuelle d’augmentation de la capacité de production n’est pas suffisante pour atteindre l’objectif de REPowerEU consistant à remplacer la production d’énergie issue des combustibles fossiles », a-t-il affirmé. « Il est essentiel de combler cet écart. »
La Commission européenne a toutefois rejeté plusieurs des conclusions de la Cour dans sa réponse écrite au rapport.
Le déploiement de capacités supplémentaires en énergies renouvelables liées aux chapitres REPowerEU et à d’autres mesures post-pandémiques serait « probablement nettement plus élevé », a déclaré l’exécutif européen, soulignant que les objectifs en matière d’énergie verte figurant dans le plan concernent l’année 2030.
« On ne s’est jamais attendu à ce que les volets du programme REPowerEU permettent, à eux seuls, d’atteindre l’intégralité des objectifs de déploiement des énergies renouvelables fixés dans le […] plan », a déclaré la Commission.
(rh)