Commission européenne : le PPE ne veut pas de l’Espagnole Teresa Ribera au Climat et à l’Environnement
À Bruxelles, la pression s’accroît pour que la présidente Ursula von der Leyen ne nomme pas la ministre espagnole de la Transition écologique, Teresa Ribera, au poste de commissaire européenne au Climat et à l’Environnement.
À Bruxelles, la pression s’accroît pour que la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, ne nomme pas la ministre espagnole de la Transition écologique, Teresa Ribera, au poste de commissaire européenne au Climat et à l’Environnement.
Désignée par le gouvernement espagnol pour intégrer le prochain Collège des commissaires, Teresa Ribera — membre du Parti socialiste-ouvrier espagnol (PSOE, Socialistes et Démocrates européens/S&D) — est pressentie pour obtenir le portefeuille du Climat et de l’Environnement.
Seul problème : le Parti populaire européen (PPE) de centre-droit semble très frileux à ce que cette dernière joue un rôle trop important en matière d’action climatique. Une fois les postes attribués aux différents candidats, ces derniers seront auditionnés par les députés européens, et Teresa Ribera pourrait donc être mise en difficulté par les législateurs de centre-droit.
Au sein du Parlement, de nombreux partis — notamment le centre droit tchèque — semblent en effet se méfier de la position ouvertement anti-nucléaire de la ministre espagnole, en particulier au sein du PPE d’Ursula von der Leyen. Son profil pourrait aussi crisper certains États membres, dont la France, a indiqué une source à l’AFP la semaine dernière.
Si Teresa Ribera veut obtenir le portefeuille du Climat, elle devra donc convaincre le PPE, qui a aussi exprimé des réticences sur le fait que cette dernière prenne en charge le projet du Pacte vert pour l’Europe (Green Deal). L’Espagnole a plusieurs fois souligné qu’il était urgent de mettre les mesures de ce pacte en œuvre. Elle est notamment favorable à la loi sur la restauration de la nature, que le PPE a tenté à plusieurs reprises de faire dérailler.
Teresa Ribera est considérée comme une « gardienne » du Green Deal, et si ce dossier devait être rouvert sous la prochaine législature, son rôle sera essentiel pour trouver le juste équilibre entre une mise en œuvre « pragmatique », telle que proposée par la présidente de la Commission, et une approche plus ambitieuse prônée par les socialistes et les Verts.
Commissaire à la Concurrence ?
Le Financial Times a rapporté en fin de la semaine dernière qu’Ursula von der Leyen envisagerait en fait de donner à la ministre espagnole le portefeuille de la Concurrence, actuellement détenu par la Danoise Margrethe Vestager (Parti social-libéral danois, Renew).
Teresa Ribera dispose pourtant d’une expérience considérable en matière de climat. Elle a notamment dirigé entre 2014 et 2018 l’Institut de développement durable et de relations internationales (IDDRI) et a joué un rôle dans les négociations de l’Accord de Paris de 2015.
Plusieurs médias ont cependant spéculé sur le fait que la présidente de la Commission finirait probablement par céder à la pression du PPE.
Si Teresa Ribera se voit finalement refuser le volet climatique et confier celui de la concurrence, l’Espagne se retrouverait à la barre de l’un des portefeuilles les plus importants de Bruxelles, où s’élabore notamment la politique industrielle de l’UE, où sont mises en oeuvre les règles antitrust, et où les aides d’État sont contrôlées.
D’autres pays de l’UE comme l’Autriche sont cependant en lice pour ce poste, et le chemin de la candidate espagnole est encore semé d’embûches.
Un porte-parole de Teresa Ribera a indiqué au Financial Times qu’elle « soutient l’idée de relier le Green Deal à la compétitivité industrielle. La transition écologique est le meilleur moyen de rendre l’industrie de l’UE compétitive par rapport aux économies d’autres acteurs mondiaux, tels que la Chine ou les États-Unis ».
La Commission européenne devra également convaincre le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez et le Parti socialiste européen (PSE) que ce changement de portefeuille profitera à l’Espagne, même si le portefeuille de la Concurrence est de fait très convoité.
Ursula von der Leyen devrait présenter mercredi 11 septembre son futur Collège des commissaires et la répartition des portefeuilles. Les auditions pourraient théoriquement commencer mi-octobre.
Lorsque Teresa Ribera rejoindra officiellement la Commission von der Leyen II, l’Espagne disposera de trois hauts fonctionnaires au sein des institutions et agences européennes.
La commissaire espagnole sera accompagnée par l’ancienne ministre de l’Économie Nadia Calviño (PSOE) à la tête de la Banque européenne d’investissement (BEI) et par Luis de Guindos (PP/PPE), vice-président de la Banque centrale européenne (BCE).
Nadia Calviño s’est déjà engagée à augmenter les prêts de la BEI pour les industries vertes et de défense, ce qui donnerait à Madrid un rôle important dans l’élaboration de la future stratégie industrielle de l’UE.
[Édité par Anne-Sophie Gayet & Laurent Geslin]