COP28 : Wopke Hoekstra fait marche arrière sur l’élimination des combustibles fossiles
Le commissaire européen à l’Action pour le climat a été critiqué pour être revenu sur son engagement à promouvoir l’élimination progressive des combustibles fossiles lors de la COP28, en amont des négociations de lundi prochain au cours desquelles États membres devraient convenir de leur position.
Le nouveau commissaire européen à l’Action pour le climat a été critiqué pour être revenu sur son engagement à promouvoir l’élimination progressive des combustibles fossiles lors de la COP28 à Dubaï, en amont des négociations de lundi prochain (16 octobre) au cours desquelles États membres devraient convenir de leur position.
Le Néerlandais Wopke Hoekstra a été nommé commissaire à l’Action pour le climat le 9 octobre grâce à plusieurs promesses qu’il a faites au Parlement européen selon lesquelles l’UE adopterait une position ambitieuse lors du sommet COP28 de fin novembre.
Il s’était notamment engagé à ce que la Commission européenne « plaide en faveur de l’abandon ou de la limitation de la référence aux combustibles fossiles sans dispositif d’atténuation » dans le texte de position de l’UE pour la COP28, qui est négocié avec les 27 États membres.
Les combustibles fossiles sans dispositif d’atténuation sont des combustibles pour lesquels aucune technologie, telle que le captage et le stockage du dioxyde de carbone (CSC) par exemple, n’est capable de limiter les émissions dans l’atmosphère.
Or, dès le lendemain de sa nomination, M. Hoekstra n’a pas réitéré son engagement lors d’un évènment organisé en ligne par plusieurs partis au Parlement européen.
Pour l’activiste climatique africaine Vanessa Nakate, également présente lors de l’évènement, « le terme « sans dispositif d’atténuation » laisse une échappatoire pour le captage et le stockage du dioxyde de carbone, une technologie qui n’est pas encore commercialisée et qui ne sera pas viable avant de nombreuses années ».
« Compte tenu de la rapidité et de l’ampleur de la réduction des émissions, le CSC est une solution de conte de fées », a-t-elle averti.
Bien que M. Hoekstra ait soutenu l’objectif d’élimination progressive des combustibles fossiles, il n’a pas répondu directement à l’appel de Mme Nakate visant à supprimer les termes relatifs aux combustibles fossiles « sans dispositif d’atténuation ».
Les observateurs ont également souligné le message de M. Hoekstra publié sur X jeudi (12 octobre), où il indique qu’il faut continuer à stimuler l’énergie propre avant la COP28 et « éliminer progressivement les combustibles fossiles sans dispositif d’atténuation ».
« Oooops, le « sans dispositif d’atténuation » est de retour plus vite que prévu », a commenté Linda Kalcher, directrice exécutive de Strategic Perspectives, un groupe de réflexion paneuropéen.
Au cours de l’évènement, l’eurodéputé écologiste Michael Bloss a fait part de ses inquiétudes quant à la réponse de M. Hoekstra à Mme Nakate.
« Vous ne pouvez pas être le héros d’un jour seulement lorsque vous êtes élu et ensuite ne pas dire les mêmes choses […]. Je pense que c’est exactement le contraire de ce qui est nécessaire pour gagner la confiance », a déclaré l’écologiste, avertissant que les législateurs du Parlement européen demanderaient à M. Hoekstra de rendre des comptes.
Des messages contradictoires
S’exprimant lors d’un débat sur la COP28 en début de semaine, Mme Nakate a critiqué l’UE pour ses messages contradictoires concernant l’élimination progressive des combustibles fossiles.
« On me dit que l’UE veut être un partenaire de l’Afrique et des pays du Sud vulnérables au changement climatique. Nous qui vivons en première ligne de la crise climatique, nous voulons le croire. Mais la vérité, c’est que nous recevons des messages contradictoires et des promesses non tenues depuis un certain temps déjà », a déclaré Mme Nakate.
Friederike Otto, une climatologue qui s’est exprimée lors de l’évènement, a prévenu que même sans lancer de nouveaux projets pétroliers, gaziers et charbonniers, le monde devrait dépasser son objectif de limiter le réchauffement climatique de 1,5 °C par rapport aux niveaux pré-industriels. Elle a souligné que les nations du monde devaient éliminer progressivement les combustibles fossiles dès « aujourd’hui » et « sans aucune excuse ».
« Nous disposons de la technologie et des connaissances nécessaires. Nous savons comment faire de l’énergie solaire. Nous savons comment faire de l’éolien. Nous savons qu’il faut isoler les bâtiments. Nous connaissons toutes les solutions bon marché et faciles à mettre en œuvre qui doivent être faites maintenant et qui doivent être faites en premier — et elles ne sont pas faites », a déclaré Mme Otto.
Mme Nakate a également rappelé que des financements étaient nécessaires pour aider les pays du Sud à accroître leur capacité en matière d’énergies renouvelables, pour soutenir l’adaptation et financer les pertes et dommages.
Le passage aux énergies renouvelables et à l’efficacité énergétique ne doit toutefois pas avoir d’impact négatif sur les communautés vulnérables et les peuples autochtones, a-t-elle ajouté.
« Nous avons vu beaucoup de conversations, par exemple, sur la transition vers les véhicules électriques, mais certains de mes collègues activistes, par exemple en République démocratique du Congo, ne considèrent pas cela comme une solution climatique, car cela nuit aux communautés où se trouvent ces minerais essentiels », a-t-elle expliqué.
En réponse à cela, M. Bloss a déclaré qu’il fallait une nouvelle forme de partenariat qui s’éloigne de l’extractivisme et qui profite aux communautés où se trouvent les matériaux.
Une COP28 qui s’annonce « très difficile »
Répondant à Mme Nakate, M. Hoekstra a déclaré que la COP28 serait un « moment charnière » et une « montée difficile » pour les négociateurs européens à Dubaï, car l’UE doit redoubler d’efforts en matière d’action climatique et rallier d’autres pays à sa cause dans un contexte géopolitique difficile.
« Il sera très difficile, avec toutes les tensions géopolitiques que nous observons à travers le monde, de faire en sorte que les quelque 200 pays parviennent à s’unir sur davantage d’actions en faveur du climat, davantage d’ambition en matière d’atténuation, davantage d’ambition en matière d’adaptation, tout en veillant à fournir aux pays qui en ont besoin les moyens de le faire », a déclaré le commissaire.
L’UE continuera pour sa part à « chercher à montrer la voie », a ajouté M. Hoekstra, qui a également reconnu qu’elle devait faire « beaucoup plus » pour réduire rapidement ses émissions et établir des partenariats avec des pays tiers.
Mme Nakate a quant à elle insisté sur le fait que les populations qui se trouvent en première ligne de la crise climatique sont déjà confrontées à des difficultés, notamment les personnes tuées par les inondations en Libye et celles qui sont confrontées à la sécheresse dans d’autres parties de l’Afrique.
[Édité par Anne-Sophie Gayet et Paul Messad]