Corruption politique : l’Espagne pointée du doigt par le Conseil de l’Europe
Dans un rapport publié vendredi 1er août, le Groupe d’États contre la corruption (GRECO) du Conseil de l’Europe critique l’Espagne pour son manque de progrès dans la lutte contre la corruption politique.
Dans un rapport publié vendredi 1er août, le GRECO constate que Madrid n’a mis en œuvre aucune des 19 recommandations formulées depuis 2019.
Parmi les lacunes les plus préoccupantes figurent l’absence de régulation des conseillers politiques et le maintien d’un régime d’immunité pour les hauts responsables. Des failles qui, selon le GRECO, laissent la porte ouverte à des abus.
En vertu de la législation espagnole, les conseillers politiques sont classés comme « personnel temporaire » et ne sont pas soumis aux règles applicables aux fonctionnaires. Depuis l’arrivée au pouvoir du Premier ministre Pedro Sánchez en 2018, leur nombre est passé à 948, contre 599 sous son prédécesseur, Mariano Rajoy.
Le rapport pointe aussi l’usage persistant de l’immunité judiciaire pour les ministres, députés et sénateurs. L’affaire de l’ex-ministre José Luis Ábalos, aujourd’hui député indépendant malgré une enquête en cours, en est un exemple. Sa position actuelle le protège des juridictions ordinaires, seules la Cour suprême pouvant poursuivre les hauts fonctionnaires tels que les ministres, députés et sénateurs.
Cette critique arrive alors que le gouvernement est déjà sous pression. Des enquêtes récentes ont visé des proches de Pedro Sánchez et des membres de son parti, le Parti socialiste-ouvrier espagnol (PSOE), certains documents allant jusqu’à décrire une structure « de type mafieux » dans l’appareil socialiste, selon un rapport de police publié en juin.
Le GRECO appelle également à renforcer la discipline au sein des forces de l’ordre. Il note un manque de transparence dans la gestion des sanctions internes à la police et à la Guardia Civil.
Le ministère de la Justice a répondu que « l’Espagne progresse », insistant sur le fait que le rapport du GRECO reconnaît les efforts du pays. En juillet, le gouvernement a annoncé un nouveau plan d’État pour lutter contre la corruption en collaboration avec l’OCDE.
Mais le Partido Popular (PP), parti conservateur d’opposition, a accusé l’exécutif de retarder délibérément la publication du rapport afin de protéger Pedro Sánchez. « C’est un rapport destructeur », a déclaré Miguel Tellado, secrétaire général du PP.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]