Crise de l’énergie : les bouchers manifestent pour la première fois depuis 20 ans

Les bouchers et charcutiers venus de la France entière se sont rassemblés devant l’Assemblée nationale ce mardi (29 novembre) pour alerter les pouvoirs publics devant l'explosion de leur facture énergétique. EURACTIV France était sur place.

Euractiv France
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Les bouchers se sont retrouvés devant l'Assemblée nationale pour alerter contre la crise de l'énergie qui frappe le secteur. [Hugo STRUNA]

Les bouchers et charcutiers venus de la France entière se sont rassemblés devant l’Assemblée nationale ce mardi (29 novembre) pour alerter les pouvoirs publics devant l’explosion de leur facture énergétique. EURACTIV France était sur place.

Ils étaient plusieurs centaines de professionnels réunis en tenue de travail devant l’Assemblée, mardi midi. La dernière fois, c’était il y a plus de 20 ans, lorsque la crise de la vache folle avait lourdement affaibli tout le secteur de la viande.

Cette fois, charcutiers et bouchers sont venus crier leur colère contre l’explosion des prix des matières premières et surtout de l’énergie.

« On a subi l’augmentation des coûts de la viande avec la guerre en Ukraine, des charges, et maintenant, c’est notre facture énergétique. On aura tout eu ! » confie à EURACTIV Cédric Mirande, boucher-charcutier qui a fait le déplacement depuis Tartas dans les Landes.

Chambres froides, vitrines éclairées, machines diverses : ces commerces consomment beaucoup d’énergie, que ce soit de l’électricité ou du gaz. Et ce, 24 heures sur 24. Résultat, les augmentations pèsent lourd dans la comptabilité. Pour Cédric Mirande, c’est entre 25 de 30 % de plus par rapport à l’année dernière.

« Si le Gouvernement ne prend pas ses responsabilités dans les semaines qui viennent, nous assisterons collectivement à la mort de nombreuses entreprises artisanales », alerte dans un communiqué Jean-François Guihard, président de la Confédération Française de la Boucherie-Charcuterie, à l’initiative de cette manifestation « historique ».

Bouclier tarifaire

Si le gouvernement a mis en place des aides comme le bouclier tarifaire pour les entreprises, nombre de bouchers rencontrés déclarent ne rien toucher. Ou presque. Ces commerçants possèdent des installations souvent trop puissantes (supérieure à 36kVA), ils ont parfois plus de 10 employés, ce qui suffit à passer entre les mailles du filet. Et lorsque l’aide est octroyée, elles ne permettent pas d’affronter de telles hausses.

Raison pour laquelle les représentants du secteur demandent un accès facilité aux aides, et toutes mesures permettant de diminuer la note énergétique.

Quelques élus locaux et députés (LR et RN principalement) venus apporter leur soutien à la profession appellent à un élargissement du bouclier tarifaire. « Les collectivités doivent également adapter leurs achats et privilégier réellement les circuits courts pour les soutenir dans ces moments difficiles », propose le député Marc Le Fur (LR) qui a accueilli les représentant de son département (Côtes d’Armor) à l’Assemblée.

Pour Laurent Jacobelli, député de Mozelle (RN), il faut agir à l’échelle européenne. « Le président doit rapidement sortir du marché européen de l’énergie qui provoque des hausses qui n’ont rien de naturelles », explique-t-il à EURACTIV en marge du rassemblement.

Une position d’ailleurs défendue par l’ensemble des partis d’opposition, à l’exception des écologistes qui doutent encore des conséquences d’une sortie sur l’avenir du mix énergétique français.

« Il faut ensuite que la France fasse comme l’Espagne et le Portugal qui ont vu leurs prix de l’énergie divisés par trois ou quatre », poursuit-il. En étant parvenus à encadrer leurs prix, les deux pays ibériques font figure d’exemple pour les bouchers français.

Si un « amortisseur » devrait être mis en place par le gouvernement français, en particulier pour les petites structures qui ne peuvent pas bénéficier du bouclier tarifaire, cette mesure devrait être encore trop restrictive pour les manifestants.

« L’Allemagne a fixé le plancher à 120 euros le MWh, le Portugal autour de 180. Pour nous, ça sera à partir de 500 [de 325, jusqu’à 800 euros/MWh, NDLR]. C’est intenable ! » insiste Charles Balzer propriétaire de trois boucheries à Strasbourg et dans les environs.

Une facture multipliée par quatre en 2023

Mais ce que les bouchers redoutent le plus, c’est le renouvellement des contrats en début d’année prochaine.

« En janvier, notre facture énergétique devrait être multipliée par quatre », confie Cédric Mirande.

Pour l’instant le boucher landais n’a pas augmenté ses prix outre mesure par peur de perdre sa clientèle. 10 % de hausse sur le bœuf. Un peu plus sur la volaille en raison de la grippe aviaire.

Les économies d’énergie ? Elles restent difficiles à réaliser compte tenu de la fragilité des matières premières. Certains installent néanmoins des détecteurs pour éteindre les lumières lorsque cela est possible. « Nous essayons de faire le maximum la nuit, lorsque l’électricité est moins chère », ajoute Cédric Mirande.

« L’avenir décidera, mais on peut envisager une fermeture », prévient le patron de six employés, dont il se demande comment il pourra payer les salaires.

Quelques heures après la manifestation, la ministre déléguée chargée des Petites et Moyennes Entreprises, du Commerce, de l’Artisanat et du Tourisme, Olivia Grégoire, a affirmé à l’Assemblée nationale que « le gouvernement agit et continuera d’agir » .

« S’il faut faire un peu plus, nous le ferons » a-t-elle conclu, alors qu’elle recevra les représentant de la profession ce mercredi 30 novembre.

De son côté, la Commission européenne encourage les Etats à étendre les aides aux entreprises à l’image de l’Espagne ou du Portugal, alors que la France demande une grande réforme du marché européen de l’énergie.