Défense : ce qu’il faut attendre de l’audition d’Andrius Kubilius au Parlement européen

Alors que Donald Trump vient de remporter la course à la Maison-Blanche, soulevant des questions sur le futur engagement des États-Unis en matière de défense collective, le commissaire européen désigné à la Défense, Andrius Kubilius, se prépare à être auditionné par le Parlement européen mercredi 6 novembre.

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First College Meeting of designated EU Commissioners in Brussels
Andrius Kubilius, commissaire désigné à la Dédence et à l'Espace, assiste à une réunion du Conseil des commissaires à Bruxelles, Belgique, le 18 septembre 2024. [EPA-EFE/JOHN THYS / POOL]

Alors que le républicain Donald Trump vient de remporter la course à la Maison-Blanche, soulevant des questions sur le futur engagement des États-Unis en matière de défense collective, le commissaire européen désigné à la Défense et à l’Espace, Andrius Kubilius, se prépare à faire face au Parlement européen pour son audition de confirmation ce mercredi 6 novembre.

Ces dernières années, les Américains ont clairement fait comprendre aux Européens qu’ils devaient assumer une plus grande part du fardeau de la défense collective, notamment en modernisant leurs forces armées.

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a attribué le portefeuille nouvellement créé de la Défense au sein du futur Collège des commissaires au candidat lituanien Andrius Kubilius. Ce dernier sera chargé de diriger la réforme de la défense de l’Union européenne (UE) en orientant les fonds européens vers les industries de défense européennes et en subventionnant les achats conjoints des États membres pour préparer l’industrie militaire et les armées du continent à répondre aux besoins en temps de guerre.

La principale tâche du Lituanien sera de concilier les intérêts nationaux divergents lors de l’élaboration du programme européen d’investissement dans le domaine de la défense (EDIP), qui sera présenté au printemps. À noter que, jusqu’à présent, les décisions relatives à la production et aux achats dans le domaine de la défense ont traditionnellement relevé de la compétence nationale, et que la coopération à l’échelle de l’Union reste une exception.

Parallèlement à cela, il devra se pencher sur le fait que de nombreux chefs d’entreprise européens souhaitent que des contrats à long terme soient signés avant d’eux même investir pour augmenter la production. Il s’agit d’un cercle vicieux, les entreprises attendant des engagements fermes pour investir, mais ces engagements dépendent souvent d’une capacité de production déjà accrue.

Suivre la ligne de la Commission

Dans ses réponses écrites aux questions formulées par les députés européens avant son audition, Andrius Kubilius n’a pas modifié de manière significative les positions déjà adoptées par l’exécutif européen sur des questions controversées telles que le financement de la défense, la sécurisation des chaînes d’approvisionnement et l’établissement d’une préférence claire pour l’achat de produits européens.

Réformer l’UE en matière de défense présente plusieurs défis, qu’il s’agisse de définir les critères d’éligibilité pour l’accès des industries aux fonds de l’UE, de définir le rôle de la Commission dans l’adéquation entre l’offre et la demande ou de partager les informations relatives à la chaîne d’approvisionnement.

La question du financement est également un sujet de discorde, puisque le budget proposé pour la réforme s’élève actuellement à 1,5 milliard d’euros, alors que la Commission avait initialement annoncé un besoin de 500 milliards d’euros.

Si Lituanien s’était dit ouvert à l’étude de toutes les options qui pourraient permettre de financer la défense européenne, il s’est par la suite gardé de mentionner les euro-obligations (eurobonds) dans ses réponses écrites — un mécanisme de financement qu’Ursula von der Leyen avait précédemment promis d’examiner.

Investir oui… mais dans quoi ?

L’homme politique lituanien de centre droit dispose désormais de 100 jours pour présenter un livre blanc décrivant les besoins de l’Europe en matière de défense, ainsi que « la voie à suivre pour construire une véritable Union européenne de la défense », apprenait-on dans ses réponses écrites.

Jusqu’à présent, Andrius Kubilius a proposé, conformément à l’EDIP, la création de grands projets de défense relevant du domaine des futurs projets européens de défense d’intérêt commun, mettant l’accent sur les drones et les technologies anti-drones.

Or ses propositions n’ont pas convaincu tout le monde au sein de l’hémicycle. C’est notamment le cas de l’eurodéputée allemande Hannah Neumann (Verts), qui a critiqué le manque de projets concrets du commissaire désigné.

« D’une part, ses réponses écrites font clairement référence au déficit d’investissement dans la défense, qui s’élève à plus de 400 milliards d’euros pour la prochaine décennie. D’autre part, les idées pour combler ces lacunes ne sont rien d’autre que cela, des idées », a-t-elle indiqué à Euractiv.

Par ailleurs, Andrius Kubilius n’a pas précisé si les fonds de l’UE devraient être alloués uniquement aux industries européennes, ni comment l’industrie de la défense européenne devrait être définie.

Mettre fin à la dépendance vis-à-vis de pays tiers ?

Dans ses réponses écrites, il a également montré son souhait de se concentrer sur la standardisation des produits de défense à travers le continent, « y compris la mise en œuvre par les États membres des normes militaires de l’OTAN, et la convergence en matière de certification ».

L’OTAN fixe déjà des objectifs en matière de stocks et de normes d’équipement. Cependant, certains États membres de l’UE, en particulier la France, ont exprimé leur inquiétude quant au fait que toute préférence pour les normes de l’OTAN favorise en fin de compte les produits fabriqués aux États-Unis.

Les pays dotés de grandes entreprises ont l’habitude de favoriser leurs produits, la France étant le défenseur le plus strict du principe de préférence européenne. En revanche, du côté des pays nordiques et des pays d’Europe de l’Est, l’idée de réduire les liens avec les États-Unis en se mettant à l’écart de l’OTAN ou de Washington ne plaît pas vraiment.

Les subventions et les prêts « devraient aider les petites et moyennes entreprises à se développer, et pas seulement enrichir les grandes sociétés de défense », souligne Hannah Neumann.

De manière générale, Andrius Kubilius a réaffirmé que, pour atteindre le niveau de préparation nécessaire en matière de défense, les États membres devaient « maîtriser toutes les technologies critiques et bénéficier de la sécurité d’approvisionnement de tout équipement nécessaire, sans aucune restriction d’utilisation ».

Mais tant les États membres que les industries se méfient de ce que la sécurité d’approvisionnement au niveau de l’UE pourrait impliquer, notamment en ce qui concerne le partage d’informations sensibles.

L’EDIP, encore en cours de négociation, donnait à l’origine une grande partie du pouvoir en matière de fabrication et de surveillance des besoins à la Commission — une première dans le secteur de la défense.

« Ses réponses étaient pleines de “devrait” et de “doit”. Le problème est que nous connaissons ces problèmes depuis des années. Nous n’avons pas besoin d’un nouveau rappel », note Hannah Neumann.

« Ce que j’aimerais entendre de la part du premier commissaire européen à la Défense [le poste n’existait pas auparavant] lors de l’audition à venir, c’est comment il envisage de résoudre ces problèmes et de dépasser la situation actuelle, qui n’est pas satisfaisante », ajoute l’eurodéputée allemande.

Une expérience utile

Pour parvenir à une collaboration européenne en matière de défense, Andrius Kubilius devra tirer parti de son expérience de Premier ministre et de ses relations avec d’autres dirigeants, dont le controversé Premier ministre hongrois pro-russe Viktor Orbán, le Néerlandais Mark Rutte, désormais secrétaire général de l’OTAN, ainsi que le Premier ministre polonais Donald Tusk, aux dépenses considérables.

Les trois responsables politiques adoptent un point de vue différent sur le secteur de la défense et les besoins militaires, ce qui signifie que leurs relations peuvent déboucher sur des compromis sans trop de frictions.

« Le commissaire Andrius Kubilius devra convaincre sur beaucoup de choses pour que les États membres commencent à investir dans les capacités de défense beaucoup plus sérieusement qu’ils ne l’ont fait jusqu’à présent », explique l’eurodéputé estonien de centre droit Riho Terras à Euractiv.

« [Il] ne doit pas devenir une simple figuration défensive. Dans le style “nous vous avons donné — à vous les Européens de l’Est qui pleurnichez — le poste de commissaire, maintenant réjouissez-vous” », ajoute-t-il.

Sur un sujet aussi sensible, la proximité du Lituanien avec le parti républicain aux États-Unis pourrait toutefois jouer en sa faveur, en lui permettant d’aligner les priorités européennes avec celles de Washington, le plus grand contributeur aux dépenses militaires et la plus grande armée de l’OTAN.

Les républicains sont parvenus à orienter les décisions américaines en matière de défense, puisqu’ils avaient réussi à bloquer le soutien militaire à l’Ukraine au Congrès sous le mandat du démocrate Joe Biden et qu’ils ont été à l’avant-garde des demandes visant à augmenter les dépenses militaires et à faire passer l’Amérique avant l’Europe.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]