Des eurodéputés envisagent de réduire le portefeuille de l’aspirant commissaire hongrois Olivér Várhelyi

Faute d’avoir convaincu les eurodéputés lors de son audition, le Hongrois Olivér Várhelyi, qui brigue le poste de commissaire à la Santé et au Bien-être animal, va devoir répondre à de nouvelles questions écrites, alors que certains souhaitent réduire son portefeuille.

/ EURACTIV.com
Hearing Of The Commissioners-Designate Olivér Várhelyi
Olivér Várhelyi, commissaire européen désigné à la Santé et au Bien-être animal pour la législature 2024-2029. [Thierry Monasse/Getty Images]

Faute d’avoir convaincu les eurodéputés de gauche et du centre lors de son audition, le Hongrois Olivér Várhelyi, qui brigue le poste de commissaire à la Santé et au Bien-être animal, va devoir répondre à de nouvelles questions écrites, alors que certains souhaitent réduire son portefeuille.

Au lendemain de l’audition d’Olivér Várhelyi, les coordinateurs des groupes Renew, du Parti populaire européen (PPE) et des Socialistes et Démocrates (S&D) ont repris les négociations avec les Verts/ALE sur le cas du Hongrois. Et la possibilité de réduire le portefeuille de ce dernier aurait été évoquée.

L’aspirant commissaire hongrois doit envoyer ses réponses écrites aux questions supplémentaires des eurodéputés avant ce vendredi 8 novembre 17 h 30. Les eurodéputés les examineront lundi 11 novembre, avant de décider s’il doit ou non se présenter pour une nouvelle audition, s’il est directement approuvé avec le même portefeuille ou un portefeuille réduit, ou bien s’il est rejeté.

Une source à la gauche du Parlement explique cependant qu’« une nouvelle audition semble peu probable », tandis qu’une autre source proche de Renew conseille au potentiel futur commissaire européen de « se préparer » à un autre interrogatoire.

Pour l’heure, Olivér Várhelyi est le seul commissaire désigné pour lequel le Parlement européen a demandé un examen complémentaire. Les auditions se poursuivront toute la journée du mardi 12 novembre.

Des garanties sur les droits reproductifs

Plusieurs eurodéputés ont émis des craintes sur l’influence que pourrait avoir Olivér Várhelyi sur les questions liées aux droits sexuels et reproductifs, le commissaire désigné appartenant au Fidesz du Premier ministre Viktor Orbán, un parti affilié au groupe d’extrême droite des Patriotes pour l’Europe au Parlement.

« Comment pouvons-nous soutenir un commissaire à la Santé qui n’est pas capable de critiquer un État membre — le sien — qui a choisi les vaccins russe ou chinois contre le Covid, plutôt que les vaccins approuvés par l’UE, qui n’est pas capable d’expliquer comment il aidera les femmes de l’UE à avoir un accès sans entrave aux service de santé et droits sexuels et reproductifs, et qui affirme qu’il est du côté des femmes parce qu’il en a quatre à la maison ? », a réagi l’eurodéputé libéral français Pascal Canfin (Renew).

« Il faut s’assurer que les vaccins et les droits reproductifs ne fassent pas partie des compétences du commissaire européen [Olivér Várhelyi]. C’est essentiel. Le but est que l’influence du Fidesz soit réduite de telle manière qu’aucune compétence dangereuse ne soit entre ses mains », estime pour sa part un fonctionnaire du groupe libéral Renew à Euractiv.

« Olivér Várhelyi pense qu’avoir une femme et des filles [un argument qu’il a utilisé durant son audition, NDLR] fait de lui un allié des femmes, et il semble physiquement incapable de répondre aux questions sur l’accès aux soins de santé des membres de la communauté LGBTQI+ », a commenté l’eurodéputé Thomas Waitz (Verts/ALE) sur X.

« Ses réponses, ou ses absences de réponse, peinent à cacher son idéologie réactionnaire quant aux droits et aux libertés fondamentales », poursuit Christophe Clergeau (S&D).

Pour l’eurodéputé français de centre-droit Laurent Castillo (PPE) cependant, Olivér Várhelyi a répondu aux attentes du PPE.

« Des garanties et précisions sont encore demandées via des questions qui appelleront des réponses écrites. Nous verrons ensuite s’il est validé, avec le même portefeuille ou non, en fonction de la décision de l’ensemble des coordinateurs lundi prochain », indique l’eurodéputé à Euractiv.

« Cela envoie un message à Ursula von der Leyen. Elle sait que c’est un sujet de préoccupation. Viktor Orbán n’a aucun intérêt à retirer [la candidature d’]Olivér Várhelyi, mais réduire son portefeuille pourrait être un point de négociation intéressant », glisse de son côté une source du groupe S&D.

Reste également à voir à quel type de questions l’aspirant commissaire devra répondre sur la santé et les droits reproductifs. Selon nos informations, à la demande des groupes de droite, le mot « avortement » ne devrait pas apparaître.

Alors qu’il s’agit d’une question clé pour les groupes de gauche et centristes, les groupes de droite utilisent le même argument que le commissaire désigné lors de son audition, à savoir que l’avortement ne relève pas des compétences de l’UE mais des États membres.

Sécurité alimentaire et bien-être animal

Selon une ébauche de questions consultée par Euractiv, le Hongrois devrait également être interrogé sur l’étiquetage des aliments et le bien-être animal — deux sujets qui font partie du portefeuille proposé par la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen.

Interrogé lors du son audition sur la possibilité de nouvelles règles sur l’étiquetage des denrées alimentaires, Olivér Várhelyi est resté vague, déclarant que « le travail devrait continuer », mais sans préciser comment.

En ce qui concerne l’étiquetage nutritionnel, il a déclaré qu’il préférait une « approche globale » de la question des régimes alimentaires sains. Soulignant les exigences déjà en place au niveau national sur l’origine des aliments, il a déclaré que Bruxelles devrait être « attentive » et veiller à ce que les étiquettes aient un objectif clair.

Dans la question sur l’étiquetage des aliments, les eurodéputés devraient demander au Hongrois comment il compte intégrer les différents systèmes d’étiquetage sur l’information nutritionnelle et l’origine des aliments « dans un cadre unique et clair », un « système global obligatoire d’étiquetage et de traçabilité des aliments à l’échelle de l’UE ».

Certains eurodéputés ont critiqué le Hongrois, actuel commissaire à l’Élargissement, et mis en doute ses connaissances sur la question du bien-être animal.

Interrogé par l’eurodéputée luxembourgeoise Tilly Metz (Verts/ALE) sur la manière dont il comptait tenir la promesse de la Commission d’interdire les cages pour les animaux d’élevage, comme le demande l’initiative citoyenne « End the Cage Age » (« Pour une nouvelle ère sans cage »), le Hongrois a reconnu la nécessité de répondre à cette demande et a admis que les cages étaient « devenues obsolètes ».

Il a toutefois souligné qu’au cours de sa première année de mandat, il se concentrerait sur le lancement d’un « dialogue inclusif avec toutes les parties prenantes », en particulier avec les agriculteurs.

Dans leurs questions additionnelles, les eurodéputés demandent au Hongrois de s’attaquer aux différences de normes entre les États membres, et l’interrogent sur la manière dont il souhaite « moderniser les règlementations existantes », gérer la question des importations d’animaux vivants et s’assurer que les États membres se conforment aux exigences de l’UE.

Soutien du PPE

Selon certaines sources, le PPE aurait tenté de constituer une « alliance des droites » pour approuver Olivér Várhelyi après la première audition mercredi.

« Une majorité des deux tiers [nécessaire pour l’approbation lors de la première audition] aurait été atteinte », affirme l’une de ces sources, tandis qu’une autre soutient que cela aurait « entaché la confirmation d’autres commissaires issus du PPE ».

Le PPE fait toutefois tout son possible pour épargner au commissaire désigné une seconde audition. Selon une source du groupe S&D, les socialistes, le groupe Renew Europe, les Verts/ALE et La Gauche (GUE/NGL) avaient demandé une deuxième audition, mais le PPE a fermement rejeté cette éventualité.

Cette décision n’a pas été bien accueillie par les dirigeants S&D, qui estiment que le PPE de centre-droit s’est allié aux partis d’extrême droite en optant pour les questions écrites supplémentaires.

« Le groupe votera contre le commissaire désigné, mais il passera, car la majorité des deux tiers ne sera plus requise. Pour le prochain vote, seule une majorité qualifiée sera nécessaire », ajoute la même source.

Selon des sources du Parlement, Ursula von der Leyen, elle-même membre du PPE, ferait également pression sur certains eurodéputés pour qu’ils approuvent la candidature du commissaire désigné à la Santé et au Bien-être animal.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]