Des ONG dénoncent le rapport de la Commission sur la viande porcine
Deux ONG s’insurgent contre un récent rapport rédigé par la Commission européenne sur la durabilité du secteur de la viande porcine et remettent en question les conclusions qui sont censées refléter les opinions du groupe d’experts dont ils faisaient partie.
Deux ONG — le Bureau européen de l’environnement (BEE) et le groupe de campagne Eurogroup for Animals — s’insurgent contre un récent rapport rédigé par la Commission européenne sur la durabilité du secteur de la viande porcine et remettent en question les conclusions qui sont censées refléter les opinions du groupe d’experts dont ils faisaient partie.
Le rapport, qui doit être présenté par le commissaire européen à l’agriculture Janusz Wojciechowski lors d’une réunion des ministres de l’Agriculture de l’UE lundi prochain (20 mars), est le résultat d’une série de réunions du groupe de réflexion européen sur la viande porcine.
L’objectif de ce groupe était d’examiner la durabilité du secteur de la viande porcine — de la dynamique socio-économique aux défis environnementaux et climatiques — en particulier à la lumière des retombées économiques résultant des différentes crises qui ont frappé le secteur, y compris la pandémie de Covid-19 et la propagation de la peste porcine africaine (PPA) en Europe.
Le rapport liste un certain nombre de domaines où des améliorations sont possibles. Ainsi, il serait nécessaire de promouvoir la coopération entre les éleveurs de porcs et le reste de la chaîne d’approvisionnement, d’améliorer la formation et le partage des connaissances, ainsi que d’encourager davantage les États membres à utiliser tous les outils à leur disposition prévus dans le cadre de la Politique agricole commune (PAC) de l’UE afin d’accroître la durabilité du secteur.
Les conclusions du rapport sont censées refléter les contributions d’un groupe de réflexion composé de représentants de 20 organisations différentes, dont des associations d’agriculteurs de l’UE, des ONG et des acteurs du secteur, ainsi que des représentants des 27 États membres.
« Le groupe de réflexion européen sur la viande de porc préconise que les recommandations du groupe soient prises en compte par toutes les parties prenantes et institutions concernées et mises en œuvre au niveau européen et national », peut-on lire dans le rapport.
La réaction des ONG
Les deux ONG impliquées dans le processus de consultation — le Bureau européen de l’environnement (BEE) et le groupe de campagne Eurogroup for Animals — ont rejeté publiquement le rapport, soulignant que leurs points de vue n’étaient pas reflétés dans le rapport final, qu’ils qualifient d’exemple de greenwashing.
« Le processus de consultation était un exercice de greenwashing, nous avons fourni des informations détaillées à toutes les étapes et rien de tout cela n’est reflété dans le rapport », a déclaré Célia Nyssens-James du BEE, qualifiant le rapport de « complètement déconnecté du Pacte vert pour l’Europe [Green Deal] ».
« Il ne pourrait pas être plus stéréotypé et axé sur le dogme du statu quo », a-t-elle déclaré, ajoutant que les lobbies industriels de la viande de porc auraient pu écrire ce rapport sans l’aide de la Commission.
Le rapport comporte une clause de non-responsabilité indiquant qu’il « ne reflète pas entièrement la position du BEE qui n’a pas pu être conciliée avec l’opinion de la majorité », ce que Mme Nyssens-James qualifie d’« euphémisme majeur ».
De même, Ines Ajuda, responsable du programme sur les animaux de ferme au sein du groupe de campagne Eurogroup for Animals, a informé EURACTIV du désaccord de l’association avec « plusieurs points » mentionnés dans le rapport.
« Le rapport est censé refléter le point de vue majoritaire du groupe de réflexion, dont Eurogroup for Animals fait partie, mais nous ne sommes pas du tout d’accord avec celui-ci », a-t-elle déclaré, soulignant que le groupe n’avait « ni approuvé ni été consulté avant la publication de ce rapport ».
Elle a ajouté que si l’on avait demandé l’avis de l’ONG, elle n’aurait pas approuvé que son nom y figure.
C’est pourquoi le groupe est actuellement en train de contacter la Commission européenne pour demander l’ajout de sa clause de non-responsabilité, a expliqué Mme Ajuda.
En amont de la réunion des ministres de l’Agriculture de l’UE qui aura lieu lundi prochain (20 mars), un haut fonctionnaire de l’UE a confié à EURACTIV que les États membres accueilleraient probablement le rapport et qu’il n’y aurait pas de controverse.
« Je m’attends à ce que certains États membres prennent la parole à ce sujet, mais je ne m’attends pas à ce qu’il y ait beaucoup de critiques lundi », a indiqué le fonctionnaire.