Déserts médicaux : patients et médecins face à une situation éprouvante
En France, la progression des déserts médicaux fait partie des grands enjeux de santé publique et épuise aussi bien les patients que les soignants qui se battent au quotidien pour un meilleur accès aux soins.
En France, la progression des déserts médicaux fait partie des grands enjeux de santé publique et épuise aussi bien les patients que les soignants qui se battent au quotidien pour un meilleur accès aux soins.
Selon les derniers chiffres du ministère de la Santé, il manque des médecins généralistes dans 11 329 communes de France, soit un tiers des communes françaises. Malgré l’absence de définition scientifique, ces communes sans médecins sont communément appelées des déserts médicaux.
« La situation actuelle n’est pas satisfaisante, il faut améliorer l’accès aux soins », prévient le Dr Jean-Marcel Mourgues, de l’Ordre national des médecins, dans un entretien avec Euractiv France.
Si les déserts médicaux sont le résultat de multiples facteurs, le vieillissement de la population et la diminution du nombre de professionnels en activité sont des problématiques bien connues du gouvernement.
Alors « qu’une génération de praticiens part à la retraite, nous n’en avons pas assez formé pour les remplacer », soulignait l’ex-ministre de la Santé Agnès Buzyn dans un entretien au Journal du dimanche (JDD).
Entre des délais d’attente allant parfois jusqu’à plusieurs années et la dégradation de l’état de santé général, les conséquences pour les patients sont désastreuses.
« Avoir accès à un praticien est un parcours du combattant », confirme le Dr Mourgues.
Si de prime abord les déserts médicaux semblent être davantage un fardeau pour les patients, les médecins n’ont rien à leur envier.
« Il est compliqué d’exercer dans un tel système. La situation est éprouvante pour les professionnels, qui vont s’ingénier à répondre aux besoins du patient », pointe le Dr Mourgues.
Car les déserts médicaux rendent la prise en charge d’un patient complexe. Les médecins rencontrent des difficultés à établir un parcours de soins de qualité sans que les délais soient trop longs.
Certains, épuisés, finissent en burn-out, alerte le praticien de l’Ordre des médecins.
Un fléau européen
En Europe, la France ne semble pas faire figure d’exception. Malgré des systèmes de santé différents les uns des autres, la plupart des pays de l’Union font également face à des déserts médicaux, cependant ceux-ci diffèrent selon la spécialisation du praticien.
Concernant les médecins généralistes par exemple, la moyenne européenne est de 37 médecins généralistes pour 10 000 habitants, selon un rapport de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) publié en 2022.
La France se trouve en dessous (environ 33 pour 10 000 habitants), tout comme la Roumanie et l’Estonie. A contrario, l’Espagne se trouve au-dessus (46), suivie de près par l’Allemagne (45) et l’Italie (41). Le Portugal et la Grèce caracolent en tête du classement avec respectivement 53 et 60 médecins généralistes pour 10 000 habitants.
À l’inverse, c’est en Allemagne, en Suisse et en France que l’on trouve le plus d’infirmiers par habitant, soit entre 120 et 180 pour 10 000 habitants, alors que la moyenne européenne se situe aux alentours de 80. La Grèce, l’Espagne et l’Italie sont en dessous de la moyenne, avec environ 60 infirmiers pour 10 000 habitants.
Mais quelles que soit la pénurie de personnel soignant, les conséquences restent les mêmes.
« Sans intervention immédiate, les pénuries de professionnels de santé dans la région européenne pourraient provoquer une catastrophe », prévient l’OMS dans son rapport.
Les conditions de travail des soignants sont au cœur du problème, aussi bien Allemagne, en Espagne, en Italie ou en Grèce.
« De nombreux pays de la région européenne sont confrontés à une grave pénurie de personnel de santé, au vieillissement et à l’épuisement de ce personnel », estimait de son côté l’Action pour la santé et l’équité : lutte contre les déserts médicaux (AHEAD) en avril dernier.
L’AHEAD appelle à « une collaboration à l’échelle de l’UE » afin de trouver une solution commune et durable et ainsi « garantir aux citoyens européens un accès optimal à des professionnels de la santé qualifiés et motivés. »
Le numérique à la rescousse
En France, le ministère de la Santé souhaite encourager les rendez-vous médicaux en ligne, plus connue sous le nom de téléconsultation, pour garantir un meilleur accès à l’offre de soin.
Ce virage numérique a déjà entamé lors de la pandémie de Covid-19, marquée par les différents confinements successifs : les médecins généralistes ont effectué 13,5 millions de consultations à distance en 2020 et 9,4 millions en 2021 contre 80 000 en 2019, soit une augmentation de 11 750 %, selon les chiffres de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES).
Le but est désormais de généraliser le recours à la télémédecine « sur l’intégralité du territoire », précise le ministère dans son plan « Ma Santé 2022 ».
Preuve qu’il y a encore du progrès à faire, pour l’heure, la télémédecine séduit davantage les Français vivant en milieu urbain : 69,4 % des téléconsultations concernent des patients résidant en ville contre 17,9 % dans les territoires ruraux.