Effigie du président serbe Aleksandar Vučić brûlée en Croatie : les relations des deux pays se détériorent

Les relations entre la Croatie et la Serbie continuent de se détériorer après qu’une effigie du président serbe Aleksandar Vučić a été brûlée lors d’un carnaval à Kaštela, une ville proche de Split en Croatie.

EURACTIV Croatie
Protest against Serbian President Aleksandar Vucic in Belgrade
À la fin du 211e défilé du carnaval international de Kaštela, mardi (13 février), les participants ont brûlé une effigie du « coupable » qu’ils accusent de toutes les mauvaises choses qui leur sont arrivées, comme le veut la tradition. Cette année, il y avait deux « coupables » : le président russe Vladimir Poutine et le président serbe Aleksandar Vučić. [EPA-EFE/ANDREJ CUKIC]

Les relations entre la Croatie et la Serbie continuent de se détériorer après qu’une effigie du président serbe Aleksandar Vučić a été brûlée lors d’un carnaval à Kaštela, une ville proche de Split en Croatie.

À la fin du 211e défilé du carnaval international de Kaštela, mardi (13 février), les participants ont brûlé une effigie du « coupable » qu’ils accusent de toutes les mauvaises choses qui leur sont arrivées, comme le veut la tradition. Cette année, il y avait deux « coupables » : le président russe Vladimir Poutine et le président serbe Aleksandar Vučić.

Aleksandar Vučić et Vladimir Poutine étaient représentés comme Don Quichotte et Sancho Panza sur des ânes, et comme il est de coutume dans les carnavals, leurs effigies ont été jetées sur un feu de joie à la fin de l’événement.

Alors que les médias croates ont peu couvert l’événement, la presse serbe s’est emballée, Aleksandar Vučić déclarant aux journalistes qu’il serait « jaloux » si la poupée brûlée était une autre personne serbe et pas lui.

Le ministère serbe des Affaires étrangères a ensuite réagi à l’affaire dans une note. Le chef de la diplomatie serbe, Ivica Dačić, a « condamné fermement l’incident consistant à brûler une effigie ».

« Brûler une poupée à l’effigie du président de la République de Serbie, Aleksandar Vučić, est un acte inacceptable, qui est en totale contradiction avec la volonté exprimée conjointement de normaliser pleinement les relations et d’améliorer la coopération globale entre nos pays. Cet acte scandaleux de propagation de la haine envoie un message qui ne contribue en rien au renforcement des relations de bon voisinage, de la paix et de la stabilité dans la région et perturbe directement et gravement les relations entre les deux pays », peut-on lire dans la note.

La Croatie n’a pas encore réagi publiquement à l’incident ou à la note, mais des sources diplomatiques ont déclaré à Euractiv qu’elles trouvaient ridicule l’envoi d’une note diplomatique à propos d’une effigie de carnaval. Elles ont noté que les effigies de responsables politiques sont courantes lors de tels événements et ont inclus le Premier ministre croate Andrej Plenković, le président Zoran Milanović et sa prédécesseure Kolinda Grabar Kitarović au cours des années précédentes.

La tradition croate du carnaval, qui consiste entre autres à brûler des effigies et à se moquer des responsables politiques, a une longue histoire.

« Écrire et envoyer une note de protestation à cause de quelque chose comme brûler une poupée lors d’un carnaval est ridicule. À Belgrade, ils auraient dû d’abord s’informer sur ce qu’est un carnaval. Ils ont déjà brûlé les poupées de nombreux responsables politiques. Et que diraient-ils ? Les Allemands, dont l’ancienne chancelière Angela Merkel a été montrée par les Grecs en public — pas lors de carnavals — avec des moustaches ressemblant à celles d’Hitler et comparée aux nazis, et Berlin n’a jamais réagi à cela ! » s’est indigné une source diplomatique croate à Euractiv sous le couvert de l’anonymat.

Il estime également que le fait d’envoyer une note de protestation sur l’incendie d’une poupée de carnaval « en dit suffisamment sur la nature autocratique du gouvernement en Serbie et sur son manque de conscience démocratique ».

Božo Kovačević, analyste politique et ancien ambassadeur croate à Moscou, considère que la Serbie réagit de manière excessive, ce qui porte préjudice aux relations bilatérales.

« Cela signifie qu[e la Serbie] cherche une raison à la poursuite de la détérioration des relations diplomatiques et à la confrontation entre la Serbie et la Croatie, puisque cette dernière est perçue comme le principal ennemi là-bas [juste] après le Premier ministre du Kosovo Albin Kurti. Cependant, le carnaval est un jeu et doit être abordé de cette manière. De plus, le fait qu’il y ait une poupée brûlée à l’effigie d’Aleksandar Vučić montre que les participants du carnaval le considèrent comme une personne importante, ce qui devrait le flatter », a souligné Božo Kovačević.

Les relations entre la Croatie et la Serbie ont atteint un point critique en novembre dernier, lorsque la Serbie a expulsé le diplomate croate Hrvoje Šnajder, l’accusant d’espionnage. La Croatie a réagi en expulsant Petr Novaković, un conseiller de l’ambassade serbe à Zagreb.

Les tensions entre les deux pays sont dues à la guerre s’étant déroulée dans les années 1990 et à la question non résolue de la frontière sur le Danube. En outre, la question des droits des minorités, tant des Croates en Serbie que des Serbes en Croatie, exacerbe également la situation.

« J’espère que les relations politiques entre la Croatie et la Serbie s’amélioreront dans un futur proche, car c’est dans l’intérêt des deux pays », a déclaré Božo Kovačević.

« La coopération avec la Serbie marche, mais il n’y a pas de consolidation des relations ou de réunions à des niveaux plus élevés », conclut une source diplomatique qui s’est confiée à Euractiv.