Élections européennes : ce que disent les dernières projections
La majorité centriste composée du PPE de centre droit, des libéraux et des socialistes devrait toujours prévaloir au sein du nouveau Parlement européen. Toutefois, la montée attendue de l’extrême droite pourrait faire basculer l’équilibre des pouvoirs en faveur du PPE, selon les dernières projections d’Europe Elect.
La majorité centriste composée du Parti populaire européen (PPE) de centre droit, des libéraux de Renew et des Socialistes et Démocrates européens (S&D) devrait toujours prévaloir au sein du nouveau Parlement européen. Toutefois, la montée attendue de l’extrême droite pourrait bien faire basculer l’équilibre des pouvoirs en faveur du PPE, selon les dernières projections d’Europe Elect pour Euractiv avant les élections européennes qui auront lieu du 6 au 9 juin.
Le PPE de centre droit devrait rester le plus grand parti de l’hémicycle européen avec 182 sièges sous la prochaine législature (2024-2029). Il devrait être suivi du groupe S&D avec 136 sièges. Avec le groupe libéral Renew Europe et ses 81 sièges, la majorité centriste du Parlement, qui a prévalu ces cinq dernières années, disposerait de 399 sièges sur 720.
Malgré des désaccords sur la manière de faire face à l’extrême droite — le PPE ayant notamment ouvert la porte à une collaboration avec le parti Fratelli d’Italia de Giorgia Meloni — les trois groupes ont clairement indiqué qu’ils souhaitaient s’en tenir à leur coalition à trois.
Dans la pratique, cela signifie que les trois groupes politiques garderont le contrôle du processus d’élaboration des politiques du Parlement et qu’ils seront aux commandes des décisions internes essentielles, telles que celles concernant le budget.
Les libéraux reculent et se disputent la troisième place avec l’extrême droite
Alors que le PPE et le groupe S&D conservent à peu près le même nombre de sièges qu’actuellement, Renew devrait perdre 20 sièges, passant de 102 à 81, son pire résultat depuis la création du groupe en 2019.
Les libéraux se retrouveront donc au coude-à-coude avec les Conservateurs et Réformistes européens (CRE) ainsi qu’avec le groupe Identité et Démocratie (ID), lui aussi d’extrême droite, dans la course pour la troisième place.
Cette perte de vitesse s’explique en partie par la chute du parti libéral espagnol Ciudadanos — autrefois la plus grande délégation nationale du groupe avec huit sièges — qui a vu ses eurodéputés et ses dirigeants rejoindre le Partido Popular (PPE) espagnol de centre droit.
Dans le même temps, les libéraux subissent de lourdes pertes en France, où la coalition libérale du président Emmanuel Macron est en passe de passer de 23 à 15 sièges.
Les Verts consolident leur 6e place
Les Verts devraient obtenir 55 sièges, soit 17 de moins que lors de la dernière législature. Bien qu’ils aient joué un rôle majeur dans l’adoption des dossiers relatifs au Pacte vert pour l’Europe (Green Deal), leur recul risque de diminuer leur pertinence et influence au sein de l’hémicycle.
Les pertes les plus importantes devraient être enregistrées en Allemagne, en raison de la participation des écologistes à ce qui s’avère être une coalition gouvernementale très impopulaire avec les socialistes du chancelier Olaf Scholz, et en France, où une économie malmenée a notamment relégué les politiques écologiques au dernier rang des priorités.
Si les Verts ont accueilli de nouveaux membres de l’Est et du Sud de l’Europe au cours des cinq dernières années, cela ne compensera que partiellement les pertes, avec seulement cinq sièges venant de l’Espagne, de la Lettonie, de la Croatie et de la Slovénie.
« Certains sondages suggèrent que nous pourrions ne pas atteindre les mêmes niveaux qu’en 2019, mais les sondages ne prévoyaient pas non plus notre succès record en 2019 », a rappelé Terry Reintke, coprésidente des Verts et tête de liste, à Euractiv, nostalgique de la « vague verte » des dernières élections qui a fait du groupe la quatrième force au Parlement.
Majorité de blocage à droite
Le recul escompté des libéraux et des écologistes, conjugué à la montée des partis d’extrême droite, affaibliront la majorité centriste traditionnelle et feront pencher l’équilibre des pouvoirs vers la droite.
Le groupe CRE, mené par le parti de la Première ministre italienne Giorgia Meloni, Fratelli d’Italia, devrait passer de 68 à 79 sièges.
Le groupe d’extrême droite ID devrait pour sa part gagner 10 sièges par rapport à 2019 et passer à 69, bien qu’il ait récemment exclu son plus grand parti membre (qui devrait obtenir 15 sièges), l’Alternative pour l’Allemagne (AfD), à la suite d’une série de scandales.
Le renforcement des groupes ID et CRE permettra probablement au PPE de faire pression sur les socialistes et les libéraux pour qu’ils fassent des concessions lors de l’élaboration de législations.
Ces deux groupes donneront au PPE une chance de bloquer certains textes s’ils s’allient contre les socialistes et les libéraux, comme ils ont essayé de le faire dans le Parlement sortant avec la loi sur la restauration de la nature. Cette fois-ci, cependant, le bloc de droite comptera suffisamment de sièges pour atteindre une majorité.
Remaniement de l’aile droite en perspective
Avec Giorgia Meloni, son homologue hongrois Viktor Orbán, Marine Le Pen et le chef de l’opposition polonaise Mateusz Morawiecki qui appellent tous à une sorte d’unification de la droite pour contrebalancer les forces pro-européennes, les spéculations vont bon train sur un remaniement imminent de l’extrême droite au Parlement.
Alors que certains souhaiteraient voir une union de la droite pour former un groupe réunissant CRE et ID, faisant de l’extrême droite la deuxième force politique dans l’hémicycle avec environ 160 sièges, une telle option est peu probable en raison de désaccords importants dans des domaines politiques variés et des querelles internes de longue date entre partis nationaux.
Toutefois, un examen des accords de groupe précédents et actuels au sein du PPE et des Verts montre comment cela pourrait fonctionner dans la pratique.
La gauche reste stable, mais des failles se dessinent
Le groupe de la Gauche (GUE/NGL) est en passe d’obtenir 38 sièges, soit à peu près le même nombre qu’aujourd’hui, mais avec une marge de manœuvre limitée pour des coalitions plus larges. L’avenir du groupe est donc incertain.
Un nouveau parti populiste de gauche et conservateur créé en Allemagne, l’Alliance Sahra Wagenknecht-Pour la raison et la justice (BSW), a récemment confirmé qu’il avait trouvé suffisamment de soutien pour créer un nouveau groupe à gauche de l’hémicycle. Certains membres du groupe GUE/NGL pourraient quitter le navire pour rejoindre le nouveau groupe de la BSW.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]