Élevage : la Commission dévoile son plan pour diminuer les importations de protéines

Dans une stratégie sur la diversification des protéines qui vient d’être publiée, la Commission européenne identifie plusieurs leviers pour répondre aux besoins protéiques de l'élevage européen. Avec un objectif : diminuer la dépendance de l’Union envers les pays tiers.

Euractiv France
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Truck,Goes,On,The,Road,On,Flowering,Rape,Field.,Rural [Bourdon Dee / Shutterstock]

Dans une stratégie sur la diversification des protéines qui vient d’être publiée, la Commission européenne identifie plusieurs leviers pour répondre aux besoins protéiques de l’élevage européen. Avec un objectif : diminuer la dépendance de l’Union envers les pays tiers.

Alors que l’Union européenne (UE) est de plus en plus dépendante de pays tiers pour son approvisionnement en protéines, la Direction générale « Agriculture et Développement rural » (DG Agri) de la Commission européenne a élaboré une stratégie qui mise sur la diversification.

« L’enjeu est de mettre en œuvre différentes combinaisons de leviers, adaptés aux besoins et aux conditions des filières agricoles, aux différentes régions de l’UE et aux différents types d’exploitations », soulignent les auteurs de la DG Agri dans une étude publiée vendredi (24 mai).

L’alimentation des animaux d’élevage, en particulier celle des porc et de la volaille (des animaux monogastriques), est dépendante d’importations de protéines en provenance de pays tiers.

Ainsi, seuls 23 % des tourteaux d’oléagineux et 3 % des tourteaux de soja – les aliments les plus consommés – sont produits en Europe, selon la Commission. Le reste est importé des Amériques pour la filière conventionnelle, d’Afrique et d’Asie pour la filière biologique.

Cette stratégie fait suite à la publication, en octobre dernier, par le service de recherche du Parlement européen (EPRS), d’une première stratégie de l’UE en matière de protéines, suivie d’une résolution du Parlement européen, datée du 19 octobre 2023.

Tourteaux enrichis et insectes

Pour diminuer la dépendance européenne, la stratégie propose de favoriser la production de plantes riches en protéines, telles que le soja, le tournesol, le colza et les légumineuses.

« La plupart des matières premières alternatives identifiées destinées à l’alimentation du bétail sont déjà produites dans l’UE et utilisées dans la plupart des États membres », souligne l’étude.

Dans un souci de diversification, les spécialistes préconisent toutefois de remplacer le soja, l’aliment le plus importé, par des « tourteaux améliorés » de tournesol ou de colza à haute teneur en protéines (HiPro) – ou des légumineuses, comme les haricots, cultivées dans les États membres de l’UE.

Ce changement doit s’accompagner d’une sélection d’animaux plus « robustes », adaptés à des régimes alimentaires diversifiés.

À plus long terme, la Commission appelle à développer des protéines alternatives, complémentaires aux protéines cultivées, comme les insectes ou les algues. Dans un soucis d’économie circulaire, l’étude promeut également le recours aux protéines animales transformées (PAP) et aux « denrées alimentaires anciennes ».

Éloigner les élevages des ports

Toute la filière doit s’adapter à cette diversification protéique, insiste l’étude, du collecteur au transformateur. Ce qui passe notamment par le développement de nouvelles usines, dans des régions éloignées des grands centres de transformation.

L’élevage industriel est aujourd’hui concentré autour des grands ports européens, afin de faciliter l’acheminement des aliments venus de pays tiers, ce qui donne « un avantage concurrentiel aux sources de protéines importées, par rapport à la production intérieure de l’UE », déplorent les experts de la Commission.

Ces derniers appellent à développer des infrastructures de transport, comme les trains, les canaux et les équipements fluviaux, afin de réduire les coûts et « d’acheminer les sources de protéines des zones de production vers les zones de consommation ».

Compétitivité et aides couplées

L’étude pointe un manque de compétitivité des cultures européennes, un frein majeur à l’indépendance protéique, que ce soit par rapport au soja importé, mais aussi par rapport aux cultures céréalières, en concurrence avec les protéines végétales dans la rotation des cultures.

Si le colza est généralement compétitif par rapport au blé dans la plupart des États membres, ce n’est pas le cas pour les protéagineux et le tournesol. « Dans tous les États membres étudiés, la marge brute de la culture de maïs est nettement supérieure à celle du soja et du tournesol », ajoute la Commission.

Celle-ci regrette que les outils européens tels que la Politique agricole commune (PAC) n’aident pas à rendre plus attractive économiquement la diversification des cultures, faisant la part belle aux oléagineux (soja, colza et tournesol) ou autre protéagineux.

La solution ? Une « augmentation substantielle » de l’aide de la PAC pour les cultures d’oléagineux, « afin d’offrir une réelle incitation aux agriculteurs ».

Alors que les aides dites « couplées » de la PAC, spécifiquement attribuées pour les oléagineux, sont prévues pour un million d’hectares actuellement, elles pourraient être étendues à 7,8 millions d’hectares, selon l’étude, soit la limite maximale prévue par l’accord de Blair House signé avec les États-Unis en 1993. Ce dernier visait à assurer un débouché au soja américain dans l’UE, en contrepartie des exportations européennes de blé.

« De cette manière, l’UE pourrait apporter un soutien à une superficie équivalente à environ la moitié des importations actuelles, ce qui serait déjà très important », prévient la Commission.

Développer le partenariat avec l’Ukraine

L’exécutif européen reconnaît toutefois que même avec une forte volonté politique, supprimer totalement « l’importation de produits riches en protéines prendrait nécessairement des décennies ». Il est donc préconisé de réduire les importations de manière « significative », puis d’adopter progressivement de nouvelles mesures.

Pour les importations restantes, l’étude propose de diversifier et sécuriser les sources de protéines avec des « partenaires proches », comme l’Ukraine, évitant ainsi les perturbations du transport international.

Réduire la dépendance aux protéines importées nécessite globalement « une mise en œuvre organisée et équilibrée » de toutes les alternatives au niveau de l’UE, des États membres et des régions, concluent les expert de la DG Agri.

Ces derniers saluent les « plans protéines » déjà mis en place par la Belgique, le Danemark, la Finlande, la France, l’Allemagne et les Pays-Bas.

[Édité par Laurent Geslin]