En Europe, la précarité en « très forte augmentation », alerte le Secours populaire

Selon un sondage publié vendredi (4 novembre) par le Secours populaire et mené dans six pays européens, une personne interrogée sur quatre déclare être dans une situation précaire et faire face à des difficultés financières et matérielles.

Euractiv France
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Pour certains Européens, faire des économies ne suffit plus. 42% des personnes interrogées ont déjà demandé à leurs proches de leur prêter ou de leur donner de l’argent pour subvenir à leurs besoins. [Redaktion93/Shutterstock]

Selon un sondage publié vendredi (4 novembre) par le Secours populaire et mené dans six pays européens, une personne interrogée sur quatre déclare être dans une situation précaire et faire face à des difficultés financières et matérielles.

Le Secours populaire, l’institut Ipsos et leurs partenaires européens ont interrogé 6 000 Européens sur la question de la précarité dans six pays : en France, en Italie, en Grèce, en Allemagne, en Pologne et au Royaume-Uni.

« On constate une très forte augmentation de la précarité en Europe », a déclaré à EURACTIV la secrétaire générale du Secours populaire Henriette Steinberg.

Ce chiffre est particulièrement élevé en Grèce : 51%, contrairement à l’Allemagne où il est de 18%. En France, en Italie, en Pologne et au Royaume-Uni il se situe entre 20 et 25%.

« Il y a une inquiétude croissante chez les Européens : de plus en plus de personnes sont dans l’incapacité de trouver des solutions viables pour subvenir à leurs besoins et à ceux de leurs familles », a ajouté Mme Steinberg.

La reprise économique après la pandémie de Covid-19 ainsi que la guerre en Ukraine sont à l’origine de la flambée des prix. La hausse la plus spectaculaire concerne les prix de l’énergie : le pétrole a ainsi augmenté de 350% entre avril 2020 et avril 2022, selon la Banque mondiale.

Des prix qui ont obligé des Européens à faire des sacrifices : 62% des personnes interrogées ont déjà dû réduire leur déplacement et 47% d’entre elles ont baissé le chauffage pour limiter le prix de la facture.

« Nous nous sommes rendu compte que les Européens avaient les mêmes préoccupations : s’alimenter, se soigner, se loger et subvenir aux besoins de leurs enfants. C’est la vie quotidienne de dizaine de millions de personnes », a complété Mme Steinberg.

Au 30 septembre 2022, le taux d’inflation annuel de la zone euro était en hausse à 10%, selon Eurostat, l’office statistique de l’Union européenne, alors qu’il était de 9,1% en août.

Plus de 40% des Européens obligés d’emprunter de l’argent à leurs proches

Mais pour certains Européens, faire des économies ne suffit plus. 42% des personnes interrogées ont déjà demandé à leurs proches de leur prêter ou de leur donner de l’argent pour subvenir à leurs besoins.

Ce chiffre est « un signal d’alarme », selon Mme Steinberg, « ces personnes n’ont déjà plus les moyens », décrypte-t-elle.

C’est en Grèce que le chiffre est le plus élevé (63%), puis viennent le Royaume-Uni, l’Italie et la Pologne (40%, 40% et 41%) et enfin la France (36%) et l’Allemagne (35%).

Mais cette pratique n’est pas viable sur le long terme. D’une part car, « des gens n’osent pas demander de l’argent à leurs proches ou bien leurs proches ne peuvent simplement pas les aider », analyse pour EURACTIV la députée française Aurélie Trouvé, membre de la commission des affaires économiques.

D’autre part, car les ménages risquent de contracter des prêts à la consommation. Or, cette solution d’urgence peut s’avérer périlleuse car les frais bancaires augmentent.

« Le risque ultime serait l’apparition d’une crise financière et bancaire, comme lors de la crise des subprimes de 2007 aux Etats-Unis, si les ménages ne sont plus solvables », poursuit la députée, qui milite pour redonner du pouvoir d’achat aux ménages les plus pauvres afin de relancer la croissance.

« Si les ménages n’ont plus de pouvoir d’achat, alors la demande est en berne et s’effondre. Si la demande s’effondre, la production s’effondre aussi et les emplois avec », complète-t-elle.

Avant de conclure : « ’est un cercle vicieux. On va droit vers la catastrophe sociale ».

Les étudiants parmi les plus précaires

En Europe les personnes les plus touchées par l’inflation sont les personnes âgées, les familles monoparentales et les jeunes, indique le sondage.

Mais la situation est très hétérogène, souligne le Secours populaire. Pour les Britanniques, ce sont plutôt les familles monoparentales alors que ce sont les plus jeunes pour les Grecs et les Italiens.

Maëlle, 20 ans, est étudiante à Science Po en double cursus entre Nancy et Berlin. Ses parents habitent à Mayotte et ne peuvent pas l’aider financièrement.

La jeune fille touche aujourd’hui 100 euros de bourse par mois, contre 700 euros il y a deux ans. Difficile pour Maëlle de s’en sortir.

« Il y a certaines fois où je n’ai pas pu faire mes courses. Mes sœurs ou mon copain ont dû m’aider », indique la jeune fille.

« Je ne suis pas un cas isolé. Il faut un système où les étudiants boursiers peuvent vivre et pas survivre », alerte Maëlle.

Pour s’en sortir, l’étudiante cumule les petits boulots en parallèle de ses études. L’année dernière, elle travaillait 60 heures par semaine : « 20h de cours, 20h de stage, 20h de baby-sitting », détaille-t-elle.

« Tous les étudiants devraient vivre au-dessus du seuil de pauvreté », déclare-t-elle.

La Première ministre Elisabeth Borne a annoncé, jeudi (3 novembre), la création d’un fonds d’aide alimentaire durable doté de 60 millions d’euros pour soutenir les associations qui luttent contre la précarité alimentaire.