Énergie : en perte d'influence à Bruxelles, Paris maintient tout de même son cap européen
Dans son plan national intégré énergie-climat (PNIEC) remis à la Commission européenne, la France insiste sur le maintien d’objectifs en « énergies décarbonées » pour reconnaitre la participation du nucléaire, mais fait des concessions sur les renouvelables dans une période d'instabilité politique.
Dans son plan national intégré énergie-climat (PNIEC) remis à la Commission européenne, la France insiste sur le maintien d’objectifs en « énergies décarbonées » pour reconnaitre la participation du nucléaire, mais fait des concessions sur les renouvelables dans une période d’instabilité politique.
Le PNIEC de 300 pages rendu mercredi (10 juillet) avec 10 jours de retard reprend les objectifs que se fixe la France en matière d’énergie et de climat à échéance 2030. Chaque Etat membre de l’UE dispose d’ailleurs du sien.
Depuis plusieurs mois, Paris bataille avec la Commission européenne sur l’intégration au sein de son PNIEC de la part française pour atteindre 42,5 % de renouvelable dans la consommation finale d’énergie brute européenne en 2030 inscrit dans la directive sur les énergies renouvelables.
Sauf que l’exécutif français refuse de se conformer à l’objectif individuel qui lui est fixé (44 %). Plutôt, préfère-t-il un objectif de « 58 % d’énergie décarbonée » dans la consommation finale d’énergie brute, défendant ainsi la prise en compte de la participation du nucléaire à la décarbonation du mix énergétique français et européen.
La version finale du PNIEC réitère cette position et précise qu’elle « contribue pleinement aux objectifs européens ».
« L’idée générale [du PNIEC actuel] reste la mise en valeur des énergies décarbonées plutôt que les seules énergies renouvelables », comprend ainsi Jules Nyssen, président du Syndicat des énergies renouvelables en défense des producteurs du secteur.
« Nous avons toujours été constants sur cet aspect », insiste le cabinet du ministre délégué de l’Énergie lors d’un briefing presse organisé jeudi (11 juillet). Certes, mais force est de constater que depuis la première version du PNIEC de novembre 2023, les autorités françaises ont mis de l’eau dans leur vin.
Objectif renouvelable
Dans la version finale du PNIEC, les autorités françaises se refusent toujours à inscrire un objectif renouvelable en part dans la consommation finale d’énergie, mais ont tout de même fini par intégrer un objectif de « consommation d’origine renouvelable » (570 térawattheures, TWh).
Un simple produit en croix permet ainsi de donner une part de 41,3 % de renouvelable dans la consommation finale d’énergie brute (1381 TWh) française. Nombre d’experts ont repris ce chiffre depuis, bien que le ministère précise qu’il « ne correspond pas à la méthodologie qui permet de déterminer la part d’énergie renouvelable dans la consommation finale d’énergie [brute] ».
Aussi, dans la version de novembre 2023 du PNIEC, l’objectif en « énergie décarbonée » était inscrit dans le tableau principal synthétisant les objectifs énergie et climat. Dans la version finale, l’objectif ne figure plus dans ce tableau central, mais seulement dans une phrase conclusive au milieu du document. En lieu et place, le tableau mentionne l’objectif de « consommation d’origine renouvelable ».
Dès lors, le ton est tout autre que celui employé en mars dernier par le ministre de tutelle de l’Energie, Bruno Le Maire, selon qui un objectif « renouvelable » était symbolique de « l’Europe dont nous ne voulons plus ».
Perte d’influence à Bruxelles ?
En d’autres termes, certains acteurs du secteur pensent que l’exécutif français perd en influence. « Ils n’ont plus la main à Bruxelles ! », laisse échapper un professionnel du secteur de l’industrie énergétique française à Euractiv. L’instabilité politique en France a en effet abîmé la capacité du pays à faire valoir ses intérêts à Bruxelles.
In fine, « pas sûr que la Commission européenne s[e] satisfasse [de ce plan] », conclut Jules Nyssen.
Cette situation pourrait même peser sur le lobbying de la France en faveur d’une directive « bas carbone », prenant en compte le nucléaire, en lieu et place de la future mise à jour de la directive sur les renouvelables pour 2040.
Dans cette veine, « la question de savoir qui prendra la direction de la politique nucléaire à Bruxelles n’est pas résolue. L’’alliance nucléaire’ européenne, largement soutenue par la France, pourr.ait même être en jeu », s’interroge le média Contexte.