Espagne : dernière consultation des membres de Podemos sur le pacte de coalition avec Sumar

Dans un geste stratégique de dernière minute visant à désamorcer les controverses internes, le parti de gauche Unidas Podemos a décidé de consulter ses membres au sujet d’un accord de coalition avec la plateforme Sumar jeudi, à moins de 24 heures de la date limite officielle pour la conclusion d’un pacte.

EURACTIV avec EuroEFE
Spanish Government’s question time session
Au centre de la controverse, et l’un des principaux obstacles à un accord, se trouvent deux figures politiques clé de Podemos : Irene Montero, ministre de I'Égalité, et la secrétaire générale du parti et ministre des Droits sociaux, Ione Belarra, toutes deux considérées comme « bellicistes » et féministes actives. [ EPA-EFE/JUAN CARLOS HIDALGO]

Dans un geste stratégique de dernière minute visant à désamorcer les controverses internes, le parti de gauche Unidas Podemos (Gauche européenne) doit consulter ses membres au sujet d’un accord de coalition sensible avec la nouvelle plateforme Sumar vendredi (9 juin), à quelques heures de la limite officielle pour que les deux forces progressistes concluent un pacte.

Bien que plusieurs voix au sein de Podemos aient insisté pour un accord rapide avec la dirigeante de Sumar et ministre espagnole du Travail, Yolanda Díaz, le parti n’avait pas encore donné son feu vert à une fusion politique progressiste jeudi midi, a rapporté le partenaire d’EURACTIV, EFE.

Au centre de la controverse, et l’un des principaux obstacles à un accord, se trouvent deux figures politiques clé de Podemos : Irene Montero, ministre de I’Égalité, et la secrétaire générale du parti et ministre des Droits sociaux, Ione Belarra, toutes deux considérées comme « bellicistes » et féministes actives.

Mme Montero, ancienne partenaire du fondateur de Podemos Pablo Iglesias (qui contrôle toujours le parti dans l’ombre), est la principale responsable et promotrice de la loi controversée « seul un oui est un oui », qui considérait notamment que tout rapport sexuel sans consentement était une agression, même en l’absence de violence ou intimidation.

Ce texte a eu l’effet inverse de celui escompté et a dû être modifié d’urgence au Parlement à l’initiative du Parti socialiste (PSOE, S&D) et avec l’approbation du Parti populaire de centre droit (PP, PPE).

Irene Montero est-elle le vrai problème ?

Cependant, après la défaite écrasante subie lors des élections municipales et régionales du 28 mai, au cours desquelles Podemos a perdu une grande partie de son pouvoir régional, plusieurs analystes politiques ont pointé du doigt l’erreur de la loi « seul un oui est un oui » comme l’un des principaux échecs de la coalition PSOE-Unidas Podemos.

Aujourd’hui, nombreux sont ceux qui ne veulent pas voir Mme Montero jouer un rôle de premier plan dans cette « grande coalition » de forces progressistes qui pourrait éventuellement servir de point d’appui au PSOE s’il ne remporte pas les élections générales du 23 juillet.

Félix López-Rey, conseiller du parti régional madrilène Más Madrid, a publiquement demandé mardi que Ione Belarra et Irene Montero se retirent, afin de débloquer l’accord avec Sumar.

« Imposer Irene Montero et Ione Belarra [sur la liste de Podemos], les ministres les plus mal notées du gouvernement, est une erreur de Pablo Iglesias qui met en danger la construction d’une alternative progressiste. Il est temps de faire preuve de générosité et d’avoir une vision claire », a souligné cette semaine Íñigo Errejón, également conseiller de Más Madrid.

Le Premier ministre espagnol par intérim et leader du PSOE, Pedro Sánchez est peut-être en train de former une autre alliance gouvernementale avec les forces intégrées à Sumar, mais avec Yolanda Díaz comme acteur principal, pour empêcher un éventuel gouvernement du Parti populaire (PP, EPP) avec le parti d’extrême droite Vox (CRE).

Conscient que tous les militants de Podemos ne sont pas prêts à accepter le veto mis sur Mme Montero par certains de ses collègues et surtout par d’autres partis de gauche, Mme Belarra a décidé que ce sont les militants du parti qui prendraient la décision à sa place.

Le référendum interne s’est déroulé de 13 h 30 jeudi à 10 h vendredi (9 juin), car le délai d’enregistrement de la coalition (probable) Podemos-Sumar se termine vendredi à minuit.

Question cruciale

La question critique posée est la suivante « Acceptez-vous que le Conseil de coordination de Podemos, suivant les critères d’unité établis par le Conseil des citoyens de l’État, négocie avec Sumar et, si nécessaire, convienne d’une alliance électorale entre Podemos et Sumar ? »

Toute personne inscrite à Podemos et ayant vérifié son identité avant le 7 juin peut voter lors du « référendum éclair » organisé sur Internet.

L’enjeu est le poids que chaque parti (Podemos, Sumar et d’autres petites formations de gauche) devrait avoir, les noms sur les listes, le pouvoir territorial de chaque parti, la question de savoir si la marque de chaque parti apparaîtra sur le bulletin de vote et la rédaction du programme.

Le débat porte également sur l’autonomie de chaque parti au sein du groupe parlementaire, sur la structure des groupes dans les deux chambres et sur la répartition des subventions publiques.

Jusqu’à jeudi après-midi, Más Madrid (fort dans la capitale espagnole) avait donné son feu vert définitif à l’accord, tout comme d’autres partis progressistes régionaux et plus petits, tels que Izquierda Unida, Chunta Aragonesista, Los Verdes Equo, Proyecto Drago de Canarias, Iniciativa del Pueblo Andaluz et AraMés dans les îles Baléares.