Espagne : l'ancien président catalan Carles Puigdemont estime que Pedro Sánchez « n’est pas digne de confiance »

Lundi 9 décembre, l’ancien président catalan et leader du parti séparatiste Ensemble pour la Catalogne (JxCat), Carles Puigdmont, a estimé que le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez doit faire face à un vote de défiance au parlement. Il menace de torpiller le budget 2025, clé de la stabilité du gouvernement.

EFE avec EURACTIV.com
Carles Puigdemont Returns To Catalonia After Seven Years Of Exile
L'ancien président de la Generalitat de Catalogne, Carles Puigdemont, revient en Catalogne après sept ans d'exil et prononce un discours près du Parlement de Catalogne, avant l'investiture de Salvador Illa comme nouveau président de la Generalitat, à Barcelone, Espagne, le 8 août 2024. [oan Valls/Urbanandsport /NurPhoto via Getty Images]

Lundi 9 décembre, l’ancien président catalan et leader du parti séparatiste Ensemble pour la Catalogne (JxCat), Carles Puigdmont, a estimé que le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez doit faire face à un vote de défiance au parlement. Il menace de torpiller le budget 2025, clé de la stabilité du gouvernement.

Lors d’une conférence de presse à Bruxelles lundi 9 décembre, l’ancien président catalan a annoncé que le parti séparatiste de droite JxCat qu’il dirige, avait enregistré le même jour une pétition au parlement contre Pedro Sánchez (PSOE/S&D) pour un vote de défiance.

« Aujourd’hui, Pedro Sánchez continue de montrer qu’on ne peut pas lui faire confiance », a déclaré le député lors d’une conférence de presse qui marquait le premier anniversaire de l’accord signé entre JxCat et le PSOE en novembre 2023.

Lors de la conférence, le leader de JxCat a également semé le doute quant à son soutien au budget national 2025, essentiel pour l’exécutif de Pedro Sánchez et qu’il a rejeté l’été dernier.

« Même si la motion de censure (du Premier ministre espagnol) est adoptée, comment pouvons-nous négocier des budgets avec de tels mauvais payeurs (le PSOE) ? Ils n’ont pas mérité cette confiance », a-t-il averti.

Malgré les menaces, des sources gouvernementales ont déclaré lundi que Pedro Sánchez n’avait pas l’intention de se soumettre à un vote de confiance, rapporte EFE.

Alberto Núñez Feijóo, leader du principal parti d’opposition, le Partido Popular (PP, PPE), a averti lundi que le gouvernement n’avait que deux options face à la nouvelle menace de Carles Puigdemont : offrir « davantage de concessions au séparatisme » ou mettre fin au mandat actuel en convoquant des élections anticipées.

La fragile stabilité de la coalition de Pedro Sánchez avec la plateforme de gauche Sumar dépend du soutien des sept députés du JxCat à Madrid, ainsi que des sept autres de son rival séparatiste de gauche, la Gauche républicaine de Catalogne (ERC), et du soutien des deux principaux partis basques indépendantistes, le Parti national basque (PNV) et le parti EH Bildu.

Pour rester au pouvoir, Pedro Sánchez a dû faire d’importantes concessions politiques à JxCat et à l’ERC.

Ces concessions incluent l’approbation d’une loi d’amnistie controversée visant à gracier des centaines de militants séparatistes impliqués dans des actions illégales entre 2012 et 2023, y compris la grave tentative de séparation de la Catalogne en octobre 2017.

Le parti de Carles Puigdemont a également déploré le « manque de volonté politique pour rendre effectifs, de manière complète et agile, les accords acquis » entre les deux partis.

Selon l’ancien président catalan, le défaut d’engagement politique de Pedro Sánchez « n’a pas permis de créer la base de confiance voulue et nécessaire pour guider le reste de la législature », qui doit s’achever en 2027, à moins que des élections anticipées ne soient convoquées.

Une méfiance croissante entre les deux parties

Carles Puigdemont avait espéré bénéficier rapidement de la loi d’amnistie entrée en vigueur en juin dernier et rentrer en Espagne sans craindre d’être arrêté pour sa responsabilité directe dans les événements de 2017. Mais ce dernier est toujours en exil auto-imposé à Waterloo, après un voyage fugace à Barcelone l’été dernier.

La confiance fragile qui existait entre le PSOE et JxCat en novembre 2023 s’est progressivement détériorée.

Il y a quelques semaines, Míriam Nogueras, porte-parole de JxCat à Madrid, a prévenu le gouvernement que son soutien à Pedro Sánchez n’était pas un chèque en blanc et a souligné que le gouvernement devrait gagner le soutien du parti « vote par vote ».

Un exemple de la méfiance entre les deux parties a été la décision d’inclure un « vérificateur » international dès le départ pour agir en tant que médiateur ou facilitateur dans leurs pourparlers, qui se déroulent habituellement à Genève.

À cet égard, Carles Puigdemont a déploré lundi le « manque de coordination » entre ce qui est négocié en Suisse et ce qui est ensuite mis en œuvre par le gouvernement.

« Les choses ne vont pas bien et le moment est venu de prendre une décision ou de laisser tomber (abandonner le dialogue) », a déclaré l’ancien président catalan qui, pour l’instant, n’est pas favorable à aller plus loin et à présenter une motion de censure contre Pedro Sánchez.

Commentant cette possibilité, il a notamment déclaré « nous n’en sommes pas là ».

« Ceux d’entre nous qui lui ont accordé leur confiance (à Pedro Sánchez) estiment qu’il ne l’a pas honorée et qu’il n’en a pas fait bon usage. C’est notre devoir et notre droit de le lui rappeler », a ajouté l’ancien président catalan.

Parmi les points des accords que le PSOE — et le gouvernement — n’ont pas respectés figurent la demande de statut officiel du catalan dans les institutions européennes et l’application intégrale de la loi d’amnistie.