Google remanie son Play Store et se conforme au règlement sur les marchés numériques de l'UE

Jusqu'à présent, Google n'a pas été sanctionné par le DMA, malgré la conclusion préliminaire de la Commission concernant l'infraction commise sur son Play Store en mars.

/ EURACTIV.com
Google Logo in New York City
Un logo Google est accroché sur le côté d'un bâtiment devant leur magasin, le 12 octobre 2021 à New York. [Gary Hershorn/Getty Images]

Google a annoncé mardi 19 août de nouvelles modifications de son magasin d’applications mobiles Play Store, afin d’éviter les amendes infligées par la Commission européenne en vertu du règlement sur les marchés numériques (Digital Markets Act, DMA).

Dans un message publié sur son Centre de politique, Google a détaillé les modifications apportées à son « programme d’offres externes » destiné aux développeurs. Ces derniers ont recours au Play Store de Google pour distribuer les diverses applications mobiles au sein de l’Espace économique européen (EEE), et cet accès leur permettra dorénavant d’orienter plus facilement les utilisateurs vers des offres en dehors du magasin d’applications de Google.

Google a également introduit une structure à plusieurs niveaux pour les frais de « service continu » qu’il prélève auprès des développeurs, à l’instar des changements proposés par Apple en juin.

En vertu du DMA, les géants de la technologie peuvent se voir infliger des amendes allant jusqu’à 10 % de leur chiffre d’affaires annuel mondial en cas d’infraction confirmée.

Cette année, la Commission a déjà infligé des amendes à Apple et Meta. Toutefois, jusqu’à présent, Google n’a pas été sanctionné au titre du DMA, malgré la conclusion préliminaire de l’exécutif européen concernant l’infraction commise sur son Play Store en mars.

Redevances échelonnées

Les derniers changements apportés par Google, notamment la révision des frais facturés aux développeurs d’applications, prouvent que l’entreprise souhaite contourner le règlement de l’UE.

Historiquement, les développeurs se sont battus pour pouvoir diriger leurs propres utilisateurs vers des offres en dehors des magasins d’applications mobiles pour éviter que les plateformes ne prélèvent une partie de leurs ventes in-app en frais de commission. Mais en réponse au DMA, Google et Apple ont tous deux introduit de nouveaux frais pour les développeurs.

Google a maintenant révisé sa structure tarifaire élargie. L’un des changements concerne les « frais d’acquisition initiale » pour les développeurs, qui ont été ramenés de 10 % à 3 %. Ces frais ne s’appliqueront plus que pendant les six mois suivant l’installation d’une application par l’utilisateur.

Par ailleurs, les développeurs du Play Store doivent s’acquitter des frais de service de « niveau 1 », que Google considère comme « essentiels » pour leur permettre de disposer d’une « application sûre et fiable », notamment en accédant à son système d’évaluation des applications.

Les frais de « niveau 2 », quant à eux, sont facultatifs, mais permettent d’accéder à des « fonctionnalités supplémentaires », comme la distribution, la découverte et la gestion d’applications, ainsi qu’à des éléments de service supplémentaires, tels que des campagnes de promotion personnalisées.

Concrètement, Google applique un tarif fixe par installation d’application pour les niveaux 1 et 2, mais celui-ci varie tout de même en fonction du pays de l’utilisateur de l’application et du type d’application (jeu ou autre). Les prix démarrent à partir de 0,10 € si le jeu est installé par un utilisateur roumain et grimpent à 1,90 € si le jeu est installé par un utilisateur allemand.

Des frais inutiles ?

Tim Sweeney, PDG d’Epic Games, critique de longue date des « taxes » imposées aux développeurs par Apple et Google dans les magasins d’applications, a condamné la décision de Google en la qualifiant de « tout à fait illégale » et a dénoncé les changements effectués comme étant des « frais de camelote et une dépriorisation discriminatoire des résultats de recherche ».

Gene Burrus, de la Coalition for App Fairness, qui représente des développeurs d’applications tels que Spotify et Match Group, a également attaqué la décision de Google, affirmant qu’elle « perpétue des frais et des restrictions qui violent le DMA ».

Si Google estime que ces changements augmentent la « flexibilité » des développeurs (tout en « équilibrant les besoins de confiance et de sécurité dans l’ensemble de l’écosystème »), le géant de la technologie avertit en même temps que ces révisions pourraient accroître les risques de sécurité pour les utilisateurs de sa plateforme Android.

« Nous craignons toujours que ces changements n’exposent les utilisateurs d’Android à des contenus nuisibles et n’aggravent l’expérience de l’application », a indiqué Clare Kelly, conseillère principale en matière de concurrence chez Google, dans un courriel adressé à Euractiv.

L’entreprise recommande aux utilisateurs de n’installer que des applications provenant de magasins de confiance, tels que le Play Store, afin de réduire les risques de logiciels malveillants.

Clare Kelly a ajouté que les changements avaient eu lieu « à la suite de discussions sur le DMA avec la Commission européenne ».

(sn)