Green Deal 2.0 : la vision de la ministre espagnole de l’Écologie pour la prochaine Commission

Renforcer l’action climatique et la justice sociale, restaurer la confiance dans la démocratie européenne et la « diplomatie verte », telle est la vision de la vice-présidente et ministre de la Transition écologique Teresa Ribera, pressentie pour devenir la prochaine commissaire espagnole à Bruxelles.

/ Euractiv.com
COP28 Climate Change Conference in Dubai
La ministre espagnole de la Transition écologique Teresa Ribera. [[EPA/MARTIN DIVISEK]]

Renforcer l’action climatique et la justice sociale, restaurer la confiance dans la démocratie européenne et la « diplomatie verte », telle est la vision de la vice-présidente et ministre de la Transition écologique Teresa Ribera, pressentie pour devenir la prochaine commissaire espagnole à Bruxelles.

Par le passé, Mme Ribera a déjà affirmé qu’elle préfèrerait rester en Espagne. Cependant, elle semble désormais plus ouverte à la possibilité de rejoindre l’équipe de commissaires européens au sein de la prochaine Commission.

« Je suis toujours prête à me battre pour le climat, pour l’énergie propre, pour mon pays et pour l’Europe », a confié Mme Ribera à Euractiv lorsqu’elle a été interrogée sur ses perspectives de carrière.

Alors qu’à Madrid, certains observateurs affirment qu’elle est la favorite du Premier ministre Pedro Sánchez pour devenir commissaire européenne, Mme Ribera a souligné qu’elle n’a « jamais écarté [cette option] », mais que « ce n’est pas [elle] qui prendra la décision », soulignant que c’est au chef d’État qu’il revient de désigner le candidat espagnol qui rejoindra la Commission pour le mandat 2024-2029.

Avec le profil de Mme Ribera, l’Espagne pourrait obtenir la vice-présidence de la Commission et le portefeuille sur l’énergie et/ou l’environnement, ce qui permettrait de poursuivre le Pacte vert pour l’Europe (Green Deal).

Mme Ribera est devenue très influente au niveau de l’UE sur les questions d’énergie et d’environnement au cours de la présidence espagnole du Conseil de l’UE dans la seconde moitié de 2023 et a été une voix clé lors de la Conférence des Nations unies sur le changement climatique (COP 28) de Dubaï.

Pendant la présidence espagnole du Conseil de l’UE, Mme Ribera a joué un rôle déterminant dans l’adoption de dossiers clés concernant le Green Deal, gagnant ainsi l’affection des autres ministres et une certaine popularité.

Lorsqu’on lui a demandé s’il était temps de faire des changements après cinq ans de présidence de la Commission par Ursula von der Leyen, Mme Ribera a répondu qu’elle aimerait voir « une Commission beaucoup […] plus écologique et [d’avantage] engagée sur le plan social ».

En finir avec les « prises en otage » des propositions de loi de l’UE

Faisant allusion aux volte-face récentes de l’Allemagne et du Parti populaire européen (PPE) de centre droit sur des dossiers environnementaux clés, elle a critiqué la nouvelle tendance à Bruxelles qui veut que des États membres ou des groupes politiques individuels « prennent en otage » certaines propositions de loi européennes, en refusant au dernier moment de soutenir un compromis déjà accepté.

« Je n’aime pas du tout la façon dont nous avons été témoins, au cours de l’année et demie écoulée, de ce manque de respect de la procédure [législative] », a-t-elle déclaré.

« Nous devrions veiller à ce que cela ne devienne pas une nouvelle coutume à Bruxelles, où chacun dispose d’une sorte de droit de veto à la toute fin du processus. »

« Cela n’aide pas à créer l’Europe », a-t-elle insisté.

Green Deal 2.0 ?

La vision de Mme Ribera pour les objectifs futurs de l’UE peut être considérée comme un « Green Deal 2.0 » : la poursuite d’une action forte en matière de climat et d’environnement, servant de base à une plus grande prospérité économique.

Toutefois, elle souhaite mettre davantage l’accent sur la dimension sociale par rapport au Green Deal actuel, en compensant les coûts de l’action climatique et en utilisant la transition pour promouvoir l’égalité et l’inclusion sociale.

Elle met particulièrement l’accent sur la transition vers les énergies propres, qu’elle considère comme « un moyen de construire une Europe fière […] de moderniser notre économie, de réindustrialiser ou de moderniser l’industrie existante, de réduire les écarts sociaux [et] d’œuvrer contre les inégalités ».

Mme Ribera souhaite également associer l’agenda écologique de l’Europe à son rôle sur la scène internationale. Elle envisage « une sorte de pouvoir d’influence, une diplomatie verte », dans laquelle les pays tiers échangeraient des matières premières critiques avec l’Europe en échange d’un développement économique et d’opportunités en matière d’énergie propre. Cette approche « pourrait construire la paix dans le monde ».

Sa principale préoccupation, cependant, est que « les gens pensent que les institutions démocratiques ne sont pas à la hauteur », ce qu’elle décrit comme un « vrai problème, une vraie menace ».

[Édité par Anne-Sophie Gayet]