Guerre en Ukraine : la suspension de l’accord céréalier inquiète la présidence espagnole du Conseil

La suspension par la Russie de l’initiative visant à exporter des céréales ukrainiennes n’est « pas une bonne nouvelle », selon un représentant de la présidence espagnole de l’UE qui s’est fait l’écho des préoccupations de l’exécutif européen.

/ Euractiv.com
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Lundi (17 juillet), la Russie a suspendu sa participation à l’accord négocié par l’ONU, qui avait permis depuis sa mise en place il y a un an le passage de quelque 32 millions de tonnes de céréales ukrainiennes par la mer Noire. [<a href="https://www.shutterstock.com/it/image-photo/odessa-ukraine-august-10-2021-river-2057160485" target="_blank" rel="noopener">SHUTTERSTOCK/VolodymyrT</a>]

La suspension par la Russie de l’initiative visant à exporter des céréales ukrainiennes par la mer Noire n’est « pas une bonne nouvelle », selon un représentant de la présidence espagnole de l’UE. Il s’est fait l’écho des préoccupations de l’exécutif européen, alors que les agriculteurs européens tirent la sonnette d’alarme face à ce qui pourrait être la plus mauvaise récolte depuis 2007.

Lundi (17 juillet), la Russie a suspendu sa participation à l’accord négocié par l’ONU, qui avait permis depuis sa mise en place il y a un an le passage de quelque 32 millions de tonnes de céréales ukrainiennes par la mer Noire.

Début de la semaine dernière, le secrétaire général de l’ONU, António Gutteres, avait proposé au président russe Vladimir Poutine, qui menaçait déjà de suspendre l’accord, de rétablir la connexion d’une filiale de la banque agricole russe au système international pour les télécommunications financières interbancaires SWIFT — dont elle a été exclue en raison de la guerre de la Russie en Ukraine. Lors d’une visite à Bruxelles en fin de semaine, M. Gutteres avait indiqué qu’il n’avait pas encore reçu de réponse.

L’annonce de la suspension est intervenue quelques heures après qu’une explosion a détruit le pont reliant la Russie à la Crimée, une attaque perpétrée par des drones maritimes ukrainiens, selon Moscou.

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a condamné la décision de la Russie, la qualifiant de « cynique » dans un tweet lundi. Elle a ajouté que l’Union européenne « continuera à transporter les produits agroalimentaires en provenance d’Ukraine vers les marchés mondiaux » au moyen de ses couloirs de solidarité, une initiative complémentaire à celle de l’ONU.

Le Haut Représentant de l’Union européenne pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Josep Borrell, a pour sa part déclaré dans un communiqué que cette décision était « injustifiée » et a accusé le Kremlin d’utiliser les denrées alimentaires comme une arme dans sa guerre contre l’Ukraine.

Lors d’une réunion à huis clos des représentants permanents des gouvernements des États membres en amont de la réunion des ministres de l’Agriculture de l’UE du 25 juillet, la présidence tournante du Conseil l’UE, actuellement assurée par l’Espagne, a commenté la suspension de l’accord céréalier. Selon une source présente lors de la réunion, le représentant de la présidence espagnole aurait qualifié l’expiration de l’initiative céréalière de la mer Noire de « mauvaise nouvelle ».

La délégation espagnole a également souligné que la nouvelle intervient alors qu’un troisième paquet d’aide pour les agriculteurs de l’UE a été officiellement adopté par la Commission, ce qui signifie que les ressources de la réserve agricole sont « épuisées » pour 2023 et qu’aucune aide ne sera disponible si d’autres demandes sont faites.

Un représentant de la Commission présent lors de la réunion préparatoire à huis clos a déclaré que la nouvelle n’était pas réjouissante dans la mesure où « ces évènements vont accroître la pression sur l’Ukraine et sa capacité à exporter dans le monde », mais aussi sur le marché de l’UE, étant donné sa proximité géographique avec la puissance agricole.

Par conséquent, l’exécutif européen a appelé tous les partenaires de l’accord à poursuivre l’initiative, promettant de continuer à explorer toutes les possibilités, a appris EURACTIV.

« Nous espérons que la Russie changera d’attitude dans les prochains jours ou les prochaines semaines », a ajouté le responsable de la Commission.

Plus de filet de sécurité

L’épuisement de la réserve agricole pour cette année constitue une source d’inquiétude pour le secteur agricole de l’UE.

Selon la source présente à la réunion, la plupart des délégations ont mentionné les conditions météorologiques défavorables, le coût élevé des intrants et les importations en provenance d’Ukraine pour justifier la pression exercée sur leurs marchés.

Certains États membres ont ajouté que si le volume de la récolte n’allait normalement pas diminuer, la qualité serait inférieure à la moyenne en raison des conditions météorologiques.

Lundi, l’association des agriculteurs de l’UE COPA-COGECA a tiré la sonnette d’alarme face à la « détérioration rapide » de la situation en ce qui concerne la récolte des cultures arables de l’UE pour 2023.

« En l’espace de deux mois, les prévisions de récolte initialement positives ont été bouleversées par de mauvaises conditions météorologiques dans toute l’Europe », a déclaré l’association dans un communiqué, soulignant que la situation des céréales était « extrêmement préoccupante ».

Alors que la production attendue est de 256 millions de tonnes, l’association d’agriculteurs a averti que l’UE pourrait être confrontée à sa « pire récolte depuis 2007 » ainsi qu’à une baisse de 10 % par rapport à la dernière moyenne sur cinq ans.

Selon le COPA-COGECA, de nombreux agriculteurs pourraient se retrouver dans l’incapacité de couvrir leurs coûts de production.

Toutefois, comme l’a souligné la présidence espagnole, la réserve d’urgence dans laquelle la Commission peut exceptionnellement puiser pour financer les mesures de soutien est désormais épuisée. Cette réserve, dotée de 450 millions d’euros, s’inscrit dans le cadre de la Politique agricole commune (PAC).

En effet, le fonds a été épuisé par le troisième paquet d’aide agricole de cette année, d’un montant de 300 millions d’euros.

Précédemment, le commissaire européen à l’Agriculture, Janusz Wojciechowski, avait souligné que l’exécutif européen pouvait adopter d’autres mesures et les financer dans le cadre de la réserve de 2024, à condition qu’elles soient versées après le 16 octobre, date du début du nouvel exercice budgétaire.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]